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La littérature populaire policière est, par essence, peuplée d’enquêteurs en tous genres.

Si, la plupart d’entre eux sont à trouver dans deux fratries proches, les enquêteurs officiels, dits policiers et les enquêteurs privés, dits détectives, il n’est pas rare que certains échappent à cette fatalité.

Ainsi, certains cambrioleurs, justiciers, sont amenés à devenir des investigateurs.

Mais on pourrait cibler des « métiers » plus enclins à fournir des personnages pour cette littérature.

Citons, par exemple, les écrivains de romans policiers qui, tel Richard Castle, dans la série télévisée éponyme, deviennent consultants pour la police.

On pourra voir dans la caste des avocats, une source également de héros éventuels. Comment ne pas penser, alors, à Perry Mason, de Erle Stanley Gardner (incarné par Raymond Burr dans la série télévisée adaptée des romans).

Mais il est une profession où l’instinct d’enquêteur est indéniablement nécessaire, celle de journaliste.

Aussi, il devient évident que la littérature populaire policière soit peuplée de journalistes.

Pourtant, quand on y réfléchit un peu, il est assez difficile d’établir une longe liste de noms.

Certes, on pense immédiatement à Joseph Rouletabille de Gaston Leroux dont le succès est encore d’actualité.

Ensuite… il faudrait probablement se pencher vers la B.D. pour citer facilement d’autres noms comme Tintin de Hergé ou encore Roc Hochet de A.P. Duchâteau et Tibet (mais qui est librement adapté de Rouletabille).

Récemment, on trouvera Michaël Blomkvist, le héros de la saga Millénium de Stieg Larsson.

Pour le reste, il faudrait plonger dans la littérature fasciculaire pour faire remonter quelques autres journalistes comme Bill Disley, de J. A. Flanigham, Léonce Capoulin de Amaury Kainval et… Paul Dumviller alias Doum de Nevers-Séverin.

« Le fantôme du Parc Monceau » est une aventure de ce dernier personnage (la 4e). Elle est parue en 1943 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot sous la forme d’un fascicule de 16 pages, double colonne.

On notera que le titre, avec les 4 autres aventures du reporter, a été réédité dans les années 70 sous la forme d’un ou deux recueils (il y a eu deux éditions) sous le titre « L’Ombre du Vampire », signé Jean-Louis Bouquet (le véritable nom de Nevers-Séverin).

Pour information, Jean-Louis Bouquet (1898-1978) fut un scénariste et écrivain spécialisé dans le fantastique qui se lança dans l’écriture de récits policiers sous la demande exclusive de l’éditeur Janicot.

D’abord réticent, Jean-Louis Bouquet finit par accepter sous deux conditions, la première étant de signer Nevers-Séverin, pour faire la séparation avec le reste de sa production, et, ensuite, de pouvoir intégrer à ses récits policiers ce qu’il appellera du « fantastique expliqué » c’est-à-dire une intrigue semblant plonger les personnages dans du fantastique, mais donc les aspects irrationnels seront, finalement, expliqués par des faits très cartésiens. (on retrouva la même démarche chez Maurice Boué pour ses enquêtes de l’inspecteur Lautrec ou encore chez certains récits de Jean Ray autour du personnage de Harry Dickson).

Ainsi, sur les trois séries écrites pour la collection (trois séries de 5 titres, plus deux titres indépendants), l’éditeur accepte que du fantastique soit distillé dans les intrigues. Ce sera Paul Dumviller qui s’y collera.

LE FANTÔME DU PARC MONCEAU

Paul DUMVILLER, alias Doum, le célèbre journaliste du Paris-Monde, a tout juste le temps, en revenant d’un reportage, de se rendre à l’hôtel particulier des Marsanges où une réception est donnée pour l’anniversaire de mariage de son ami François et de Fabienne.

Mais, quand il se présente, il apprend que les festivités sont annulées du fait d’une subite dégradation de l’état de santé de l’épouse.

Cependant, François Marsanges insiste pour que Doum dîne avec lui, sous le prétexte d’avoir besoin de son avis sur d’étranges événements qui se déroulent ces derniers jours dans le parc Monceau bordant sa demeure.

Sa jeune sœur, Odette, est persuadée d’avoir vu, la nuit précédente, le docteur Henry Noir, ancien prétendant de Fabienne, se promener dans les allées devant la bâtisse. Seulement, le docteur Henry Noir s’est suicidé voilà un an…

Paul Dumviller a tout juste le temps, en sautant du train, de louer une chambre d’hôtel à côté de la gare pour se changer puis sauter dans un taxi pour se rendre à la réception organisée par les Marsanges, des amis, pour leur premier anniversaire de mariage.

Seulement, Paul Dumviller, du fait qu’il était en reportage et n’a pas eu le temps de repasser chez lui, ne sait pas que la réception a été annulée du fait de l’état de santé de Fabienne, la jeune épouse.

Arrivé sur place, François le convie tout de même à entrer, car il a besoin de ses bons conseils.

Outre l’état de santé inquiétant qui s’est dégradé d’un coup sans explication, il lui confie que sa jeune sœur Odette est persuadée qu’elle a vu, la nuit dernière, se promener devant le jardin de l’hôtel particulier dans lequel vit toute la famille, dans les allées du Parc Monceau, le docteur Henry Noir, ancien prétendant de Fabienne. Elle ne peut s’être trompée, la lune éclairant le visage diabolique du bonhomme. Le problème, le docteur Henry Noir est mort il y a un an…

Paul Dumviller, bien que cartésien, prend l’information au sérieux et décide d’aider son ami à y voir clair.

On retrouve donc Paul Dumviller, alias Doum, dans une 4e enquête qui, tout comme la première et bien plus que la seconde et la troisième, berce totalement dans un esprit fantastique avec une histoire de fantôme, d’envoûtement, de spiritisme et autres joyeusetés du genre.

Bien évidemment, connaissant maintenant la démarche de l’auteur pour la série, c’est-à-dire du « fantastique expliqué » on se doute que la solution sera des plus rationnelles.

Jean-Louis Bouquet, dans sa courte intrigue (un peu plus de 16 500 mots), prend tout de même le temps de proposer plusieurs suspects ou potentiels coupables, laissant des doutes s’immiscer dans l’esprit du lecteur. Pourtant, il parvient à surprendre presque ce lecteur à la révélation finale même s’il avait apporté un petit élément permettant d’avoir des doutes sur le personnage.

L’ensemble se lit agréablement même si je ne peux m’empêcher de trouver qu’il manque un petit supplément d’âme, tant dans cet épisode que dans les précédents, pour faire que cette série se dresse largement au-dessus du lot des séries fasciculaires policières de la première moitié du XXe siècle.

En matière de « fantastique expliqué » on préférera les enquêtes du détective Lautrec de Maurice Boué pour son humour ou celles d’Harry Dickson de Jean Ray pour la plume incomparable de l’auteur (deux écrivains belges).

Pour ce qui est des séries policières fasciculaires, alors, plusieurs offrent des qualités supérieures. Bill Disley pour l’humour, le personnage de Jeff et pour la maîtrise des incises de J.A. Flanigham ; toutes les séries de Maurice Lambert pour sa maîtrise de la narration, ses intrigues et aussi son personnage d’A. B. C. Mine ; les enquêtes de l’inspecteur Gonzague Gaveau alias « Le Professeur » de René Byzance, pour son personnage et pour l’humour…

Dommage, car au vu de l’aura que semble avoir Jean-Louis Bouquet, aura magnifiée par le respect et la passion que semblait lui vouer Francis Lacassin, journaliste et écrivain responsable des rééditions des titres de Jean-Louis Bouquet dans les années 1970, on était en droit de s’attendre à mieux, en tous cas, à des récits apportant quelque chose de plus.

Cependant, l’ensemble demeure très agréable à lire et c’est déjà pas mal.

Au final, un bon récit, plus fantastique dans son apparence que les précédents, agréable à lire, mais dont le héros central est un peu trop délaissé par son créateur.