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Je termine ma découverte des aventures de Paul Dumviller, alias Doum, reporter au Paris-Monde, par la lecture du titre « Irène fille-fauve », 5e et ultime enquête du journaliste créé par Nevers-Séverin, pour la « Collection Rouge » des éditions Janicot, un fascicule de 16 pages, double colonne, paru en 1943.

Pour rappel, derrière le pseudonyme de Nevers-Séverin, se cache un dénommé Jean-Louis Bouquet, un scénariste et écrivain passionné par le fantastique et qui, sous la demande de l’éditeur Janicot, accepta de s’essayer au genre policier à condition qu’il puisse, au moins dans certains récits, aborder du « fantastique expliqué », un sous-genre dans lequel l’intrigue semble reposer sur du surnaturel, mais que l’enquêteur finit par résoudre en expliquant rationnellement tous les éléments de l’affaire.

Ce sous-genre fut abordé auparavant par Maurice Boué avec les enquêtes du détective Lautrec et plus et mieux encore par Jean Ray dans ses aventures d’Harry Dickson (même si certaines demeuraient dans le fantastique).

Pour changer de genre, Jean-Louis Bouquet changea de pseudonyme et livra 17 titres à la collection, dont 3 « séries » de 5 récits autour d’un même sujet ou d’un même personnage.

C’est à Paul Dumviller, le journaliste, qu’échu la charge de résoudre certaines enquêtes fantastiques en apparence.

IRÈNE, FILLE FAUVE…

Paul DUMVILLER, alias Doum, est gentiment harcelé par Régine Arnaud, une demoiselle désireuse de devenir journaliste et comptant sur lui pour lui mettre le pied à l’étrier.

Arguant de la difficulté du métier, du nombre de prétendants, Paul DUMVILLER finit par céder quand celle-ci parle d’amener un « beau sujet ».

Quelques jours plus tard, Régine recontacte Doum pour lui apprendre qu’elle a été témoin d’un curieux fait-divers : l’enlèvement d’une femme en voiture.

La victime ayant laissé tomber son sac à main par la vitre, elle l’a ramassé et a découvert, à l’intérieur, un message. Il atteste qu’un chantage est exercé sur une famille en vue, avec, pour objet, un enfant, héritier gênant, que l’on aurait tenté d’assassiner, mais qui serait toujours vivant.

Régine explique alors qu’elle a débuté une enquête qui l’a menée sur les traces de la commanditaire de toute l’affaire, une dénommée Irène, une Kalmouke tenant d’une main ferme une petite cité d’émigrés russes et orientaux.

Impossible, pour Paul DUMVILLER, dans le portrait tracé de ladite Irène, de ne pas reconnaître celle qu’il a déjà affrontée et vaincue dans une aventure précédente…

Régine Arnaud (râaah, les beaux prénoms d’antan), une jeune fille de bonne famille, désire faire du journalisme. Aussi, décide-t-elle de demander au plus grand reporter de la prendre sous son aile. Son choix se porte forcément sur le célèbre Paul Dumviller, alias Doum.

Mais Doum ne peut pas faire grand-chose, on ne s’improvise pas journaliste et les places sont chères. Aussi, Régine, à force d’insister, obtient de Paul qu’il l’aide si celle-ci découvre un bon sujet.

Après plusieurs essais piteux, Régine est persuadée de tenir LE scoop. Elle a assisté, un soir, à l’enlèvement en voiture d’une femme. Celle-ci a eu le temps de laisser tomber son sac à main par la vitre et Régine l’a ramassé. À l’intérieur, elle découvre un message laissant entendre qu’une tentative de chantage a lieu auprès de la riche famille de Saint-Edme, dont le comte de Morscèvres est devenu héritier après la mort du fils légitime, encore enfant, dans un incendie. Mais ledit message évoque le fait que l’enfant est encore vivant…

N’ayant pu contacter Doum, Régine a commencé une enquête qui l’a conduite dans une cité d’émigrés russes dont les habitants sont sous la coupe de la terrible Irène, une Kalmouke domptant des panthères des neiges.

Quand Doum apprend la chose, il reconnaît immédiatement, dans le portrait d’Irène, celle qu’il fit arrêter, il y a quelques années, dans une terrible affaire…

On retrouve donc Paul Dumviller pour la dernière fois. Cinquième et ultime enquête !

Dans ce récit, l’auteur décide de ne pas réellement aborder l’aspect fantastique qui lui plaît tant. Pour autant, et un peu comme les autres enquêtes rationnelles du journaliste, Nevers-Séverin livre-t-il une intrigue à base de faux semblants et de rebondissements.

L’histoire est un peu trop complexe pour réellement rentrer dans le format imposé par le fascicule, aussi, pour réduire le texte, l’auteur use-t-il d’un artifice souvent utilisé par ses confrères : expliquer les choses à travers la confession orale ou écrite d’une tierce personne.

C’est donc ici, souvent, le personnage de Régine qui permet la concision du texte.

De par ses explications succinctes, l’histoire est plus rapidement expliquée que s’il avait fallu la décrire dans son ensemble.

Si cette ficelle permet donc de proposer une histoire plus touffue que d’ordinaire, elle a, en contrepartie, le défaut de retirer du dynamisme au récit, d’affadir une plume, un texte, les possibilités littéraires n’étant pas les mêmes dans un dialogue que dans une narration omnisciente.

Et c’est d’autant plus le cas ici que l’intrigue, au fond, ni pas si exaltante que cela et que l’histoire n’est pas si intéressante qu’elle semblait l’être et, voire, est assez quelconque.

Dommage.

Question personnages, une nouvelle fois, on en apprendra bien plus sur les personnages secondaires que sur Paul Dumviller qui reste tout aussi flou depuis le début.

Au final, un dernier épisode dans la lignée des précédents, pas désagréable à lire, mais dont on sent que l’auteur n’a pas tiré tout le potentiel de son récit ni de sa plume…