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Je suis, ce n’est un secret pour personne, un lecteur friand de littérature populaire, plus encore du format fasciculaire si prisé pendant toute la première moitié du XXe siècle et, surtout, des personnages récurrents que l’on peut y retrouver.

Mais, quand je cherche un personnage récurrent, mon premier réflexe est de me tourner vers les éditions Ferenczi, un éditeur qui, depuis 1907, s’est fait une spécialité des fascicules dont, notamment, ceux policiers.

Et dans les diverses collections fasciculaires policières de l’éditeur sur plus d’un demi-siècle (« Le Roman Policier », « Police », « Crime et Police », « Le Petit Roman Policier », « Police et Mystère », « Le Verrour »…) on peut découvrir un grand nombre d’enquêteurs récurrents dont le détective millionnaire Luc Hardy, de Paul Dargens, ou Léonce Capoulin, d’Amaury Kainval, Daniel Marsant, Jack Desly, Michel Vaudreuil, Robert Lacelles, l’inspecteur Gaspin, le détective Yves Michelot… d’Henry Musnik… et j’en passe et des meilleurs comme le commissaire Odilon Quentin de Charles Richebourg…

Pourtant, depuis quelque temps où je me plonge dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, entre 1943 et 1944 et sur à peine plus d’une centaine de titres, je découvre plusieurs personnages récurrents de différents auteurs.

Tancrède Ardant de Frédéric Sipline, tout d’abord, mais également le commissaire Mazère, l’inspecteur Machart et le détective A. B. C. Mine, de Maurice Lambert ; le reporter Paul Doumviller, le détective amateur Jean Laventure, de Nevers-Séverin ; le commissaire Barma de Lucien van der Haeghe… et désormais, le brigadier (devenu rapidement commissaire) Rombal de Élie Richard.

En 1943, donc, dès le début de la fameuse collection, n° 6, un fascicule de 16 pages, double colonne, contenant moins de 12 000 mots, on découvre le personnage du « Brigadier gris », le Brigadier Rombal, dans le texte « Un éclair à l’as » signé E. L. Richard.

Par la suite et sur peut-être 8 épisodes (je ne pourrais confirmer que si j’arrive à trouver tous les titres de l’auteur), on peut retrouver Rombal, devenu commissaire, dans des titres signés alternativement E. L. Richard ou Élie Richard (son vrai nom est Élie Louis Richard), un journaliste, éditeur, écrivain et poète.

« Un éclair à l’as » semble donc être la première aventure du Brigadier gris.

UN ÉCLAIR À L’AS

Le brigadier ROMBAL, alias « Le brigadier gris » s’est engagé dans une lutte contre ce qu’il nomme « la crise du Faubourg Montmartre », un quartier épicentre d’un trafic de drogue, terreau de toutes les tares de la société : vols, meurtres, perversions en tous genres.

Le noyau du problème, d’après lui, en est la pâtisserie-bar Truber, une boutique où les gâteaux sont aussi bons que les habitués peuvent s’avérer louches.

Et, parmi les clients, un, tout particulièrement, retient l’attention du policier, celui qui occupe sans cesse la première table, numérotée « l’as », et qui commande chaque fois ce qu’un siècle auparavant on appelait encore un « pain à la duchesse ».

« Un éclair à l’as », clame tous les soirs la serveuse !

Il s’en passe de drôles dans le Faubourg Montmartre. Des meurtres liés au trafic de drogue émergent et qui commence à gangréner tout le quartier, pour s’étendre, telle une pandémie.

Mais le Brigadier Rombal, surnommé le Brigadier Gris, a décidé de mettre un terme à tout cela et, pour ce faire, il surveille un lieu qu’il soupçonne d’être la plaque tournante de tout le trafic : la pâtisserie-bar Truber, lieu de rencontre d’une population hétéroclite : des drogués, un médecin fou et désavoué, des girls des boîtes alentours… et un étrange client qui se place toujours à la première table, celle surnommée « l’as » et qui, tous les soirs, commande à éclair.

« Un éclair à l’as », braille sans cesse la serveuse au grand amusement des autres clients.

Que voilà donc un étrange récit que celui-ci, presque aussi étrange que le titre avant que l’on en comprenne la signification.

Effectivement, étrange que, pour un texte de moins de 12 000 mots, l’auteur s’empresse dépeindre l’ambiance de ladite pâtisserie, de s’attarder sur les divers clients, d’évoquer des meurtres que l’on pense être le sujet central du récit (sans qu’ils le soient vraiment) alors que l’on sait bien que dans un tel format, les mots sont comptés et que ce focus va devoir se payer, notamment sur le dos de l’intrigue.

Et, c’est bien le cas, car, à la lecture de ce récit, notamment dans la seconde partie, on a bien l’impression que l’auteur a dû couper dans son texte pour rentrer dans les clous.

Dommage, car cette entrée en matière était à la fois étonnante et savoureuse et présageait du meilleur… meilleur qui ne viendra pas faute de place.

Si l’intrigue paie le prix fort de cette présentation liminaire, le personnage de Rombal également. Rombal, surnommé le Brigadier gris sans que l’on ne sache pourquoi (dans un autre épisode, on apprend qu’il vient de la Brigade des véhicules, est-ce là la raison de son surnom ?) sur lequel l’auteur livre moins de détails que sur les différents autres protagonistes.

Dommage !

Dommage, donc, que l’auteur n’ait pas eu la maîtrise du format fasciculaire, ou qu’il n’ait pas choisi de livrer son récit sur deux fascicules ou bien qu’il ne l’ait pas conservé pour une collection de fascicules de 64 pages, par exemple.

Car, cette ambiance mise en place au départ est à la fois surprenante, bien venue et agréable, c’est avant tout et surtout par un personnage, surtout quand il est appelé à revenir, que le lecteur s’attache… ce qui n’est pas réellement le cas ici tant on en sait peu sur le héros de E. L. Richard.

Alors, peut-être aurai-je l’occasion d’en découvrir plus sur Rombal dans les autres titres de l’auteur, je l’espère, mais cela reste préjudiciable au texte et à la probable série.

Au final, un récit qui débute très bien par une ambiance parfaitement posée, mais qui, du coup, pêche par une intrigue un peu bâclée, un héros même pas esquissé et une impression de coupes drastiques dans le texte.