Un-dernier-ballon-pour-la-route

On ne le dira jamais assez : l’abus d’alcool est mauvais pour la santé… tant physique que mentale.

Ce ne sont ni l’auteur ni les personnages du roman « Un dernier ballon pour la route » qui me contrediront.

« Un dernier ballon pour la route » est un roman d’aventures éthyliques paru en 2021 et écrit par Benjamin Dierstein, un jeune auteur ayant débuté dans la musique et l’organisation de soirées avant de se tourner vers le roman noir à tendances thriller politique.

Paru aux éditions Les Arènes, ce roman est le 3e de son auteur.

Un dernier ballon pour la route :

Freddie Morvan et son acolyte Didier sont deux piliers de comptoir. Anciens agents de sécurité, ils se contenteraient bien de faire fortune en grattant des jeux de hasard. Pour rendre service à un ami d’enfance de Freddie, ils s’improvisent enquêteurs privés. La gâchette facile et le verbe haut, ils partent à la recherche d’une petite fille disparue.
De zones commerciales anonymes en patelins décatis, ils sèment un joyeux bazar jusqu’au village d’enfance de Freddie Morvan.
Nostalgie et cocktails improbables vont les entraîner dans une spirale de bouffées délirantes et de règlements de comptes dignes d’un grand western spaghetti.

Freddie et Didier sont deux potes virés de l’agence de sécurité dans laquelle ils travaillaient. Freddie est un ancien militaire, ancien flic et Didier, bah, c’est Didier, un gentil neuneu toujours d’accord avec son pote.

Aussi, ils décident de devenir enquêteurs privés, ensemble, en retrouvant la fille et la femme d’un pote d’enfance de Freddie, Virgile, fils d’une riche famille ancrée dans la région qu’il a quittée tout jeune.

Mais ramener les disparues à son ami ne sera pas une sinécure d’autant que le retour au pays s’accompagne de mauvais souvenirs et de bien plus mauvais encore à venir.

Autant le dire tout de suite, et l’auteur ne s’en cache ni dans le titre de son roman pas plus que dans ceux de ses chapitres, ce livre est un hommage (une ode) aux piliers de comptoirs.

Effectivement, chaque chapitre débute par une brève de comptoir et l’ensemble du roman se déroule, en grande partie, dans les bistrots.

Car les deux « héros » de l’histoire passent leur temps à prendre des coups. Des coups dans le gosier à grand renfort de piconnard (Picon-Ricard) ou autres breuvages du genre, mais également des coups dans la gueule et ailleurs.

En clair, ce roman est un délire éthylique dans lequel on ne peut rentrer si l’on n’est pas prêt à quitter un monde cartésien et réaliste et si l’on est allergique à l’humour bien gras et à la violence bien sanglante.

La violence et l’humour ne me faisant pas peur, appréciant (moyennement) les brèves de comptoir (je ne pratique pas les bars parallèles), je me suis lancé dans cette lecture, plus par curiosité que par conviction.

En effet, si j’aime l’humour (à l’excès ?) et que la violence (dans les films et les romans, mais là également, je ne suis pas pratiquant) ne me rebute pas, j’aime quand ces éléments (surtout l’humour) demeurent dans un cadre, si ce n’est cartésien, du moins a minima réalistes.

Et j’ai bien failli arrêter ma lecture à cause de cette absence totale de réalisme, absence volontaire et assumée de la part de l’auteur.

Si la scène dans laquelle les deux héros peinent à quitter le centre commercial, y revenant sans cesse, n’est pas sans me rappeler le sketch de Raymond Devos sur les sens interdits, les délires éthyliques et les réactions pour le moins incohérentes des personnages ont failli avoir raison de moi (un peu comme les aventures de de Luj « Inferman et La Clauducque de Pierre Siniac).

Ayant tenu bon quelques pages, voyant la fin de la mission s’approcher, mais curieux de savoir pourquoi il restait encore tant de pages à venir, je poursuivais ma lecture (plus par curiosité, donc, que par réel intérêt) et la seconde partie du roman m’a un peu plus séduit (sans aller dans un enthousiasme débordant) par une montée crescendo de la tension et de la violence et une intrigue qui prenait un peu d’épaisseur.

Mais il faut bien avouer que les comportements de chacun continuaient à manquer de crédibilité.

Certes, la narration à la première personne est maîtrisée et apporte un réel plus au roman. Elle est à la fois intrusive et permet une connexion plus rapide entre le lecteur et le narrateur.

Oui, d’un point de vue stylistique, pour peu que l’on ne soit pas imperméable à une retranscription littéraire d’un langage parlé, le roman est plutôt abouti.

Effectivement, les personnages sont à la fois originaux et hétérogènes. On peut même s’attacher à Lily-Prune, une gamine ramassée en cours de route, même si, comme pour les autres, il est difficile de croire à ses comportements.

On ne peut nier que l’humour est présent, omniprésent, même. Que l’intrigue, tout d’abord assez simpliste, prend de l’épaisseur à partir du retour aux sources et qu’un certain mystère plane sur l’histoire. On appréciera la montée crescendo de la tension et de la violence, ainsi que le final en forme d’apothéose sanglante.

Mais, pour moi, tous les faits irrationnels gravitant autour de l’histoire et des personnages ont vraiment perturbé ma lecture.

Que ce soit les histoires de fantômes de vaches mortes, le gars qui épouse une chèvre, le lynchage du bonimenteur par le chef de la police locale, les loups, et j’en passe des meilleurs et des pires et ce dès le début avec l’ultra violence de la scène liminaire ou bien le comportement des deux héros face à la flèche dans l’épaule de Didier et le « docteur » qui la « soigne ».

Alors, oui, chercher du rationnel dans un délire éthylique, c’est un peu comme chercher de l’humanité chez un tueur en série xénophobe, mais, le problème, quand est que, quand un mec bourré te raconte une histoire, tu ne peux vraiment l’apprécier que si tu es dans le même état. Si tu es sobre, pour toi, le conte prend des formes d’élucubrations incohérentes.

Et, je dois le confesser, je suis d’une sobriété désespérante.

Pourtant, je dois avouer que, malgré tout, je n’ai pas abandonné ma lecture, ce qui est déjà pas mal, mais que j’ai même fini par prendre un certain plaisir dans la seconde partie, faisant fi des défauts (de ce que je considère, pour moi, comme tels).

Ah oui. Si je dois pointer un réel défaut stylistique, j’évoquerai les quelques répétitions facilement évitables qui émaillent le récit. Rien de bien grave, parfois des mots que l’on retrouve deux fois dans une même phrase (or dialogues, où là, tout est permis).

Au final, un livre qui ne s’adressait pas tout à fait à moi (un délire éthylique pour un lecteur sobre) qui a bien failli me perdre, mais qui a réussi à m’accrocher un peu dans sa seconde partie plus intéressante et plus rythmée.