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Quand, comme moi, on recherche des personnages récurrents dans la littérature populaire fasciculaire, après avoir étudié les « séries » de fascicules autour d’un personnage, on sait pouvoir trouver d’autres héros dans des collections plus généralistes.

Alors, l’un des premiers réflexes (du moins, pour moi) c’est de se plonger dans les collections policières Ferenczi (« Le Roman Policier », « Police et Mystère », « Mon Roman Policier », « Police », « Crime et Police », « Le Verrou »…)

Ce sont des sources assurées de personnages récurrents puisque les auteurs, pour répondre aux exigences du format fasciculaire (concision et rapidité d’écriture) n’hésitaient pas à reprendre, d’un titre à l’autre, un même enquêteur. Maîtriser un personnage permet d’écrire plus vite. Développer un personnage sur plusieurs titres, permet au lecteur de s’attacher malgré des descriptions sommaires, voire basiques ou quasi inexistantes.

Bref.

On retrouve donc un nombre incroyable de personnages récurrents dans des collections généralistes.

Et si c’est le cas dans les collections Ferenczi, cela l’est aussi pour d’autres collections chez d’autres éditeurs.

Et, dans le lot, une collection et un éditeur auxquels je ne pensais pas immédiatement se révèlent de grands pourvoyeurs de ces héros particuliers : « Collection Rouge » des éditions Janicot, à partir de 1943, une collection de fascicules de 16 pages, double colonne.

Sur un nombre de titres assez réduit (par rapport aux collections Ferenczi), à peine plus d’une centaine, on découvre un bon nombre de personnages revenant dans plusieurs aventures : Commissaire Mazère, inspecteur Machard, A.B.C. Mine, de Maurice Lambert ; le détective Francis Bayard de Jean des Marchenelles ; le reporter Paul Dumviller ou Jean Laventure de Nevers-Séverin ; l’aventurier Tancrède Ardant de Frédéric Sipline…

J’en passe et des meilleurs jusqu’au commissaire Rombal d’Élie Richard, qui apparaît, dans cette collection, dans au moins 5 titres signés alternativement E. L. Richard ou Élie Richard.

L’auteur est un journaliste, éditeur, poète, né en 1885, mort en 1976. Il écrivit des reportages, des essais, des pièces de théâtre radiophoniques, des poèmes et nouvelles, quelques rares romans et 8 fascicules pour la collection Janicot dont au moins 5 (je ne les ai pas tous) concernent le commissaire Rombal.

Dans les premières aventures du policier on pouvait constater la volonté de l’auteur d’installer une certaine ambiance dans ses récits quitte à ce que les personnages ou l’intrigue en pâtissent en raison de la concision inhérente au format.

« Le danseur malais » est une enquête du commissaire Rombal parue en 1943 ou 1944.

LE DANSEUR MALAIS

Le commissaire ROMBAL, alias « Le brigadier gris », est sollicité par le prince Otamito afin de prouver l’innocence de son amie, la jeune Omi appartenant à la famille des Empereurs de Chine, accusée d’avoir abattu un danseur malais par jalousie…

Intrigué par la fougue de son interlocuteur ainsi que par les contours de l’affaire, le commissaire ROMBAL accepte de mener sa petite enquête.

Il est très vite persuadé qu’Omi n’est pas coupable, bien qu’il ne comprenne pas pourquoi elle ne se défend pas au risque d’être condamnée à mort.

Mais comment découvrir l’identité du meurtrier au sein d’une communauté dont il ne maîtrise aucun code ?...

Le commissaire Rombal, sollicité par le prince Otamito, s’intéresse au meurtre d’un danseur malais d’une balle dans le foie. Ses investigations l’emmènent à se confronter aux mystères du monde oriental, la victime étant amoureux d’une jeune Chinoise fille d’Empereur déchu. C’est cette même jeune femme qui est accusée du meurtre et qui ne cherche aucunement à se défendre alors que le prince est certain de son innocence.

Très vite Rombal est persuadé que Omi, la suspecte, n’a pas tué le danseur, mais il est incapable de trouver l’identité du tueur malgré tous les efforts qu’il déploie. D’ailleurs, il n’a qu’un maigre indice pour le guider, il est persuadé que l’assassin est gaucher.

On retrouve donc le commissaire Rombal dans une nouvelle enquête durant laquelle l’auteur, une nouvelle fois, cherche à mettre en place une ambiance mystérieuse et entêtante.

Après le monde des bistrots, celui des férias et des processions sévillanes, l’île de Jersey et son climat particulier, le voilà qui s’attaque à un monde bien plus exotique et qui fait naître chez le lecteur tout un tas de clichés et de légendes urbaines du fait de la méconnaissance, à l’époque, du public envers les populations asiatiques.

D’ailleurs, si le public ne maîtrise par le monde oriental, force est de constater que l’auteur, malgré toute sa bonne volonté, ne semble pas beaucoup mieux connaître les peuples qu’il cherche à mettre en avant.

On passera donc sur les noms à consonance japonaise pour des Chinois, les poncifs de la xénophobie au quotidien qui veut que tous les jaunes se ressemblent et s’assemblent…

Une fois que l’on acceptera ces travers et qu’on les pardonnera sur l’autel d’une inculture présomptueuse, il faut reconnaître qu’Élie Richard, parvient à mettre en place une certaine ambiance plutôt bienvenue dans ce format, mais qui, malheureusement prend trop de place pour permettre à l’intrigue d’être correctement développée.

Car une telle histoire nécessitait d’être contée sur bien plus de longueur pour masquer son évidente simplicité.

En effet, le lecteur n’ayant pas le temps d’être ballotté, d’être totalement dépaysé, en clair de se concentrer sur un gros ensemble détournant son attention d’un petit point crucial, en vient à deviner très très rapidement le véritable coupable et même son mobile tandis que Rombal, le juge, le journaliste piétinent lamentablement.

Du coup, on hésite à louer l’ambition de l’auteur même si celle-ci était démesurée par rapport au format ou bien à lui reprocher une ambition déplacée dans un tel contexte.

Je pencherais pour la première solution, l’ambition, dans le format fasciculaire, ayant rarement été un leitmotiv pour les auteurs.

Encore une fois, on apprendra peu de choses sur le commissaire Rombal, à part son habitude de tousser en clamant que c’est à cause de la fumée quand il est dérangé par un détail.

Pour ce qui est de la plume de Élie Richard, rien à dire, sans naviguer dans les hautes sphères ni se montrer aussi ambitieuse que l’ambiance développée, elle s’avère être agréable et efficace.

Au final, un récit d’ambiance trop ambitieux pour le format fasciulaire ou une intrigue trop faible, même pour ce format. À vous de choisir.