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Je poursuis ma découverte d’un personnage récurrent surnommé le Brigadier Gris.

Derrière ce surnom se cache le Brigadier, puis commissaire Jean-Marc Rombal.

On le découvre entre 1943 et 1944 dans 7 enquêtes sous la forme de fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 11 000 mots dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot.

L’auteur en est Élie Louis Richard, un journaliste, écrivain, poète, éditeur né en 1885. 

MISS PARIS A DISPARU

Miss Paris a disparu !

Gabrielle Dorcival, la danseuse et chanteuse, devenue reine de beauté de la capitale s’est volatilisée sur le trajet la menant à une fête organisée par Paul Bruneton, son mentor, dans le but de la consacrer et la faire encore plus connaître aux yeux du grand public.

Bruneton, désespéré, ne peut croire à la thèse émise par les journalistes selon laquelle la jeune femme aurait fui le monde de lumière pour plonger dans les bras d’un prince charmant.

Ludovic Buet, un ami reporter, lui conseille alors de raconter son histoire à Jean-Marc ROMBAL, alias « Le brigadier gris », un policier dont il vante le sang-froid et la ténacité.

Et de la ténacité, il va en falloir à ROMBAL pour arriver au bout de cette enquête.

Miss Paris a disparu alors qu’elle se rendait à une grande fête organisée à Longchamp pour la faire connaître du grand public, elle chanteuse et danseuse au grand potentiel.

Pour Paul Bruneton, manager et secrètement épris de la belle, pour que celle-ci ait loupé un évènement qui devait la consacrer et pour fuir une carrière très prometteuse, il eut fallu qu’on l’y ait contraint. Un enlèvement, un crime, peut-être.

Mais les journalistes, eux, voient plutôt dans cette disparition une fugue amoureuse.

Ludovic Buet, reporter au Grand Journal, conseille à Bruneton de rencontrer son ami le Brigadier Rombal, dont il vante les qualités.

Rombal va donc se lancer sur la piste de Miss Paris, une piste bien confuse dont il tardera à trouver le chemin…

On retrouve donc le Brigadier Jean-Marc Rombal, appelé prochainement à devenir commissaire, dans une enquête assez anodine, la disparition d’une Miss.

L’intrigue en elle-même est assez simple, avec une résolution encore plus simpliste. D’ailleurs, on sent bien que l’auteur ne s’intéresse pas réellement à son histoire, qu’il préfère, ici, miser sur l’ambiance, celle que flaire son Brigadier, et de la façon qu’a le policier de s’imprégner des personnages de son enquête, un peu comme le fait le commissaire Maigret, mais dans une moindre mesure, les 11 000 mots du récit ne permettant pas à l’auteur et à son héros de trop s’appesantir sur son enquête.

Évidemment, dans le format fasciculaire, tout débordement d’un côté implique un manque d’un autre. Ainsi, l’auteur se concentrant sur une ambiance, délaisse forcément son intrigue et inversement.

Mais on peut louer tout de même Élie Richard d’oser tenter le pari de l’ambiance là où les autres auteurs spécialisés dans ce format court préfèrent aller à l’efficacité, ou proposer une histoire où rien n’est mis en avant où tous les curseurs sont réglés sur médium.

Et c’est l’atout principal de ce récit ainsi que de tous ceux mettant en scène Jean-Marc Rombal. Car ce parti pris étant rare et plutôt bien mené, on découvre alors des récits fasciculaires originaux.

Cependant, il faut bien reconnaître ici que le récit pêche par son intrigue, un manque à peine compensé par une atmosphère que l’auteur n’a pas le temps de réellement mettre en place.

Car, pour un même parti pris, Simenon disposait, lui, d’au moins 30 000 mots, soit trois fois plus de place et le lecteur, ébloui par le style de l’auteur, l’ambiance qu’il mettait en place, ambiance à la fois physique à travers le climat que psychique à travers la vie et les vices d’une population, n’était pas gêné par une intrigue souvent très simple.

Ici, Élie Richard n’a pas la plume de Simenon (même si celle-ci est agréable) et, surtout, n’a pas le temps de plonger suffisamment le lecteur dans l’ambiance qu’il veut mettre en place pour que celui-ci ne soit pas déçu par la légèreté de son intrigue.

Dommage.

Car, une nouvelle fois, il y avait matière à faire avec le sujet (les affres du succès), mais pas la place pour dans un format fasciculaire.

Au final, une intrigue trop simple résolue d’une manière tout aussi simple que ne parvient pas à compenser une ambiance que l’auteur n’a pas réellement de mettre en place.