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Thomas Fiera est un personnage créé par l’écrivain Jean-Baptiste Ferrero, petit-fils de Pietro Ferrero, le créateur de l’entreprise éponyme connue de tous les gourmets de la Terre pour ses chocolats divers et variés dont Nutella, les Mon Chéri, et les fameux Ferrero Rochers qui ont été inspirés par une mésaventure que vécue, Jean-Baptiste, enfant, lors d’une escalade en montagne.

À peine adolescent, alors qu’il est destiné à reprendre l’entreprise familiale, Jean-Baptiste se découvre une allergie au chocolat en se gavant de Mon Chéri.

Si cette indigestion l’éloigne de sa destinée chocolatière, elle lui donne le goût pour l’alcool contenu dans les fameux Mon Chéri et le pousse à tremper sa plume dans l’encre plutôt que le doigt dans le cacao… NON, je déconne, on a tellement dû lui faire la blague sur le Ferrero Rocher et les dîners de l’ambassadeur que j’ai poussé la blague un peu plus loin.

Non, Jean-Baptiste Ferrero est un écrivain, et, étant tout ce que j’ai besoin de savoir sur lui, le reste, je le découvre dans sa plume, la seule façon par laquelle j’aime découvrir un auteur.

Toujours est-il que j’ai découvert J.B.F. par l’intermédiaire de Thomas Fiera, un détective dans la peau duquel il aime se glisser pour conter des aventures aussi violentes, sanglantes, désespérées que drôles.

Depuis ma découverte liminaire, je me plonge toujours avec un immense plaisir dans les lectures des nouvelles aventures de Thomas Fiera, même s’il m’arrive de ne pas toujours les lire dans l’ordre de parution puisque j’ai dégusté « Au nom du père », l’aventure suivante, avant celle-là.

Cette erreur est peut-être responsable d’un ressenti en demi-teinte, alors que, jusqu’ici, ce ne fut qu’un plaisir sans cesse renouvelé.

Banlieue Est :

Thomas Fiera, enquêteur privé est appelé à la rescousse par un ami d’enfance, en conflit avec un caïd local. Il se retrouve aussitôt embarqué dans une enquête sordide, de l’autre côté du périphérique et constate à son grand désespoir que la banlieue n’est décidément plus ce qu’elle était : on y viole, on y massacre, on y corrompt, on s’y drogue, on s’y radicalise et on s’y débauche comme jamais…
Cynique, mais pas blasé, idéaliste, mais pas naïf, notre héros gouailleur et un poil dépressif entreprend avec sa fine équipe une véritable croisade pour défendre les innocents et botter le cul des méchants.
Thomas Fiera est un détective ricaneur, anar, défenseur de la veuve et parfois même de l’orphelin. Ferrero lui a déjà consacré 6 romans et une dizaine de nouvelles. Les personnages secondaires : le héros est entouré d’une équipe hors du commun. Chacun des membres a sa spécialité, mais aussi ses caractéristiques physiques. Tous sont diaboliquement efficaces, voire destructeurs.
De l’action, de l’humour et une langue, assez verte, parfaitement maîtrisée.

Thomas Fiera est contacté par un ancien ami d’enfance pour assister aux funérailles d’un collègue à eux de l’époque. Revenir dans la cité qui l’a vu grandir n’est pas fait pour donner le sourire à Fiera aussi, quand son pote lui demande de l’aide pour se sortir d’un guêpier dans lequel il s’est fourré, Fiera n’est pas jouasse.

Pas jouasse que ledit pote vit toujours dans le même quartier, dans le même appartement, dans le quartier que Thomas Fiera n’a eu de cesse de vouloir fuir et qu’il va être obligé subir à nouveau, d’autant plus que son pote va être retrouvé pendu par les pieds à un réverbère, les yeux crevés, les rotules explosées à la perceuse et bien d’autres joyeusetés du genre.

Méthode étrange pour se débarrasser d’un gars qui cherchait à aider les jeunes du quartier à travers son association et qui avait commis l’imprudence de détruire de la drogue appartenant au caïd de la cité.

Alors, Thomas Fiera va devoir replonger dans son Ancien Monde, un quartier qui n’a pas changé, ou alors, pour se dégrader et où il va recroiser des connaissances de son passé, mais également tout un tas de truands de toutes les envergures tous plus dangereux les uns que les autres…

Autant le dire tout de suite, cette lecture m’a beaucoup moins passionnée que la précédente (qui était celle de l’épisode suivant).

Pourtant, tous les ingrédients des autres épisodes sont présents ici. Évocation du passé, nostalgie, violence, humour, réflexions du héros sur divers sujets, une plume aguerrie, une intrigue fouillée, jusqu’aux membres de la bande à Fiera qui sont tous convoqués : Adélaïde, Manu, Fred, même Richard dont on se demande un peu à quoi il sert…

Mais j’ai bien peur, en fait, que tous ces curseurs aient été poussés au maximum, altérant ainsi un peu la recette.

Trop.

Trop long, probablement. 504 pages là où les autres tournent, au max, à 300.

Plus c’est long, plus c’est bon, a-t-on coutume de dire, mais on peut rétorquer que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures et je trouve qu’un roman qui s’axe sur l’humour ne devrait pas s’éterniser de peur de tourner un peu en rond ou d’être trop bavard.

Trop de rebondissements. On croit à un coupable, puis à un autre, et encore à un autre. Trop. Je ne lis pas les aventures de Thomas Fiera dans l’espoir de lire un grand Thriller.

Trop de répétitions de jeux de mots ou de phrases. Je ne saurais en faire une liste, à froid, mais à la lecture, j’ai eu la sensation d’avoir déjà lu certaines blagues. Alors, oui, c’est aussi un style, notamment avec l’histoire des anges qui passent (seuls ceux qui ont déjà lu une aventure de Thomas Fiera comprendront de quoi je parle). Mais, voilà, une sensation s’appuie toujours sur une réalité.

Trop. Non, quelques, mais, déjà, coquilles et fautes. Notamment, la confusion, dans la conjugaison entre le verbe agoniser et agonir. Effectivement, dans la phrase : « tandis que sa mère m’agonisait d’injures imagées », il aurait fallu écrire « m’agonissait », car on dit agonir d’injures et non agoniser d’injures. Un détail, certes, mais un détail qui m’a perturbé.

Trop de violences ? Non, pas vraiment, car on est habitué à cette violence dans toute aventure de Thomas Fiera.

Non. 

Trop de pas assez. Généralement, les diverses aventures de Fiera sont prétextes à se replonger dans son passé de manière nostalgique. Sa femme dans le coma, son père, son fils… Celle-ci, au contraire, est sujette à rejet de la part du personnage, un rejet qui rejaillit, j’ai l’impression, un peu, sur le lecteur (juste un peu). Car ce regard vers le passé du personnage est généralement synonyme de tendresse, de bons souvenirs, de regrets, parfois, mais il s’agit toujours d’un regard bienveillant, attendrissant, touchant. Ici, ce retour en arrière est tout l’inverse et empêche cette petite touche sensorielle qui fait une bonne aventure de Thomas Fiera.

Et c’est l’accumulation d’un peu tout cela qui fait que cette lecture me fut moins agréable que mes précédentes rencontres avec Thomas Fiera. Oh ! juste un peu moins, mais suffisamment pour que cela soit notable et que cela nuise quelque peu à mon plaisir de le retrouver.

Alors, certes, je peux paraître exigeant, mais je ne le suis qu’avec les auteurs dont j’attends beaucoup et qui, je sais, sont capables de me l’apporter.

Pourtant, le sujet était prétexte à intégrer tous les éléments d’une bonne aventure de Thomas Fiera dont, notamment, cette pointe de nostalgie ou.

Au final, pas un mauvais roman, loin de là, même, mais loin d’être l’aventure de Thomas Fiera que je préfère la faute à un mauvais dosage dans les éléments intégrés.

P.S. J’ajouterai à la liste des bémols une 1re de couverture pas terrible (mais c’est aussi le cas dans la suite, « Au nom du père » et cela ne m’a pas empêché d’adorer le livre).