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Jean-Pierre Ribat est un auteur qui m’était encore inconnu, il y a un peu plus de cinq ans et demi.

À l’époque, je tombais, par hasard, sur son premier roman « Pas d’obstacle ? » contant les aventures de Marcel Fortesse, médecin généraliste et urgentiste.

Et ce fut avec un immense plaisir que je découvrais la plume de cet écrivain et, surtout, son personnage fortement inspiré de sa propre personnalité puisque, tout comme son héros, Jean-Pierre Ribat fut médecin généraliste, médecin urgentiste à l’hôpital de Mantes-la-Jolie, médecin-capitaine des pompiers, rugbyman passionné et coureur à pied.

Je découvrais donc un style, une ambiance dont les principales qualités résidaient dans un humour noir face à la maladie (surtout le cancer de la mère du héros qui faisait écho, je crois, à celle de l’auteur), mais aussi dans une immersion réaliste dans le quotidien d’un urgentiste.

En parallèle de son intrigue, l’auteur émettait, à travers la bouche de son héros, des réflexions sur le monde médical et sur la société.

Bref. C’était drôle, touchant, émouvant, triste, ce qui, ajouté à une intrigue honnête, donnait un excellent roman.

Malheureusement, à l’époque, j’avais du mal à trouver les deux suites des aventures de Marcel Fortesse.

Puis j’oubliais ma quête, tant j’avais de livres et d’auteurs à découvrir.

Et voilà qu’un nouveau hasard me met sur la route de Jean-Pierre Ribat et de la deuxième aventure de son Marcel Fortesse (il y en a désormais 6 au total).

C’est donc avec beaucoup d’attente, cette fois-ci, que je me replongeais dans les aventures du médecin urgentiste.

Poussière d’anges :

Une jeune fille est découverte assassinée, la peau du visage dévorée. Le docteur Marcel Fortesse, médecin urgentiste et généraliste, se met en quête du tueur pour disculper son fils accusé à tort. Et comme l’existence est rarement simple, il doit mener de front ses multiples activités professionnelles tout en accompagnant sa chère maman, atteinte d’un cancer, jusqu’à son dernier souffle. Avec l’aide de quelques amis, et seulement armé d’un sens de l’humour salvateur, Marcel Fortesse va devoir s’aventurer dans une valse équivoque avec la mort.

Le docteur Marcel Fortesse est appelé sur une scène de crime par son ami l’inspecteur Yves Marcheur. Son statut de médecin n’est pas la seule raison de cet appel, le fils du docteur a été découvert inanimé et couvert de sang près du corps d’une jeune femme dont le visage a été dévoré…

Marcel Fortesse va alors se lancer dans une enquête éprouvante pour innocenter son fils tout en devant, en parallèle, gérer la fin de vie de sa tendre mère atteinte d’un cancer en phase terminale…

S’appuyant sur une intrigue à la fois simple, mais suffisamment développée pour conserver l’intérêt du lecteur, Jean-Pierre Ribat continue de faire vivre son double sur papier, délivrant, à travers ce personnage, ses doutes, ses reproches, sur la médecine en général, et sur l’euthanasie et la légalisation du cannabis pour une utilisation médicale…

De par son métier et la maîtrise de sa plume, l’auteur parvient à plonger le lecteur dans une ambiance réaliste dès qu’il le propulse dans un hôpital ou près d’un malade.

C’est ainsi un monde fait d’un humour noir salvateur permettant au personnage de rire pour ne pas avoir à pleurer, de phases touchantes, émouvantes, tragiques, tristes, et de questionnement sur la vie, sur la société, sur notre système de santé.

Le lecteur passera donc du rire aux larmes tout en mêlant parfois les deux sentiments.

Le passage sur la mort de Fatoumata à l’hôpital est glaçant et provoque presque autant d’émotions chez le lecteur que chez les personnages.

Loin d’être manichéen ni de s’élever en héros sans faille et sans travers, Jean-Pierre Ribat, avec Marcel Fortesse, propose un personnage éminemment humain jusque dans ses défauts et ses faiblesses.

Par rapport au premier roman, l’effet de surprise ne jouant plus, j’ai pu constater tout de même que la plume de Ribat n’était pas encore arrivée totalement à maturité.

Cette légère lacune (il n’y a rien d’indigeste, rassurez-vous) m’avait probablement échappé lors de ma lecture du premier roman de l’auteur du fait de la découverte d’un style, d’un personnage et le plaisir que j’en tirais alors. Pourtant, cette seconde lecture, si elle fut tout de même agréable, fut légèrement contrariée par un léger manque de fluidité dans le texte, dans la narration à la première personne. Difficile à pointer exactement du doigt les passages qui pèchent, mais ce sentiment est présent sur l’ensemble. Ou, alors, étais-je devenu exigeant avec un auteur qui ne m’était désormais plus inconnu et dont j’attendais beaucoup.

Dans les bémols à apporter, incontestablement un gros provient du travail des éditions ThoT.

Malheureusement, je trouve que les romans de Ribat ne sont pas mis en valeur par les 1res de couvertures.

Si celle du premier roman, entièrement dessinée était relativement réussie, les autres, toutes les autres, pâtissent d’un mélange de genre entre fond dessiné et incrustations photographiques de mauvais goût donnant l’impression d’un travail très amateur.

Un grand dommage. Le rendu est moche et même les arrière-plans ressemblent désormais au résultat d’une photographie passée sous l’« effet crayon noir » d’un vulgaire logiciel de dessin.

Les romans de Jean-Pierre Ribat méritent mieux que cela.

Pour le reste, si l’intrigue passe au second plan de l’histoire, l’intérêt principal réside incontestablement dans le personnage, sa vision du monde, son humour, sa relation avec la mort, surtout avec celle, à venir, de sa mère en phase terminale d’un cancer. Il me semble que cette relation particulière fait écho, pour l’auteur, avec sa réalité, ce qui renforce d’autant plus le côté émouvant de ces passages.

D’ailleurs, la maladie de la mère de Marcel Fortesse était déjà évoquée dans le premier épisode.

On notera que le récit est parsemé d’une petite dose d’ésotérisme à travers les personnages d’une vieille patiente et d’une jeune fille rencontrée dans un centre, une doctrine qui n’est moquée ni par l’auteur ni par son héros et qui est même plutôt acceptée malgré l’esprit cartésien qui anime les deux.

Au final, la surprise ne fonctionnant plus, le manque de maturité de la plume de l’auteur peut se faire légèrement sentir, mais est largement compensé par l’émotion omniprésente, l’humour, le héros et les diverses réflexions sur la société et le monde médical. Un auteur et une série à découvrir malgré les vilaines couvertures proposées par l’auteur.