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Paul Salmon (1884-1965) fut un écrivain prolifique de la littérature populaire fasciculaire qui, sous différents pseudonymes (Paul Dargens, Paul Darcy, Paul Dancray, Robert Navailles), signa un grand nombre de récits dans divers genres à la mode à son époque.

Devenu aveugle en cours de carrière, il continua pourtant à écrire, aidé en cela par son épouse et écrivain elle-même, Léonce Prache.

Son pseudonyme de Paul Dargens fut principalement utilisé pour signer ses récits destinés aux éditions Ferenczi.

Dans cette partie de sa production, un bon nombre de textes intégrèrent deux collections mythiques de l’éditeur, tout d’abord « Le Roman Policier » (1916-1923) et « Police et Mystère » (1932-1941).

Pour la première, il créa le personnage de Luc Hardy, un jeune millionnaire devenu détective.

Dans la seconde, on rencontre le détective Jacques de Villefort à plusieurs reprises.

« La marque bleue » fut publié initialement sous la forme d’un fascicule de 64 pages en 1940 dans la collection « Police et Mystère ».

La marque bleue :

Un soir, peu avant minuit, en rentrant chez eux, M. et Mme Barançon découvrent, devant la porte de leur immeuble, le corps sans vie d’un homme, poignardé en plein cœur.

L’inspecteur Michelin, chargé de l’enquête, fait le lien avec un autre meurtre perpétré quelques jours auparavant.

Les deux victimes étant originaires du Havre et une marque bleue tracée sur le front de chacune d’entre elles laissent penser à la vengeance d’un unique assassin.

Quand Michelin croise le détective Jacques de Villefort, qui lui a déjà apporté son aide dans de précédentes affaires, il ne peut s’empêcher de lui demander son avis sur le dossier sans se douter que ce dernier va prendre une part très active à l’arrestation du coupable…

Deux hommes retrouvés poignardés en plein cœur, une marque bleue tracée sur le front. Deux victimes originaires de la ville du Havre, il n’en faut pas plus à l’inspecteur Michelin pour conclure à une vengeance. Et s’il demande de l’aide au détective Jacques de Villefort, c’est finalement le témoignage d’un homme ayant connu les deux victimes qui va faire avancer l’enquête et désigner le coupable.

Mais Jacques de Villefort va œuvrer dans son coin pour que la vérité éclate et celle-ci n’est pas forcément celle qu’entrevoyait le policier…

J’ai découvert la plume de Dargens à travers les aventures de son détective Luc Hardy, dans les années 20.

Cette fois-ci, c’est avec une enquête de Jacques de Villefort, 20 ans plus tard.

Pourtant, le style de l’auteur n’a pas beaucoup bougé en deux décennies.

On reconnaît son attention à décrire outre mesure (pour un fascicule) les personnages secondaires, voire tertiaires… et à délaisser son héros.

Car, de Jacques de Villefort, on apprend pas grand-chose à travers cette histoire.

D’ailleurs, le personnage apparaît finalement très peu dans le récit même si c’est lui qui va résoudre l’affaire et arrêter le meurtrier.

Pour ce qui est de l’intrigue, celle-ci est d’une banalité et d’une simplicité assez déconcertante.

Effectivement, une fois établi le lien entre les deux premières victimes et du témoin, difficile de ne pas dénouer au moins l’origine de l’affaire.

Quant à la manière qu’a de Villefort pour obliger le meurtrier à se dévoiler… elle est plus que discutable dans son ensemble.

Car, oui, si de Villefort est fort… et s’il est intelligent au point de tout comprendre avant les autres sans qu’on ne lui dise rien, il a un peu tendance à penser que tout va se dérouler comme il l’a prévu et que les protagonistes vont réagir comme il l’imagine… mouais.

Il n’y a pas de doute sur le métier de Paul Dargens. Il a tant écrit, déjà, à l’époque de ce récit, pour ne pas lui reconnaître le fait qu’il a du métier. Pourtant, les défauts que je pouvais lui pardonner dans les aventures de Luc Hardy, au moment où il était encore au début de sa carrière, sont plus difficiles à admettre après plus de 20 ans à écrire et écrire encore.

Certains de ses confrères ont démontré, en plus du métier, un réel talent, j’aurai du mal à en dire autant de Dargens, du moins, dans le peu, encore, que j’ai lu de lui.

Au final, difficile d’adhérer à un récit dans lequel l’intrigue est simpliste, les enquêteurs officiels un peu benêts et où l’officieux manque cruellement de charisme. Alors, que reste-t-il ? Un petit récit policier qui se contente du minimum syndical. Dommage.