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Ce qu’il y a de bien, quand on fait une chronique sur un roman de Georges Simenon, Frédéric Dard ou Léo Malet, c’est qu’il n’y a pas besoin de présenter l’auteur, tout le monde le connaît, même ceux qui n’ont jamais lu un seul de ses textes.

Mais, quand, comme moi, on se plonge dans des récits de la même époque (ou presque), mais d’auteurs bien moins réputés, alors que tout autant (voire plus) prolifiques et lus, au moment de leurs publications, que les écrivains suscités, il est à chaque fois nécessaire d’expliquer qui est l’auteur, même si vous l’avez déjà abordé des dizaines de fois.

Et, en ce qui concerne Henry Musnik, né au Chili en 1895, mort en 1957, je ne compte plus les chroniques que j’ai écrites sur ses textes…

Effectivement, Henry Musnik, sous son nom ou, plus souvent, sous de multiples pseudonymes (Alain Martial, Pierre Dennys, Jean Daye, Claude Ascain, Gérard Dixe, Pierre Olasso…) a signé un nombre considérable de fascicules entre 1930 et sa mort.

Sa production est l’une des plus immenses de cette paralittérature et, si elle concerne différents genres à la mode, elle se concentre, principalement (du moins pour moi) sur le plus exaltant : le policier.

Car Henry Musnik a beaucoup, beaucoup, beaucoup, écrit. Il a été publié par de nombreux éditeurs dans de très nombreuses collections, parfois sous plusieurs pseudonymes dans la même.

Certes, on lui reprochera d’avoir artificiellement gonflé sa production afin d’engranger les royalties en réutilisant certains de ses textes en se contentant de changer le nom des personnages et le pseudonyme avec lequel il signait les récits.

Certains disent qu’il a probablement fait des traductions pirates d’épisodes de séries anglo-saxonnes…

Mais, tout de même, sa production force le respect, d’autant qu’il était, également, journaliste sportif et judiciaire, qu’il écrivit des nouvelles…

Pour écrire plus et mieux, Henry Musnik n’hésitait pas à créer des personnages s’inspirant des héros de la littérature populaire.

Dans ses inspirations, Arsène Lupin tient une grande place puisqu’il fit naître plusieurs gentlemen cambrioleurs comme Robert Lacelles, Mandragore ou encore Jack Desly, celui qui nous intéresse aujourd’hui.

Les lecteurs purent rencontrer Jack Desly dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, dès 1937.

Jack Desly vécu 25 aventures sous la forme de fascicules de 64 pages disséminés dans les plus de 400 titres de la collection.

« L’homme suspect » est la 19e aventure du personnage.

L’HOMME SUSPECT

Dans les embouteillages parisiens, Jack DESLY remarque, à l’arrière d’un autobus, une demoiselle aux yeux verts et cheveux d’acajou lui rappelant sa douce Gladys.

L’inconnue est plongée dans la lecture d’une lettre dont l’enveloppe, par le caprice du destin et d’un courant d’air, s’envole pour atterrir sur le siège de sa voiture.

Plus tard, tandis qu’il conte l’aventure à sa tendre compagne, celle-ci s’amuse d’une autre coïncidence : dans les offres d’emploi du journal, elle vient de parcourir l’annonce de quelqu’un qui recherche, pour un rôle dans un film, une jeune femme ayant les mêmes caractéristiques physiques qu’elle.

Pour Jack DESLY, il ne fait nul doute qu’il s’agit là d’une arnaque pour attirer quelques naïves.

Son instinct lui souffle rapidement que la passagère qu’il a croisée s’apprête à tomber dans ce piège et décide, grâce à l’adresse inscrite sur l’enveloppe, de se rendre chez elle pour la prévenir du danger.

Mais quand Jack DESLY arrive à son domicile, celle-ci s’est subitement volatilisée…

Jack Desly a remarqué, dans les embouteillages, une jeune femme ressemblant à sa belle Gladys. Mêmes cheveux roux, mêmes yeux verts. L’inconnue est en train de lire une lettre, mais l’enveloppe lui échappe et, par un doux hasard, tombe sur le siège de Jack alors que celui-ci s’apprête à changer de rue. Quand il s’en rend compte, il est trop tard.

Arrivé auprès de Gladys, il lui raconte son aventure et celle-ci, étonnée, se dit que, décidément, les rousses à yeux verts ont la cote, la preuve, une offre d’emploi stipule que quelqu’un recherche, pour un rôle important, dans un film, une femme ayant ces caractéristiques.

Étrange annonce, selon Jack, un attrape-nigaud fait pour attirer des jeunes femmes en mal de célébrité et leur soutirer tout leur argent.

Gladys, par jeu, décide de répondre à l’annonce et, le lendemain, elle reçoit une lettre stipulant que le rôle a déjà été attribué.

L’aventure pourrait s’arrêter là, mais Jack remarque que l’enveloppe est recouverte par la même écriture que celle de l’inconnue. Ainsi, elle avait répondu à l’annonce et était en train de lire la réponse, positive, probablement, ce qui explique la réponse négative faite à Gladys.

Mais alors, la jeune inconnue va se faire dépouiller ? Mais non, Jack décide d’aller la prévenir, connaissant son adresse puisque celle-ci se trouve sur l’enveloppe qu’il a trouvée près de lui.

Arrivé chez la jeune femme, sa concierge explique à Jack que celle-ci est partie précipitamment…

Qu’importe, Jack Desly est bien décidé à faire sa bonne action en la retrouvant coûte que coûte…

19e aventure de Jack Desly, donc, et voici quelques aventures qu’il partage avec Gladys.

Malheureusement, la présence de Gladys coïncide, de fait, avec une mise en retrait de Nan-Dhuoc, le serviteur annamite, fidèle compagnon de Jack Desly, le personnage le plus intéressant de la série et celui par lequel passent l’action et l’humour.

Si Nan-Dhuoc n’est pas totalement absent des dernières aventures, il est souvent cantonné (pas de jeu de mots) au rôle de celui qui surgit brusquement, sauve le héros et puis s’en va.

C’est une nouvelle fois le cas dans cet épisode. Car le hasard est souvent bon avec Jack Desly, et ce depuis le début de la série, mais plus encore dans cet épisode.

En effet, hasard de croiser une jeune femme ressemblant à Gladys, plus que hasard que son enveloppe s’envole et atterrisse près de Jack. Hasard, encore, que Gladys vienne de lire l’offre d’emploi. Hasard qu’on lui répond, aussi vite. Hasard, toujours, de croiser celui qui a déposé l’annonce au Journal. Hasard, hasard, hasard, que Nan-Dhuoc débarque à point nommé, etc.

Trop de hasard tue le hasard, mais facilite grandement la tâche à un écrivain devant écrire et écrire encore et toujours plus vite.

Pardonnable, donc ? Un peu, effectivement, même si cette accumulation de chances (je ne les ai pas toutes citées) nuit un peu à la crédibilité du récit et au plaisir de lecture.

Je pardonnerais volontiers ces travers sur le petit Nan-Dhuoc était plus présent, mais ce n’est pas le cas. Dommage.

Pour le reste, une histoire relativement simple, assez peu crédible (sur la durée de l’affaire parallèle) et qui n’apporte rien à la série, mais tel n’est pas le but des épisodes.

Au final, un épisode un brin décevant du fait d’une omniprésence du hasard et d’une quasi-absence de Nan-Dhuoc, le personnage le plus savoureux de la série.