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Jean Lunel est un auteur mystérieux et peu fécond de la littérature populaire fasciculaire au point qu’il n’est point de doute qu’il s’agisse là d’un pseudonyme d’un écrivain plus prolifique (le fait que le pseudonyme soit emprunté à une ville appuie cette hypothèse).

Effectivement, de trace de Jean Lunel, je n’en trouve guère que dans la collection éphémère « Vidocq », des éditions l’Étrave, en 1943.

Cette collection regroupe 11 fascicules de 32 pages contenant des récits entre 7 et 12 000 mots et dont les différents auteurs, excepté Rémy Lambert (Jean Allary), Maurice-Bernard Endrèbe et Jacques Cézembre (André Reuzé) sont inconnus.

Les illustrations des couvertures (sombres et belles) sont signées André Galland.

Jean Lunel signe 3 des 11 titres, 3 enquêtes de l’inspecteur-chef Arthème Jourdain de la Police Judiciaire en lutte contre l’Homme Jaune, le chef d’une redoutable organisation criminelle.

« Le platine a disparu », 4e titre de la collection est paru en 1943 sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit de 10 000 mots.

C’est la troisième (et dernière ?) enquête d’Arthème Jourdain… 

LE PLATINE A DISPARU

L’inspecteur-chef Arthème JOURDAIN, l’As de la Police Judiciaire, est contacté par un responsable d’une compagnie d’assurances pour lui demander d’enquêter sur le vol d’une caisse de lingots de platine.

Celle-ci a transité par paquebot puis en train pour arriver à bon port, avant d’être échangée par une autre contenant des galets, dans le bureau du chef de gare en attendant une correspondance.

Mais Arthème JOURDAIN se rend rapidement compte que les apparences sont parfois trompeuses sans se douter encore que l’affaire va le confronter à nouveau à son ennemi juré, l’Homme Jaune…

Une caisse contenant des lingots de platine a été échangée par une autre remplie de galets lors de son transport de New York à la fonderie d’un joaillier français. Après un trajet en paquebot, à l’issue duquel le contenu a été vérifié, la caisse a transité en train et semble avoir été échangée lors d’une correspondance.

L’inspecteur-chef Arthème Jourdain est chargé de l’enquête et va partir à la recherche du platine avec une idée déjà bien arrêtée des faits qui va surprendre tout le monde et le confronter à nouveau à l’Homme Jaune, le terrible chef d’une organisation criminelle…

On retrouve donc l’inspecteur-chef Arthème Jourdain dans un 3e titre au sein de la collection « Vidocq ».

Si on retrouve le personnage avec plaisir, on retrouve également les descriptions redondantes dudit personnage faites par Jean Lunel.

Ainsi, on ne peut ignorer que l’homme est « gras », « replet », qu’il a « les joues en poires » et qu’il est « l’As » de la P.J.

Une redondance descriptive qui nuit légèrement à la lecture ou qui peut amuser comme une sorte de gimmick ou de comique de répétition, c’est au choix.

Pour le reste, ce court récit de pas tout à fait 10 000 mots est plutôt plaisant à lire, du fait d’une plume plutôt digeste (à part les descriptions répétitives) et d’un personnage intéressant dans le monde du récit fasciculaire qui peine à proposer des héros à minima originaux.

Certes, on reprochera que le policier devine les choses un peu trop facilement et à partir de rien, mais c’est un peu le défaut de ce genre de format court où l’auteur n’a pas le temps de développer les intrigues et les investigations.

Mais il faut bien reconnaître que les enquêtes de l’inspecteur-chef Jourdain se hissent au-dessus de la bonne majorité des récits policiers de l’époque et d’avant, et ce malgré le fait qu’on les découvre dans une collection obscure et que l’auteur, du moins sous ce pseudonyme, ne semble pas avoir écrit autre chose.

Cette dernière information est d’autant plus étonnante que les trois enquêtes de Jourdain mettent en scène un même ennemi récurrent et que celui-ci, n’étant pas appréhendé dans cette histoire, le lecteur est en droit de s’attendre à d’autres aventures.

Peut-être existent-elles ailleurs, dans une autre collection, chez un autre éditeur ou dans des journaux ou des magazines, signées du même pseudonyme ou bien d’un autre, mais il faudrait tout éplucher pour le savoir et voici une tâche totalement impossible vu l’ampleur de la recherche.

Au final, une enquête plaisante malgré quelques défauts et qui fait regretter que l’inspecteur-chef Arthème Jourdain n’ait pas eu le droit à plus d’aventures.