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De nos jours, on s’extasie devant l’ampleur de la production d’auteurs de romans policiers tels Frédéric Dard ou Georges Simenon en oubliant un peu vite (ou en l’ignorant) que les auteurs de littérature populaire à avoir eu une production pléthorique sont légion.

On peut citer, par exemple, Henry Musnik et Marcel Priollet, qui, sous divers pseudonymes, ont signé un nombre impressionnant de textes.

Mais on pourrait également mettre en avant d’autres auteurs comme André Héléna ou… Louis Fournel.

Et c’est ce dernier qui nous intéresse aujourd’hui (comme les choses sont bien faites).

Effectivement, Louis Fournel usa d’un nombre incroyable de pseudonymes (Jean Delaht, Louis Delaht, Anne-Marie Delfour, Anny Delfour, Louise Delfour, Luiz Delfour, Marie-Louise Delfour, Jean Delhat, Louis Delhat, Dolegan, Lew Dolegan, Lew Dors, John Dull, Joan Dull, Goldwin Duller, Louise Fernel, Lewis Ferson, Anne-Marie Fervel, Peter Greenwey, J. Lewray, Harry Liver, Andy Logan, P. A. Logan, Andy Spencer, Claire van Houtte) pour signer des récits publiés principalement par les éditeurs S.E.G. et Ferenczi.

Mais c’est sous le pseudonyme de Louis de la Hattais que nous retrouvons l’auteur (dont on sait peu de chose si ce n’est qu’il fut commissaire à Provins durant la Seconde Guerre mondiale) pour signer « Madame Paterson aime le silence » un fascicule de 64 pages paru en 1952 (ou tout début 1953) dans la collection « Allô Police » des éditions S.E.G.

Ce titre met en scène Jim Paterson, agent du F.B.I. et sa femme, Betty, deux personnages dont les premières aventures où ils luttèrent contre La Main Jaune, furent signées par l’auteur de son vrai nom, Louis Fournel.

Après 6 épisodes signés Louis Fournel, Jim Paterson fit une pause avant de revenir plus d’un an après pour une nouvelle salve de plus de 80 titres signés cette fois-ci Louis de la Hattais.

On notera qu’après Jim Paterson, Louis Fournel, cette fois-ci sous le pseudonyme de Lew Dolegan, développera un autre personnage, de détective, cette fois-ci, se nommant… Lew Dolegan.

« Madame Paterson aime le silence » est le 4e titre de la seconde salve.

Mme PATERSON AIME LE SILENCE

Jim PATERSON alias « Mister Silence » et sa douce Betty rentrent en avion à New York, via Los Angeles.

Mais, en plein vol, les moteurs ont des ratés et l’appareil est obligé d’atterrir sur une petite île sur laquelle le couple est promptement accueilli par un Grec qui le conduit chez lui.

À peine installé devant un verre, le téléphone retentit : un correspondant demande Jim PATERSON pour lui proposer de le rejoindre non loin afin de lui expliquer comment et pour quelles raisons il a provoqué la panne du long-courrier.

Jim PATERSON se précipite à l’endroit indiqué et, sur place, constate que son interlocuteur n’est autre que celui qui l’avait enterré dans le désert pour qu’il y soit dévoré par les fourmis rouges…

Décidément, prendre l’avion avec Jim Paterson n’est pas une sinécure. Quand il n’explose pas en vol (comme dans un précédent épisode), ce sont les moteurs qui flambent. Mais, cette fois-ci, pas de plongeon dans la baille, l’avion parvient à se poser sur une île.

Réception de la part des autochtones, Jim et Betty sont reçus par un Grec un peu trop empressé de les emmener chez lui. Là, coup de bigophone, on demande Jim à l’appareil, un type qui lui promet de lui révéler comment l’avion a été mis en panne pour le faire atterrir sur ladite île.

Au rendez-vous, Jim comprend que son interlocuteur n’est autre qu’Hamed, un trafiquant d’armes qui l’avait enterré dans le désert pour qu’il se fasse bouffer par les fourmis rouges…

Les aventures de Jim Paterson se suivent et se ressemblent, du moins ont-elles souvent (toujours ?) rapport avec le passé, c’est-à-dire avec les épisodes précédents.

Ici, c’est Hamed qui fait son retour et plonge notre Jim Paterson dans une galère de laquelle il ne sortira qu’à la force, non pas des baïonnettes, mais des poings et des colts.

Une nouvelle fois, on se demande comment ce type (Jim) peut être encore vivant après toutes les tuiles qui lui tombent sur le coin du nez et, surtout, toutes les erreurs qu’il commet (pour un professionnel, cela la fout mal). Car il ne semble pas apprendre desdites erreurs et il finit immanquablement par laisser une ouverture à l’ennemi pour lui permettre de se rebeller si ce n’est de s’enfuir.

On se rend vite compte qu’un bon Jim Paterson est comme un bon Nestor Burma, il ne peut être que si le héros, dans l’épisode, se ramasse au moins un bon coup sur la cafetière.

Ceci dit, les ennemis ne sont pas mieux puisque toujours trop bavards au moment de se débarrasser de Jim, lui offrant toujours une possibilité de s’en sortir.

Cependant, il faut bien reconnaître que c’est la règle du jeu d’une telle série qui mise tout sur le rythme et l’action plutôt que sur la finesse et la réflexion. Action, réaction, contre action, le tout doit s’enchaîner pour le plaisir du lecteur qui a devenir un peu redondant.

On ne peut donc que préconiser de ne pas dévorer les épisodes les uns derrière les autres pour ne pas trop ressentir la lassitude de la répétition.

Mis à part cela, il faut reconnaître que les aventures de Jim Paterson sont plaisantes, que, si le personnage est très cliché, il n’est pas dénué d’un certain humour renforçant l’attachement que l’on peut avoir pour lui et que, pour une fois, la femme n’est pas réduite à l’état de potiche puisque Betty se révèle souvent un atout de force en plus d’être celui de charme.

Si on ajoute une plume efficace et pas désagréable, quelques insultes surannées du plus bel effet, on obtient alors une recette gourmande bien qu’un peu lourde, dont il ne faut pas abuser pour ne pas risquer l’indigestion.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents et qui annonce le suivant. À déguster avec modération.