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Depuis le succès d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc, au tout début des années 1900, la littérature populaire a vu pulluler les gentlemen cambrioleurs plus ou moins calqués sur le personnage initial (qui, lui-même, était probablement inspiré d’autres héros de la littérature l’ayant précédé).

La littérature fasciculaire est une paralittérature qui s’appuie encore plus facilement sur des héros déjà ancrés dans l’imaginaire des lecteurs du fait de la nécessité d’écrire vite et de séduire le public encore plus rapidement, mais avec moins de mots pour obtenir ce résultat.

Ainsi, en proposant un héros qui résonne déjà dans les esprits, en empruntant à leurs pairs un physique, un caractère, une profession, les auteurs de récits fasciculaires peuvent ainsi développer plus rapidement des histoires tout en ayant besoin de moins d’espace pour dessiner leur héros.

C’est ainsi que l’on vit apparaître des écrivains tels Henry Musnik, Jean d’Auffargis, Frédéric Sipline, Edward Brooker et consorts proposèrent, en leurs temps, leur vision du gentleman cambrioleur dans les personnages de Mandragore, Robert Lacelles, Jack Desly, Théodore Rouma, Tancrède Ardant, Mister Nobody… et j’en passe et des meilleurs ou des pires.

En 1946 pour abreuver la collection de fascicules de 32 pages « Mon Roman Policier » des éditions Ferenczi, Louis François Roger Pelloussat développa, sous le pseudonyme de Paul Tossel, sa propre vision avec son héros Edward Warency, surnommé l’Ange, car il a tout simplement une gueule d’ange.

L’Ange, entre 1946 et 1957, vécut 21 aventures au sein de cette collection.

En ce qui concerne l’auteur, L. R. Pelloussat (1911-1980), il destina toute sa production aux éditions Ferenczi, pour les collections Aventures et, le plus souvent, policières, que ce soit sous son nom ou les pseudonymes de Paul Tossel ou Gabriel Gay.

L’ANGE

Tom Burgler, le plus audacieux chef de gang que le monde anglo-saxon eût jamais produit, n’aurait pas dû s’attaquer à Edward Warency, un redoutable cambrioleur surnommé « L’Ange ».

Séduire et lui ravir sa délicieuse compagne, Diana Deel, ne lui avait pas suffi, il avait, en plus, mis la main sur la collection de joyaux de Lady Hartfall que le jeune homme convoitait.

Mais quand on provoque Edward Warency, ce dernier est capable de traverser les continents, d’affronter les balles, les trahisons et même la police de son pays pour obtenir vengeance… À moins que « L’Ange » n’ait une autre idée derrière la tête…

À la gare de Londres, un homme suit un des passagers jusque dans des ruelles sombres où il décide alors de l’abattre, mais les balles ne semblent pas avoir d’emprises sur l’individu, qui l’étale d’un coup de poing. L’assassin vient de faire connaissance avec Edward Warency, surnommé l’Ange, un cambrioleur que son patron lui avait demandé de tuer.

Car, Tom Burgler, ledit patron, se méfie de l’Ange d’autant plus qu’il lui a pris sa femme ainsi que les bijoux de lady Hartfall que le voleur convoitait.

Aussi, l’Anga a-t-il fait le voyage depuis les États-Unis pour récupérer les pierres et se venger du bandit…

Le lecteur fait donc la connaissance avec Edward Warency, surnommé l’Ange, car il a une gueule d’ange, dans une scène liminaire volontairement floue, dans laquelle, au départ, on ne peut identifier le gentil du méchant, voire même s’il y a un gentil dans l’histoire.

Puis suit la confrontation entre L’Ange et Tom Burgler et là tout devient clair.

Clair que l’Ange est le gentil de l’histoire.

Clair que l’Ange est intelligent.

Clair que l’Ange est courageux.

Clair que l’Ange est un voleur.

Clair que l’Ange échafaude des plans à plus ou moins long terme.

Clair, quelques lignes plus tard, qu’il aura pour ennemi juré l’inspecteur Hartling, avec qui il fit ses études.

Autant dire qu’il n’y a rien de neuf dans cette aventure, ni dans le personnage, mais on n’en attend pas tant d’un récit fasciculaire de 32 pages, ni d’un texte de 9 300 mots.

Rien d’étonnant, donc, qu’un auteur s’appuie sur un héros connu pour développer son personnage ni que les récits qu’ils proposent ne soient pas ambitieux ni dans la narration, ni dans l’intrigue, ni même dans le style.

Pourtant, force est de reconnaître que, malgré le plan un peu tiré par les cheveux de l’Ange, cette première aventure n’est pas déplaisante à lire et donne même envie de retrouver le personnage dans une autre histoire pour faire plus ample connaissance avec lui.

J’avais découvert la plume de L. R. Pelloussat, récemment, dans un récit écrit une dizaine d’années auparavant et lui avait trouvé un manque de maturité qui semble ici s’être bien atténuée comme quoi, pour écrire mieux il faut écrire plus et plus encore.

Avec ce premier épisode, l’auteur pose donc les jalons certes usités, mais je serais tenté de dire nécessaires à sa série, une série qui s’étendra sur plus d’une décennie c’est donc dire si on devrait assister, au fur et à mesure, à une amélioration du style de l’auteur voire également des personnages.

On notera tout de même, dans la version d’origine, quelques petites erreurs dues à un manque de relecture, comme le changement de prénom, en cours de route, de Burgler qui, d’abord se prénomme Kenneth, puis, ensuite, pour le reste du récit, Tom…

Au final, un premier récit qui ne révolutionnera certes pas le genre, mais qui donne envie de découvrir plus amplement le personnage et la plume de l’auteur et pour un fascicule de 32 pages, c’est déjà un premier pari réussi.