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L’Ange, de son vrai nom Edward Warency, est un des nombreux ersatz d’Arsène Lupin dont la littérature populaire pullule suite au succès des aventures du héros de Maurice Leblanc.

On ne compte d’ailleurs plus les clones du gentleman cambrioleur dans la littérature fasciculaire, un monde dans lequel la concision des textes et la rapidité d’écriture exigée obligeaient, bien souvent, les auteurs à s’appuyer sur des personnages récurrents inspirés de héros déjà ancrés dans l’imaginaire des lecteurs.

Ainsi, parmi ces figures imposées, Sherlock Holmes, Arsène Lupin ou encore le commissaire Maigret inspirèrent un nombre impressionnant de « clones ».

Pour l’Ange, c’est au tour de l’écrivain Louis-Roger Pelloussat de donner sa vision du gentleman cambrioleur, en signant les aventures de ce dernier du pseudonyme de Paul Tossel.

C’est à partir de 1946, dans la collection de fascicules de 32 pages « Mon Roman Policier » des Éditions Ferenczi, qu’apparaît l’Ange pour la première fois.

Il vivra plus de 20 aventures en une dizaine d’années dans cette collection de plus de 500 titres.

Quant à Paul Tossel, Louis Roger Pelloussat (1911-1980) il fut un auteur prolifique de la littérature fasciculaire, notamment dans les genres Aventures et Policiers et qui destina l’ensemble de sa production, signée de son nom ou de ce pseudonyme, ou encore d’un autre, Gabriel Gay, aux éditions Ferenczi.

« La Maison Noire » est la deuxième aventure de Edward Warency, elle est parue en 1946 et s’étale sur un peu plus de 9200 mots.

LA MAISON NOIRE

« L’Ange », de son vrai nom Edward Warency, est de retour en Angleterre où il a suivi Daniel Whisper alias Whiss, un dangereux chef de bande.

Le but de ce dernier est de dérober les joyaux de la collection Dawn que vient d’acheter le diamantaire londonien David Silkerman.

Avec ses hommes, il pénètre une nuit chez Silkerman et le surprend dans son bureau, une feuille à la main.

Le bijoutier le prévient qu’il a déjà mis son acquisition en lieu sûr.

Durant la discussion, le lapidaire déclenche l’alarme ; le bandit l’abat, se saisit du document dont une partie demeure dans le poing crispé du mort et s’enfuit.

Quelques heures plus tard, « L’Ange » rivalise d’audace pour entrer en possession du bout de papier, bien déterminé, ensuite, à s’approprier le morceau manquant, persuadé que le plan ainsi reconstitué, qui représente l’architecture d’un bâtiment appelé « Maison Noire » va lui permettre de retrouver la collection Dawn…

Edward Warency, alias l’Ange, est de retour en Angleterre, en compagnie de sa douce Diana Steel (douce, mais dangereuse). Il a quitté les États-Unis pour suivre Daniel Whisper, un bandit notoire, qui a débarqué à Londres avec quelques membres de sa bande pour dépouiller le diamantaire Silkerman des joyaux de la collection Dawn qu’il vient juste d’acheter.

Mais ce que n’avait pas prévu Whiss (le surnom de Whisper) c’est que la maison de Silkerman possède un passage secret par lequel les bijoux ont quitté la demeure pendant que Whiss et ses hommes y pénétraient.

En plus, au lieu de dire où sont planqués les bijoux, Silkerman préfère sauter sur le signal d’alarme, provoquant la fureur de Whiss qui l’abat sans sommation avant de s’enfuir, non sans tenter de récupérer le plan sur lequel travaillait Silkerman quand il est entré dans son bureau.

Mais un morceau du plan reste dans la main crispée du mort et, en plus, l’Ange va lui subtiliser son bout de papier avec une audace incroyable.

Sur le bout en sa possession, l’Ange comprend qu’il s’agit du plan d’une bâtisse surnommée la Maison Noire et dans laquelle doivent être cachés les bijoux recherchés.

Mais il lui faut mettre la main sur l’autre bout, tout en déjouant les plans de Whiss, mais également ceux de l’inspecteur Hartling, son ennemi juré, venu, lui aussi, en Angleterre, pour aider Scotland-Yard…

Deuxième épisode, donc, dans lequel on retrouve les trois personnages principaux de l’épisode liminaire : Edward Warency (normal, c’est le héros) ; Diana Deel (encore normal, c’est la compagne du héros) et l’inspecteur Hartling (toujours normal, c’est l’ennemi juré du héros)…

On a donc l’assurance de ce que l’on imaginait à la fin de l’épisode précédent, c’est que Hartling jouera, pour Warency, le rôle de Ganimard pour Arsène Lupin (ou de l’inspecteur Arthème Ladon pour Jack Desly ; ou l’inspecteur Silot pour Mandragore, deux gentlemen cambrioleurs nés de la plume d’Henry Musnik).

Bref, pas de grande originalité, donc, l’auteur reprend le schéma mis en place par son pair Leblanc, à ceci près que l’Ange ne semble voler que des voleurs, pour, en plus, restituer, à chaque fois, le produit de son vol et se contenter des récompenses.

Peu importe puisque l’on sait que le fascicule de 32 pages n’est pas le support idéal pour faire dans l’originalité, la concision inhérente à ce format obligeant les auteurs à rouler dans les rails de leurs prédécesseurs (ou bien d’avoir beaucoup d’ambition et de talent).

Le lecteur ne doit alors s’attendre qu’à des condensés d’aventures classiques menées par des personnages tout aussi classiques et, surtout, manichéens à souhait.

Un peu d’aventure, un peu d’action, une petite touche d’humour qui vient, comme souvent dans le genre, des échecs et des rages du policier ennemi, voilà quelle sera la recette des épisodes de l’Ange.

On y ajoute une touche féminine avec Diana Deel, féminine et féministe (pour l’époque) puisqu’elle ne se contente pas des rôles de potiches, mais sait aussi donner les coups, à mains nues ou armées…

Ce deuxième épisode démontre deux autres choses entrevues dans l’épisode liminaire :

1) La présence d’un indéniable plaisir de lecture.

2) la rapidité d’écriture et d’édition qui provoquent des petites erreurs dans les noms ou les prénoms (dans les versions d’origines).

Ainsi, dans l’épisode premier, le bandit changeait de prénom en cours de route. Ici, c’est l’inspecteur Hartling qui change de prénom par rapport au premier épisode, passant de Ralph à Kenneth (Kenneth qui était le second prénom donné au bandit dans le premier épisode). On ajoute également que la fille Silkerman se prénomme Norma et devient, à un moment, Dora…

Pas de quoi fouetter un chat (surtout dans la littérature fasciculaire qui en a vu de bien pires), mais quand même. À moins d’en faire un jeu : chercher l’erreur.

Au final, un second épisode plaisant, qui reprend les mêmes recettes que le premier et que l’on retrouvera probablement dans toute la série. Rien d’original, mais agréable à lire.