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La littérature populaire fasciculaire policière, si chère à mon cœur de lecteur, regorge d’un nombre impressionnant et incalculable de titres en tous genres, signés par de très nombreux auteurs, sous pseudonymes ou non, inconnus, méconnus ou célèbres, disséminés au sein de séries ou de collections dont il est impossible d’établir une liste exhaustive, le tout publié par une flopée d’éditeurs, des plus petits, obscurs, éphémères, aux plus incontournables de cette paralittérature.

Si l’on part de l’axiome que « tout ce qui est rare est cher », les collectionneurs d’aujourd’hui seront plus excités à l’idée de tomber sur des collections éphémères publiées par des éditeurs obscurs (recyclage d’adjectifs), que sur les immenses et reconnues collections des éditions Ferenczi, par exemple.

Mais, ce qui est certain pour le collectionneur ne l’est pas forcément pour un lecteur.

Effectivement, un titre rare et difficile à trouver n’est pas obligatoirement un récit agréable à lire.

Mais l’inverse peut également se révéler exact, du moins en grande partie.

La preuve avec la collection « Vidocq » des éditions l’Étrave qui en 1943 proposa 11 fascicules de 32 pages signés, pour la moitié, d’auteurs inconnus et pour l’autre, de trois auteurs un peu plus identifiables : Jacques Cézembre (André Reuzé), Maurice-Bernard Endrèbe et Rémy Lambert (Jean Allary).

La lecture des premiers titres de la collection (à l’exception de « Le Chinois fantôme » qui n’a, d’ailleurs, pas grand-chose à faire dans une collection policière) a démontrée que la collection proposait aussi de bons récits voire de très bons.

Sera-ce le cas une nouvelle fois avec « Crimes au Vésinet » de Roland Marchais, un fascicule de 32 pages, publié en janvier 1944 et contenant un récit indépendant de plus de 12 500 mots ? C’est ce que vous saurez en lisant la chronique qui suit.

Mais, auparavant, une petite biographie de l’auteur, Roland Marchais… et non ! car, l’auteur ou, plus exactement, le pseudonyme n’a pas été identifié et il est ainsi impossible de dire quel écrivain se cachait derrière.

CRIMES AU VÉSINET

Le commissaire Audouin de la Police Judiciaire est chargé d’enquêter sur les meurtres de trois bijoutiers, résidant chacun au Vésinet, assassinés la même nuit, pour les cambrioler.

Les hommes ont été tués par un poignard à la pointe triangulaire empoisonnée avant que leurs coffres ou tiroirs soient pillés.

Sauf que, dans le dernier cas, le joaillier semblait sur ses gardes, un revolver à la main, lorsqu’il a été agressé et que la maison a été fouillée de fond en comble.

Tandis qu’il laisse le soin à son bras droit, l’inspecteur Bênet, de s’occuper des deux premiers crimes, le commissaire Audouin préfère se concentrer sur le troisième, persuadé que c’est en étudiant mieux celui-ci qu’il comprendra les motivations du ou des coupables…

Le commissaire Audouin de la Police Judiciaire est chargé par son supérieur d’enquêter sur les meurtres de deux bijoutiers, durant la nuit, au Vésinet quand une dépêche lui apprend la découverte d’un troisième crime, toujours au Vésinet et dont la victime est également un bijoutier.

Arrivé sur place avec son adjoint l’inspecteur Bênet, il se rend sur chaque scène de crime pour constater que les éléments se répètent. Chaque victime a été tuée par un poignard à lame triangulaire à la pointe empoisonnée. Les tiroirs et coffres ont été vidés des bijoux.

Pourtant, dans le troisième cas, la victime était sur ses gardes et avait un revolver en main. De plus, la maison entière a été fouillée minutieusement.

Si Bênet trouve que l’affaire est simple, un courtier en bijoux étant passé la veille chez chaque victime, Audouin lui, imagine un crime plus complexe dans la compréhension passe par une étude plus approfondie du troisième meurtre.

Autant avouer ma faute tout de suite, j’ai lu ce titre en ayant, en tête, l’idée fausse, que l’auteur en était Rémy Lambert, auteur de l’excellent précédent titre de la collection.

Et, je dois le dire, à la lecture, rien n’a semble me contredire jusqu’à ce que je m’aperçoive, après le point final, de ma bévue.

C’est dire que, d’une, la lecture de ce titre est très agréable et que, de deux, les qualités identifiées dans le titre de Rémy Lambert se retrouvent peu ou proue dans celui-ci.

De là à dire que derrière Roland Marchais se cache Rémy Lambert, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas.

Mais revenons-en au récit.

Mené d’une plume agréable et d’un sens de la narration et du chapitrage évident, ce titre m’est en place une intrigue s’inscrivant dans les sujets à la mode si ce n’est à l’époque, du moins dans la décade précédente (mais que je ne dévoilerais pas pour ne pas trop en dire).

Bien évidemment, comme pour tout récit fasciculaire, on pourra lui reprocher certaines facilités inhérentes au format et nécessaires pour ne pas déborder du cadre.

Ainsi, l’histoire est faussement compliquée, mais en réalité assez simple, les personnages ne sont qu’esquissés, le héros découvre le pot aux roses un peu avec bonheur et j’en passe et des meilleurs.

Mais ce sont des travers qu’il faut accepter dans 90 % des cas (très rares sont les auteurs à parvenir à éviter ces écueils).

Une fois ces petits problèmes mis de côté on ne peut qu’apprécier ce que nous propose l’auteur, quel qu’il soit.

Effectivement, outre le sens de la narration et du chapitrage, la plume agréable, Roland Marchais fait un effort pour rendre un peu singulier son récit.

L’idée que le commissaire Audouin donne des prénoms à ses pipes et qu’il alterne de l’une à l’autre en fonction de la situation ou de son état d’esprit est une bonne idée.

Le fait que l’inspecteur Bênet, en déplaçant son circonflexe, porte bien son nom tout en étant sympathique, que Audouin apprécie le jugement de son bras droit, car il sait qu’il va à chaque fois trouver la solution à l’opposer de celle dans laquelle celui-ci cherchera, est amusant.

L’auteur fait également preuve de bonne volonté en proposant plusieurs suspects, plusieurs pistes, même si on sait d’avance que c’est celle sur laquelle est Audouin qui s’avérera la bonne.

On fera avec la solution finale qui, si, aujourd’hui, elle peut sembler légèrement risible, devait, à l’époque, ne pas choquer le lecteur.

Au final, une bonne surprise que ce titre, signé d’un illustre inconnu, dans une collection éphémère, publié par un obscur éditeur.