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Parmi les figures tutélaires du roman policier, on retrouve, en premier lieu, le policier. Arrive, immédiatement derrière, le détective…

Mais le visage de l’enquêteur peut se cacher derrière différents statuts : écrivain, juge, avocat… et journaliste.

Effectivement, cette dernière profession est déjà sujette à enquêtes par essence.

Mais, depuis 1907 et le succès de Joseph Rouletabille, le héros de « Le mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux, on retrouve régulièrement des personnages de romans policiers pratiquant cette profession.

L’un des plus connus, depuis, est Mikaël Blomkvist, le personnage central de la saga « Millénium » de Stief Larsson.

Mais on pourra citer des héros plus obscurs, notamment dans la littérature fasciculaire, avec Bill Disley de J.A. Flanigham, Léonce Capoulin d’Amaury Kainval…

Désormais, j’ajouterais à ma liste Dimitri Boizot, journaliste à l’Actualité, un personnage né de la plume de Patrick Philippart, journaliste lui-même.

« Mortelles ambitions » est le premier roman de l’auteur publié en auto-édition sur Amazon (il en avait écrit, je crois, d’autres avant) ainsi que le premier mettant en scène Dimitri Boizot.

Mortelles ambitions :

Une nuit de juillet, à Batz-sur-Mer, non loin de La Baule. Tout est calme, quand soudain un coup de feu déchire le silence. À première vue, l’affaire est simple : l’occupant d’une des villas de la Côte sauvage vient d’abattre, en état de légitime défense, un cambrioleur. Les gendarmes et la juge d’instruction dépêchés sur place découvrent que le propriétaire de la villa n’est autre qu’un député parisien très en vue. Ils n’ont donc pas envie de faire beaucoup de zèle. Ils prennent les déclarations du député pour argent comptant.

Mais Dimitri Boizot, journaliste en vacances dans la région, alcoolique et dépressif, flaire du louche et se met à rêver d’un scoop extraordinaire. Il se lance donc dans sa propre enquête. Elle va le mener, entre La Baule et Paris, en passant par Biarritz, sur les traces d’une terrible machination dont les origines remontent à une vingtaine d’années.

Dimitri Boizot, journaliste à l’Actualité, a une vie de merde. Un boulot dans lequel il n’est pas vraiment considéré, une femme qui l’a quitté, des enfants qui le détestent et qu’il voit trop rarement, des problèmes d’argent, une vie sentimentale inexistante…

Aussi, quand, en vacances à Batz-sur-Mer, dans la villa d’un ami, il devient le témoin numéro un d’un homicide, dans la villa voisine, occupée par Lionel Perdiou, un député, il voit là l’occasion de faire un bel article.

Effectivement, le député a abattu un cambrioleur, mais ses déclarations aux gendarmes ne correspondent pas à ce qu’a entendu Boizot aussi, il va fourrer son nez dans cette affaire qui va le conduire à une autre, beaucoup plus retentissante, mais plus dangereuse également…

Je ne sais vraiment que dire sur ce roman.

Le personnage de Dimitri Boizot, s’il est un peu plus original que d’ordinaire de par sa profession : journaliste.

Pourtant, avec ses allures de paumé, un brin dépressif, à la vie de merde, il ne se démarque guère du tout-venant des personnages de romans policiers actuels.

Malgré tout, Boizot parvient à se démarquer légèrement, du moins suffisamment que je poursuive ma lecture.

Lentement, mais sûrement, l’auteur met en place une intrigue aux multiples ramifications qui laisse supposer un suspens et une fin haletante.

Mais il n’en est rien, jamais l’histoire ne s’emballe réellement et, malgré les morts, les tentatives de meurtre, le rythme de l’histoire demeure dans une certaine langueur.

Si certains enchaînements, en cours d’enquête, manquent un peu de crédibilité, c’est, réellement, lors des révélations finales que le château de cartes s’écroule.

Effectivement, difficile de croire aux mobiles de chacun (assassins et assassinés), et ce depuis le premier jusqu’au dernier meurtre.

Certes, on pourra rétorquer que, de nos jours, on est capable de tuer pour un regard ou une cigarette, alors, par ambition…

D’accord, mais, tout de même et, surtout, qu’un individu psychiquement instable soit capable d’actes inconsidérés, passe encore, mais que plusieurs…

À la limite, si on prenait chaque cas indépendamment, ceux-ci pourraient, éventuellement, tenir à peu près la route (quoique), mais, quand ils s’enchaînent, alors, plus rien ne va.

Difficile d’être moins flou sans risquer de déflorer l’intrigue, mais, vraiment, quand on y réfléchit, on peine à adhérer totalement à cette histoire.

Et ce d’autant plus qu’alors que l’auteur et le personnage prennent leur temps pendant 90 % de du roman, que l’intrigue avance lentement, tout d’un coup, l’auteur choisit de livrer toutes les révélations lors d’une scène finale qui s’expliquerait si le héros racontait le cheminement de son enquête devant les différents suspects, comme lors du final d’un « Whodunit » à la Agatha Christie, pour, à la fin, pointer du doigt le coupable, mais qui n’a aucun intérêt dans ce cas-ci puisque Dimitri Boizot raconte, a posteriori, a ses proches, le dénouement de son enquête.

Question plume, pas grand-chose à redire, le style est agréable, l’écriture est fluide, les personnages suffisamment développés sans trop, et rien ne pèche réellement en surface (c’est plutôt dans le fond que le bât blesse).

Au final, un premier épisode qui, sans être indigent ou indigeste, peine à convaincre, notamment à cause d’une intrigue qui tient sur des réactions démesurées des différents personnages et un enchaînement de coïncidences ou de hasards.