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Le principal avantage de partager ses ressentis de lecture est que l’enthousiasme d’un lecteur vous donne parfois envie de découvrir un livre ou un auteur.

C’est le cas précisément avec « La mort vous invite » un roman de Paul Halter, un auteur français né en 1956 dont je n’avais, curieusement, encore jamais entendu parler.

Je dis curieusement parce que cet auteur n’est pas un novice en matière de romans policiers (son premier date de 1986), qu’il semble plutôt plébiscité (il a reçu plusieurs prix), qu’il a écrit plus de 40 romans policiers, qu’il est très inspiré par John Dickson Carr et spécialiste du crime impossible et, qu’en plus de tout cela, il a mis en scène plusieurs personnages récurrents dont, principalement le Dr Twist.

Et c’est justement ce dernier que l’on retrouve dans « La mort vous invite » un roman publié en 1988 dans la collection « Le Masque ».

« La mort vous invite » est la seconde aventure du Dr Twist.

La mort vous invite :

Mourir assassiné dans une chambre close, ce n’est jamais banal. Mais quand la victime est un auteur de romans policiers spécialisé dans les meurtres en chambre close, ça devient si original que c’en est louche. C’est pourtant ce qui est arrivé à Harold Vickers. Et bien entendu, Scotland Yard se heurte dans son enquête à toutes les complications inventoriées dans les annales : cadavre défiguré, victime opportunément gratifiée d’un frère jumeau, présence dans la maison d’un illusionniste et d’une folle, jardin jouxtant un cimetière, manifestation du fantôme d’un aïeul irascible… Bref, Vickers n’a pas raté sa sortie : son assassinat, on s’en souviendra ! 

Être confronté à un crime en chambre close n’est pas une sinécure, ce n’est pas Archibald Hurst, inspecteur à Scotland Yard qui vous dira le contraire. Mais quand la victime est un célèbre écrivain de romans policiers, qu’elle a été découverte mort d’une balle dans la tête, le visage et les mains plongées dans de l’huile bouillante, sur une table recouverte de victuailles encore fumantes et que la pièce n’a que deux issues, une fenêtre aux vitres et volets fermés et une porte barrée à l’intérieur par un verrou, on peut se demander comment l’assassin est entré, à préparé son crime et est ressorti sans que personne ne le voie.

Mais, ce que l’on peut se poser également comme question est, pourquoi le mort a-t-il invité au repas le sergent Cunnigham, le fiancé de sa fille aînée ainsi qu’un journaliste ???

Ces questions, Hust, aidé par son ami l’éminent criminologue Dr Twist et par le sergent Cunnigham, devra se les poser. Celles-ci et d’autres comme le spectre que semble avoir vu Cunningham en arrivant au tragique rendez-vous ou la jeune fille du défunt. Et puis, la disparition du frère jumeau de la victime ???

Je dois tout d’abord confesser que j’ai lu ce roman dans de mauvaises conditions… La nuit, dans mon lit, juste avant de dormir (jusque là, pas de soucis), mais alors que j’étais fatigué, ce qui me forçait à arrêter vite ma lecture et nuisait un peu à ma concentration.

Malgré tout, ces conditions ne m’empêchent pas d’apprécier un roman, mais nuisent sans doute un peu au plaisir de lecture.

Ceci dit, les premières choses que l’on peut reconnaître à l’auteur, à la lecture des premières pages, c’est qu’il maîtrise parfaitement le genre qu’il explore (le crime en chambre close) ainsi que l’époque dans laquelle s’inscrit son histoire.

On sent que Paul Halter a beaucoup lu les auteurs de romans policiers des années 1930-1940 comme John Dickson Carr, le spécialiste du crime en pièce close, ainsi que d’autres, comme, possiblement, Edgar Wallace…

Mais maîtriser un genre et une époque ne suffit pas à faire un bon romancier. Encore faut-il avoir une plume agréable, ce qui est déjà le cas ici bien que l’auteur soit encore au tout début de sa carrière.

Un bon crime en chambre close nécessite plusieurs ingrédients. D’abord un meurtre, ensuite une pièce close dans laquelle, en apparence, personne n’a pu pénétrer à part le défunt et personne n’a pu en sortir avant que le crime soit découvert.

Ensuite, il faut ajouter un peu plus de mystère, plusieurs suspects, des fausses pistes, des enquêteurs pugnaces et intelligents (au moins un)…

Tout cela est présent dans ce roman, rassurez-vous.

Mais développer un crime en chambre close n’est pas si difficile que cela. Non, le plus ardu est de le résoudre d’une façon plausible et, si possible, sans qu’il n’y ait la moindre anicroche dans le résonnement final de l’enquêteur.

Tirer des fils, accumuler les mystères et les fausses pistes est assez aisé. Relier tous les fils et expliquer de quelle manière le meurtrier s’y est pris tout en s’assurant que les révélations n’entrent pas en contradiction avec les fils tirés, voilà qui n’est pas simple.

Paul Halter n’hésite pas à faire feu de tous bois en superposant les défis et en accumulant les suspects.

Malheureusement, la démonstration finale, selon moi, oublie un petit détail, détail crucial puisque l’auteur ne se focalise que sur un point d’accès de la pièce (la porte) en occultant l’autre (la fenêtre). Et si l’explication pour la porte demeure plausible bien qu’un peu tirée par les cheveux, le fait de délaisser la fenêtre (fermée, volets fermés) et de ne pas expliquer le mystère de celle-ci, détruit, selon moi, tout le plan machiavélique qu’il avait mis en place.

Excusable, probablement, notamment pour un roman de jeunesse qui semble avoir été écrit rapidement, mais un peu préjudiciable du fait de l’ambition du crime d’origine.

Cependant, il faut reconnaître à Paul Halter qu’il parvient à surprendre à la révélation de l’identité du ou de la coupable alors, qu’à l’aulne de cette révélation, le lecteur peut se dire, en réfléchissant sur toute l’histoire, que c’était pourtant logique et prévisible et que, là, tout s’explique (contrairement à l’énigme de la fenêtre).

Par contre, je reprocherais à l’auteur de n’être pas parvenu à proposer des personnages plus identifiables, qui se démarquent plus du lot des enquêteurs même s’il confère au Dr Twist quelques traits notables comme celui d’être sec, mais de bouffer comme 4.

On appréciera aussi le gimmick des canards (seuls ceux qui auront lu le roman comprendront).

Au final, un bon roman de crime en chambre close qui pèche principalement par un détail (la fenêtre), mais le diable réside dans les détails et les plus grands édifices s’écroulent parfois à cause de la fragilité d’une seule pierre.