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La collection « Vidocq » est une collection éphémère (12 titres annoncés, 11 parus) de fascicules policiers de 32 pages publiés par les éditions L’Étrave entre 1943 et 1944.

La collection « Vidocq » n’a rien à voir avec l’ancien bagnard devenu policier, mais évoque juste le genre dans lequel évoluent les récits qui la composent.

Les 11 titres, sont signés par 7 auteurs (ou pseudonymes) : Jean Lunel (3 titres), Yves Legall (1), Lambert Rémy (2), Maurice-Bernard Endrèbe (1), Jacques Cézembre (2) et Richard Le Gast (1).

« Un meurtre en vélo-taxi », signé Richard Le Gast, 8e titre de la collection, fut publié en février 1944 sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit indépendant d’environ 13 500 mots.

Quant à l’auteur, Richard Le Gast, inconnu au bataillon. Incontestablement un pseudonyme d’un autre auteur.

On peut également imaginer que, comme dans certaines autres collections, un même écrivain ait utilisé plusieurs pseudonymes différents pour signer plusieurs titres. Cette hypothèse est d’autant plus probable que dans la collection « Vidocq » sur les 7 auteurs, seuls 2 sont connus pour d’autres titres dans d’autres collections : Jacques Cézembre (André Reuzé) et Rémy Lambert (Jean Allary).

MEURTRE EN VÉLO-TAXI

Le commissaire Groscœur en a assez d’espérer, au Fouquet’s, la venue de M. Van Trouder, un riche hollandais lui ayant donné rendez-vous pour lui confier des détails sur ses craintes qu’on attente à sa vie.

Quand on demande protection à la police, la moindre des choses, c’est d’être à l’heure… ou bien, dans le cas contraire, d’avoir une bonne excuse.

Et M. Van Trouder a la meilleure des excuses puisque, quand il arrive à bord d’un vélo-taxi, il y est retrouvé mort…

Le commissaire Groscœur est chargé par le directeur de la P. J. de prendre contact avec M. Van Trouder, un riche hollandais recommandé par le Consul des Pays-Bas.

Ce dernier, s’il n’a rien voulu dire devant le directeur, a laissé entendre au policier qu’il se sentait menacé. Aussi, quand Van Trouder donne rendez-vous à Groscœur au Fouquet’s en lui disant qu’il lui fera des révélations et lui amènera, peut-être quelqu’un, celui-ci se pointe-t-il au café. Et c’est avec impatience qu’il voit l’heure tourner sans avoir de nouvelle du Batave.

Aussi, quand celui-ci arrive dans un vélo-taxi, accompagné d’une jeune femme, le commissaire Groscœur est soulagé… pas pour longtemps, car, si la femme sort du véhicule, Van Trouder, lui, y demeure, semblant évanoui… un évanouissement définitif.

Vu son âge, sa corpulence, la chaleur… peut-être le décès est-il dû à un malaise cardiaque, une rupture d’anévrisme, mais le commissaire Groscœur ne croit pas aux coïncidences, quand quelqu’un qui se sent menacé meurt avant de faire des révélations, c’est souvent parce qu’il a été assassiné…

Je découvre donc la plume de Richard Le Gast avec ce titre. Il est probable que ma rencontre s’arrêtera dès ce pas liminaire, du moins sous cette identité. Nulle trace d’autres textes signés Richard Le Gast ailleurs, à moins que j’aie mal cherché.

Bref.

L’auteur nous livre là une petite intrigue assez simple, format court oblige, dont la résolution est, comme souvent, basée sur le hasard (format court oblige presque), mais qui n’en est pas moins agréable à suivre du fait d’une certaine mise en place de l’histoire, d’une petite ambiance mettant en valeur Pomme d’Api, le jeune chasseur du Fouquet's, ainsi qu’un peu d’humour et de mystère à travers le second décès du récit.

La plume de l’auteur n’est pas désagréable et ne se contente pas du minimum syndical, laissant augurer d’un auteur aguerri du format et du genre (ce qui contraste avec le fait que l’on ne trouve trace d’aucun autre texte signé par l’auteur).

Si le personnage principal, le commissaire Groscœur, est à peine esquissé et ne sort pas du lot des enquêteurs de fascicules de 32 pages, certains personnages secondaires, dont le fameux Gustave, alias Pomme d’Api, sortent un peu plus du lot. On notera également les Frères Siamois dans cette liste.

La candeur et l’entrain de Pomme d’Api en font un personnage d’autant plus intéressant que, finalement, c’est lui le véritable héros du récit, celui qui comprend tout et découvre tout et celui qui fera le bon compte des morts à la fin du texte.

Au final, auteur inconnu, récit maîtrisé et plaisant à lire, comme quoi la collection « Vidocq », quoiqu’éphémère, était aussi et surtout de qualité.