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« Le disque qui accuse » est le titre d’un fascicule de 64 pages paru en 1936 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

Le récit est signé André Charpentier (1884 - 1966), un journaliste et écrivain auteurs de nombreux romans et fascicules d’aventures, policiers et même jeunesse.

« Le disque qui accuse » fait apparaître, pour l’une des premières fois, un des personnages récurrents de l’auteur, l’inspecteur Girard, que l’on trouve également, dans certains récits sous l’appellation d’inspecteur Gérard et qui, ici, se trouve être encore brigadier.

Le personnage est au centre d’au moins une vingtaine de fascicules (je n’ai malheureusement pas accès à toute la bibliographie de l’auteur) et de quelques contes dans la rubrique des « Les contes des 1001 Matins » du journal Le Matin dans lequel Charpentier fut rédacteur. 

LE DISQUE QUI ACCUSE

Quand on achète, au hasard, des disques dans des bacs d’occasions, on tombe parfois sur de sacrées surprises.

C’est ce que se dit Jacques Laumier, en écoutant, gravée sur sa dernière acquisition, une étrange conversation dans laquelle un homme en menace un autre…

Sketch ? Répétition d’une saynète ?

Les intonations des personnages sonnent tellement vraies et les dialogues ne semblent pas écrits !

Troublé, Jacques Laumier en parle à son disquaire qui décide de confier la « pièce à conviction » à un de ses clients habituels : le brigadier GIRARD.

Le policier remonte la piste et découvre que le rond de cire provient d’une vente après décès, celui du riche banquier Jules-Ernest Ravon, retrouvé suicidé d’une balle dans la tête…

La passion d’un jeune employé pour la musique le pousse régulièrement, de fouiller dans les soldes de son disquaire préféré, pour y dénicher, au hasard, quelques disques à trois sous.

Intrigué par une galette sans indication, il décide d’en faire l’acquisition et, chez lui, quand il la glisse sur le phonographe, en lieu de musique, il entend un dialogue entre deux hommes, discussion enfiévrée empreinte de menaces de l’un envers l’autre.

Pensant d’abord à une blague, puis à un sketch enregistré, la qualité du son, le ton des personnages, lui font rapidement penser à une scène captée à l’insu de l’individu menaçant.

Il en fait rapidement part à son disquaire qui décide de confier le disque à un autre de ses habitués, l’inspecteur Girard.

Ce dernier, après quelques renseignements, apprend que le disque provient de la vente des biens d’un défunt banquier, retrouvé récemment suicidé d’une balle dans la tête.

Et si, à défaut de suicide, il s’agissait plutôt d’un crime ayant eu le disque pour témoin…

On retrouve, découvre (il s’agit, si ce n’est du premier titre mettant en scène le personnage, l’un des tout premiers), l’inspecteur Girard, ici brigadier Gérard (même s’il devient inspecteur le temps d’une courte appellation, les joies des relectures hâtives).

Si, dans les titres suivants, l’auteur s’ingéniait à proposer des intrigues évoluées pour le format (crime impossible, meurtre en chambre close), dans ce récit, c’est plutôt un gage de technicité et de modernité qu’il cherche à proposer.

Bien évidemment, près de 90 ans s’étant écoulés depuis l’écriture, ce qui était à l’époque moderne (enregistrer des disques soi-même) ne l’est plus du tout et l’intrigue perd beaucoup de son côté si ce n’est avant-gardiste, du moins, dans l’air du temps.

Demeure alors une histoire relativement simple, dans laquelle la part d’enquête est réduite à sa portion congrue et qui se résume plus à des courses-poursuites ou des échauffourées qu’à des investigations à la Sherlock Holmes.

Déjà dans cet épisode liminaire ou presque, le héros est totalement laissé dans le flou par l’auteur, tant du côté physique, que de l’âge, de sa situation de famille ou de sa mentalité.

Même les autres personnages sont très peu voire pas du tout décrits, ce qui n’est pas si rare dans la littérature fasciculaire, un format qui laisse peu de place aux digressions.

L’intrigue, en perdant son atout numéro 1, la technicité, devient bien moins intéressante que d’autres auxquelles sera confronté l’inspecteur Girard par la suite et il ne reste alors qu’une histoire classique, pas désagréable, mais pas envoûtante, dont l’intérêt n’est pas relevé par les particularités du héros, puisqu’il n’en a pas réellement.

Classique depuis l’histoire, jusqu’à son héros ou son style, cette aventure ne demeurera en rien dans la mémoire du lecteur sans pour autant être désagréable à suivre.

Dommage.

Au final, quand l’intrigue s’appuie sur une technicité dite moderne, elle perd beaucoup de son intérêt quand le temps a passé, ce qui est le cas pour celle-ci. Reste une histoire agréable à lire, mais qui ne se démarque pas de la plupart des récits fasciculaires policiers de son époque.