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« Allô ! On m’assassine… » est le 10e et avant-dernier titre d’une collection fasciculaire policière éphémère, « Vidocq » publiée par les éditions l’Étrave entre 1943 et 1944.

11 fascicules de 32 pages contenant des récits indépendants d’environ 10 000 mots. 7 auteurs, dont 4, totalement inconnus.

Parmi les plus « notables » : Jacques Cézembre, de son vrai nom André Reuzé (1885 - 1949) ; Rémy Lambert, de son vrai nom Jean Allary (1894 - 1959) et Maurice-Bernard Endrèbe (1918 - 2005).

C’est ce dernier qui signe le titre du jour.

Pour rappel, Maurice-Bernard Endrèbe, fut un auteur de nombreux romans policiers et un spécialiste du genre, ce qui le rapprocha d’autres écrivains comme Léo Malet ou Louis C. Thomas. Il partagea, d’ailleurs, avec ce dernier, le fait d’écrire des scénarios pour la série télévisée culte : « Les Cinq dernières minutes ».

ALLÔ ! ON M’ASSASSINE…

Lise Morel s’ennuie, seule, chez elle.

Pour passer le temps, elle prend son téléphone et compose un numéro au hasard.

Une voix masculine lui répond et, bientôt, elle entend distinctement : « Au secours ! Ils vont m’assassiner ».

Que faire ? Prévenir les autorités ?

La jeune femme se souvint avoir vu, sur le mur de l’immeuble sis face au sien, une plaque sur laquelle se détachait : « ELVIRE – Enquêtes en tous genres – Filatures »

Lise se précipite chez M. Elvire pour lui confier sa mésaventure, mais à la place de l’homme qu’elle s’attend à rencontrer, c’est une petite vieille aux cheveux blancs qui la reçoit : Madame Elvire Prentice, détective…

Lise Morel ne sait pas quoi faire. Elle n’a pas de rendez-vous, n’a pas envie de sortir, aussi, pour se divertir, elle prend son téléphone et décide de composer un numéro au hasard. Elle se décide pour le secteur République et comme on est le 21 novembre et qu’elle a 25 ans, va pour le REP 21-25.

Un homme décroche, dit « Allô ! », un juron, puis un cri : « Au secours ! ils vont m’assassiner ! » et l’interlocuteur raccroche.

Que faire si ce n’est prévenir la police ? Mais, chaque jour, en passant devant l’immeuble d’en face, elle remarque une plaque ou est gravé : « ELVIRE – Enquêtes en tous genres – Filatures. ».

Elle décide donc de se confier au détective voisin. Mais, ce n’est pas un homme qui lui ouvre la porte, mais une petite vieille à cheveux blancs : Mme Elvire Prentice…

Dans ce court récit de pas tout à fait 13 000 mots, l’auteur nous propose une petite intrigue relativement simple, narrée d’une plume qui, sans être désagréable, ne retiendra pas l’attention.

Tout l’intérêt, donc, de cette histoire réside dans son héros ou, plutôt, son héroïne, la fameuse Elvire Prentice.

Effectivement, les personnages d’enquêteurs ou de détectives sont nombreux et, parmi eux, rares sont les femmes. Mais, parmi ces rares femmes enquêtrices de la première moitié du XXe siècle (Elsa van Laeghels, Miss Boston, Ethel King…) très peu appartiennent à la catégorie que l’on nommerait désormais du « 3e âge ». On notera, bien évidemment, la Miss Marple d’Agatha Christie, mais, dans le domaine fasciculaire, il n’y a pas réellement, à ma connaissance, une enquêtrice comparable.

Aussi, faire la connaissance de Mme Elvire Prentice est une agréable surprise même si celle-ci ne fera pas preuve de grandes compétences pour résoudre l’enquête (juste un peu d’énergie et de bonne volonté, ainsi que de chance).

On peut donc regretter que l’auteur n’ait pas usé d’une intrigue calibrée pour sa détective et mettant un peu plus en valeur ses qualités.

Cependant, malgré tout, sa présence rehausse l’intérêt d’un récit qui, sinon, n’aurait rien pour se démarquer de la majorité des fascicules policiers de l’époque.

D’autant, qu’en cherchant un peu, on découvre qu’en fait, Elvire Prentice fut un personnage récurrent de l’auteur qui, entre 1944 et 1977, lui consacra plusieurs romans et nouvelles et qu’elle apparut même dans une enquête de Nestor Burma, sous la plume de Léo Malet, après que Burma soit apparu dans une enquête d’Elvire Prentice, sous la plume d’Endrèbe.

Au final, un personnage intéressant qui ne trouve probablement pas son meilleur écrin dans un fascicule de 32 pages.