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« La Maison des pendus » est le 11e et dernier titre de la collection fasciculaire « Vidocq » publiée entre 1943 et 1944 par les éditions l’Étrave.

Ces onze fascicules de 32 pages contenant des récits entre 8 000 et 13 000 mots sont signés par 7 auteurs, dont seuls trois sont connus dans le monde de la littérature fasciculaire : Jean Allary (1894 - 1959), sous le pseudonyme de Rémy Lambert ; Maurice-Bernard Endrèbe (1918 - 2005) et André Reuzé (1885 - 1949), de son vrai nom Jacques Cézembre.

C’est ce dernier qui est l’auteur de « La Maison des pendus », ainsi que le fascicule n° 7, « Meurtre sans victime ».

André Reuzé est né à Saint-Servan, en Ille-et-Vilaine, un détail de sa bio qui peut avoir une importance dans le titre du jour.

LA MAISON DES PENDUS

Je n’ai jamais cru au surnaturel et cela me désespère.

Mais, du moins, ai-je une passion pour tout ce qui revêt, à première vue, un caractère merveilleux, ce qui explique les raisons qui me décidèrent à partir pour Oran, il y a quelques années.

Mon oncle Jean venait de mourir, me léguant, en Algérie, son habitation, après s’être pendu dans sa chambre, une fin étonnante pour un homme aux convictions religieuses certaines.

N’étant pas disposé à me retirer là-bas, je parvenais, avec grand mal, à louer le bien à un ménage espagnol.

Et, quinze jours après, se répandait une nouvelle épouvantable. La jeune femme, son mari et la bonne avaient été retrouvés pendus chez eux.

Je ne devais plus espérer me débarrasser de ma maison désormais, et je pensai qu’il serait beaucoup plus simple de l’habiter durant le séjour que je comptais faire à Oran.

Voilà pourquoi, un beau soir de mars, je débarquai dans la curieuse cité algérienne…

Alain Lormier est un écrivain à succès de romans policiers.

À la mort de son oncle Jean, qui vient de se pendre dans sa maison à Oran, il apprend que le défunt lui a légué la demeure.

Occupé par une tournée dans le monde, Alain Lormier décide de louer la propriété, malgré la réticence des gens et au bout d’une année, il parvient à la louer à un couple d’Espagnols qui sont rapidement retrouvés, dans leurs chambres, pendus.

Alain Lormier décide alors de se rendre à Oran et d’habiter la demeure pour tenter d’expliquer le mystère de la Maison des pendus afin, pourquoi pas, d’en tirer un roman…

Jacques Cézembre propose donc au lecteur un petit récit d’aventures qui se déroule en Algérie.

On se souvient que le premier roman (à succès), de l’auteur, « Les cinq gentlemen maudits » (1913), se déroulait au Maroc.

30 ans plus tard, l’auteur plonge son intrigue, cette fois-ci, en Algérie.

Avec une narration à la première personne, l’auteur délivre une intrigue qui n’est pas sans rappeler, dans la narration, dans le genre, dans l’ambiance et le style, mais aussi dans son intrigue, à un roman de Maxime Audouin, « Le Puits qui pleure », publié en tout début des années 1900 (probablement 1902 ou 1903).

Et c’est là où le détail de la bio de l’auteur prend peut-être une certaine importance dans le récit du jour puisque Maxime Audouin, bien que né en Vendée, a passé une bonne partie de sa vie en Ille-et-Vilaine, notamment à Fougères.

Il n’est pas impensable que Jacques Cézembre, ait lu « Le Puits qui pleure » de Maxime Audouin et se soit, inconsciemment ou consciemment, inspiré de ce récit pour rédiger le sien.

Toujours est-il que, indépendamment du récit de Maxime Audouin, « La Maison des pendus » est un récit d’aventures (plus que policier) très plaisant à lire, d’une part du fait de la narration à la première personne, d’autre part, de l’histoire qui, si on a lu auparavant « Le Puits qui pleure », perd un peu de son mystère, car on le connaît déjà en partie, mais n’en est pas moins intéressante à lire.

Au final, un très bon récit d’aventures mystérieuses pour clore cette excellente collection fasciculaire qui, bien qu’éphémère, s’avère être de grande qualité, tant dans les titres proposés que dans les illustrations de couvertures.