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Je poursuis ma découverte de la plume d’André Charpentier (1884 - 1966), un auteur de littérature populaire qui œuvra aussi bien pour la collection « Le Masque » avec le titre « Prends Garde ! » en 1928 que pour la littérature fasciculaire avec de très nombreux récits destinés aux collections policières et aventures entre autres pour les éditions Ferenczi.

On notera qu’André Charpentier a également écrit pour la jeunesse avec, notamment, les aventures de « Le Disciple de Loufock Holmes », Loufock Holmes étant un personnage créé par l’excellent humoriste Pierre-Henri Cami (1884 - 1958), qui fut reconnu par son ami Charlie Chaplin comme le plus humoriste du monde.

Comme souvent, c’est à travers la production fasciculaire que je fais la découverte de l’auteur et, comme souvent, également, en faisant la connaissance d’un de ses personnages récurrents : l’inspecteur Girard (parfois nommé Gérard en fonction des titres).

Après une première rencontre avec le titre « Dossier X », un fascicule de 64 pages publié en 1939 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, je recule un peu dans le temps, tout en demeurant dans la même collection avec le titre « Le drame de la loge bleue » fascicule de 64 pages publié en 1938.

LE DRAME DE LA LOGE BLEUE

« Allô !... Ici, le directeur du Music-Hall Parisien. Un drame vient d’avoir lieu chez moi… On vient de découvrir, dans une loge, deux artistes, les deux vedettes, étendus morts… ils portent des traces de coups de feu… Il y a entre eux un revolver… Oui, je vous attends… La représentation continue, vous comprenez, il ne faut pas affoler le public… »

Cet appel téléphonique donné à Police Secours résumait parfaitement l’affaire dévolue à l’inspecteur GIRARD.

Un détail supplémentaire rendait la scène plus tragique encore, la pièce était fermée de l’intérieur ; personne, excepté les victimes, n’avait pu y pénétrer…

Double suicide ou meurtre suivi de suicide ? Qui de la chanteuse Ginette Bellange ou du jeune premier Jehan Clairville avait assassiné l’autre avant de se supprimer ?

L’inspecteur GIRARD ne savait que penser de ce drame passionnel. Il ne parvenait à se faire une idée… enfin, si, mais celle-ci ne cadrait pas avec la thèse officielle ni avec les indices récoltés.

Et s’il s’agissait plutôt d’un double assassinat ?...

Qui l’aurait alors perpétré et, surtout, comment aurait-il procédé ?...

Dans un Music-Hall, la représentation reprend après un entracte, cela va bientôt être aux tours du jeune premier et de la jeune chanteuse de faire leur apparition sur scène. Le régisseur va les chercher dans la loge bleue dans laquelle ils se sont retrouvés pendant la pause, pour partager leur amour qu’ils vont prochainement concrétiser avec un mariage. Mais personne ne répond quand l’homme frappe. Pire, la porte est fermée à clef.

C’est bientôt l’inquiétude, on se masse devant la porte close, on force la serrure, on ouvre et là, oh stupeur ! effroi, on trouve les deux jeunes gens morts l’un à côté de l’autre, un revolver entre les deux. Lui est mort d’une balle dans la tête, elle d’une balle dans le cœur.

Une seule question se pose alors, qui a tué qui avant de se suicider ? À moins qu’il ne s’agisse d’un double suicide ?

Mais l’inspecteur Girard, chargé de l’enquête, va vite prendre le parti d’une troisième hypothèse : un double assassinant. Seulement, comment démontrer ce double crime en chambre close ???

C’est donc à une nouvelle intrigue de meurtre en pièce close que nous invitent l’auteur et son personnage d’inspecteur Girard.

Sous-genre ambitieux, que le meurtre en chambre close et qui nécessite un peu d’espace pour exposer le meurtre, les impossibilités techniques dudit meurtre, présenter les suspects potentiels puis, enfin, résoudre le tout en accusant la bonne personne et en expliquant la façon dont il s’y est pris pour commettre son assassinat.

Seulement, André Charpentier, lui, n’a que 64 pages à disposition, un format qui lui confère moins de 20 000 mots (il lui en suffira de même pas 18 600).

Alors, où réside l’exploit ? Dans l’acte du meurtrier ou dans celui de l’écrivain ?

Il faut bien avouer, finalement, que l’un et l’autre n’ont performé qu’en apparence.

Pour le meurtrier, la conséquence est forcément grave. Pour l’écrivain, moins, puisqu’il lui suffit de faire illusion durant tout son récit, quitte à faiblir dans son final, pour remplir son office. Certains sont même parvenus à avoir du succès avec cette recette mitigée (demandez à Gaston Leroux et son « Le mystère de la chambre jaune » qui continue à combler les lecteurs après plus d’un siècle).

Aussi, si l’on pardonne (moi pas) à Gaston Leroux, alors qu’il avait toute la latitude littéraire qu’il désirait, on devrait pardonner (moi je le fais) à André Charpentier qui, lui, n’avait que quelques dizaines de pages à disposition.

Car, il faut bien l’avouer, hormis (avec un « h » ou pas ?) la révélation finale, qui, non seulement est décevant, mais s’appuie surtout sur un détail omis par l’auteur et les protagonistes, l’ensemble du récit se tient plutôt bien, notamment pour un récit fasciculaire.

Le mystère de base est alléchant, rapidement amené (format court oblige), l’enquête n’est pas inintéressante même si elle se base (comme souvent) sur quelques heureux hasards plus que sur de la réflexion pure et la narration est maîtrisée et la plume agréable.

Que demander de plus alors pour un récit fasciculaire ? Pas grand-chose, effectivement.

Alors, oui, le pot aux roses est découvert fortuitement, grâce aux caprices du destin plus que par le truchement des méninges du policier. On peut discuter de certaines erreurs de l’inspecteur Girard. On peut s’étonner (du moins les lecteurs actuels nourris aux séries télévisées policières) que la police n’ait pas relevé les traces de poudres sur les mains des deux victimes pour savoir si l’une ou l’autre ou les deux avaient tiré…

Oui, on pourrait discuter de tout cela, mais doit-on discuter de ces quelques détails dans un fascicule de 32 pages datant de plus de 80 ans ? Non ! D’un roman de 600 pages actuel ? Oui ! Tout est affaire de contexte.

Pour le reste, si le lecteur en apprend encore peu sur le personnage récurrent de l’inspecteur Girard (juste qu’il a une petite moustache et qu’il est marié… c’est un peu maigre) il ne peut pourtant qu’être comblé par un récit très plaisant à lire mené par un auteur qui s’avère, au fil de mes lectures, comme un écrivain prometteur (il a malheureusement fini de promettre depuis longtemps, mais l’avantage de la littérature fasciculaire est qu’elle attend le lecteur depuis des lustres, elle peut encore attendre quelques années).

Au final, avec une intrigue ambitieuse, une plume agréable et malgré un personnage trop flou, André Charpentier nous invite à un crime en chambre close très plaisant à lire.