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Tel un bon enquêteur, je suis la piste de l’inspecteur Girard (parfois nommé Gérard), un personnage récurrent d’André Charpentier, un journaliste et écrivain de romans et récits fasciculaires d’aventures et policiers (parfois jeunesse), né en 1884 et mort en 1966.

Si André Charpentier travailla aussi bien pour la collection « Le Masque », « À ne pas lire la nuit », que pour les éditions Tallandier ou Ferenczi, c’est pour ces derniers qu’une bonne partie de ses courts récits policiers furent destinés.

Et dans ces dizaines de titres, on peut faire la connaissance de plusieurs personnages récurrents, dont le détective John Law, l’inspecteur Bourat ou encore l’inspecteur Girard.

L’inspecteur Girard, on le découvre probablement (je ne possède pas l’entièreté de la production de l’auteur), à partir de 1936 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

Mais il fait également son apparition dans la collection « Police » et « Le Petit Roman Policier » des mêmes éditions.

Et, si l’on veut pousser l’investigation un peu plus loin, on trouve également trace du personnage dans « Les contes des Milles et un Matin » du journal Le Matin, dans lequel André Charpentier était rédacteur.

C’est dire si le personnage revient souvent dans la production de l’auteur, aidé en cela, probablement, par le fait que l’inspecteur Girard (parfois Gérard) demeure suffisamment flou (l’auteur ne dévoile rien de lui à part ses enquêtes) pour pouvoir être utilisé quand l’auteur le désirait et dans des contextes divers.

« La mort vous parle ! » fut publié sous la forme d’un fascicule de 64 pages dans la collection « Police et Mystère » en 1939.

LA MORT VOUS PARLE !

Jérôme Alkador, représentant en France de la légation de Boravie, est intimidé téléphoniquement par les terribles Compagnons du Serpent Noir, un groupe terroriste menaçant son pays du chaos.

Il s’en est confié à l’inspecteur GIRARD qui a déjà eu affaire, jadis, avec cette dangereuse bande.

Aussi, quand Alkador est retrouvé mort, écroulé sur son bureau, dans une pièce dont la porte était fermée de l’intérieur, l’inspecteur GIRARD prend l’enquête à son compte.

Le lendemain, c’est au secrétaire d’Alkador d’être victime dans les mêmes conditions. Mais, cette fois-ci, la présence, au moment du drame, d’une jeune femme va tout changer.

Le témoin, surnommé l’Espionne aux boucles d’or, peut s’avérer être un allié précieux… à moins que celle-ci ne s’adonne à un double jeu…

Un mort en pièce close ! Celui d’un représentant d’un pays (imaginaire) délégué en France et menacé par la terrible organisation terroriste des Compagnons du Serpent Noir.

C’est pour cette raison qu’il a contacté l’inspecteur Girard qui avait déjà eu à combattre ces fanatiques attachés à renverser le pouvoir de Boldavie (ledit pays).

Mais le lendemain, l’homme est retrouvé mort, écroulé sur son bureau, dans une pièce fermée de l’intérieur. Personne n’a pu y entrer ni en sortir. Comment est-il mort ? De façon naturelle dixit le médecin légiste. Mais n’est-ce point plutôt un mystérieux assassinat ?

C’est la question que se pose l’inspecteur Girard d’autant plus que, le lendemain, le secrétaire du défunt trouve la mort dans les mêmes circonstances, mais, cette fois, un témoin, Jussiana, une jeune Boldave surnommée l’Espionne aux boucles d’or.

Selon elle, le secrétait était au téléphone quand il eut un malaise fatal. Il était en possession de documents que lui avait remis le délégué avant de mourir, mais ceux-ci demeurent introuvables.

Pour l’inspecteur Girard, Jussiana, bien que dévouée à sa patrie, est éminemment suspecte. N’a-t-elle pas retourné sa veste ? C’est ce qu’il va chercher à découvrir… ainsi que la façon dont sont morts le délégué et son secrétaire…

L’auteur écrit ce récit juste avant la Seconde Guerre mondiale, dans une période probablement suffisamment trouble pour inspirer les auteurs de l’époque et les attirer vers le genre espionnage.

Car, si le récit débute par un cas de meurtre en chambre close que l’auteur affectionne tant (il en propose dans d’autres de ses textes), celui-ci dévie rapidement vers une affaire d’espionnage et de terrorisme à tel point que l’auteur délaisse quelque peu le mystère (double mystère) prometteur de ces crimes impossibles.

S’en suit alors plutôt une aventure d’espionnage où l’action prime sur la réflexion d’autant que le criminel est connu d’avance : l’organisation terroriste.

Seule inconnue de l’enquête : la façon dont sont morts les deux hommes !

Il faut bien alors reconnaître que pour un passionné de littérature policière tel que moi, l’intrigue devient dès lors moins intéressante que dans mes précédentes lectures des enquêtes de l’inspecteur Girard (des enquêtes postérieures à celle-ci, car je ne découvre le personnage en fonction des titres de l’auteur que j’arrive à me procurer et non, forcément, dans l’ordre de publication).

En demeure un texte plaisant, bien écrit, avec un mystère qu’intelligemment l’auteur conservera a minima sur le procédé exact qui provoquera les deux morts (il n’a pas le temps de s’appesantir sur le sujet et probablement pas non plus celui de se creuser le citron pour trouver une bonne explication).

Malgré tout, le manque d’investigation et d’enquête a nui à ma lecture (je ne suis pas un féru de littérature d’espionnage).

On notera que l’inspecteur Girard est ici tout aussi flou que dans les autres récits. Pas de prénom, rien sur sa vie, son physique, son âge…

On notera également que l’auteur semblait apprécier tout particulièrement les » ; », car tous les textes que j’ai lu de lui jusqu’à présent (ceux concernant l’inspecteur Girard) en sont truffés et comme on ne retrouve pas cette particularité dans les textes d’autres auteurs au sein de la même collection, on ne peut penser que cette prédilection vienne de l’éditeur.

Mais trop de » ; » tue-le » ; » et il faut bien avouer que l’auteur en fait un usage abusif, parvenant à en placer trois ou quatre par phrases dans le texte d’origine.

Au final, un petit récit qui tire plus sur l’espionnage que sur le genre policier malgré la présence d’un crime mystérieux en chambre close pour lancer l’histoire. Pas désagréable à lire, mais moins convaincant que d’autres enquêtes du même personnage.