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Difficile de dire que, dans la littérature populaire fasciculaire, il existe des auteurs incontournables… mais il en est des notables, si ce n’est pas la qualité de leur production, au moins par le volume de celle-ci.

Parmi ceux-ci, indéniablement, on citera Henry Musnik, Rodolphe Bringer, Marcel Priollet, Paul Salmon, Albert Bonneau… et André Charpentier.

Et c’est à ce dernier auteur que je m’intéresse aujourd’hui, à travers, comme de coutume, ses récits policiers, ce qui était la spécialité de ce journaliste né en 1884 et mort en 1966.

On notera que André Charpentier a également repris à son compte le personnage de Loufock Holmes inventé par Cami, du moins conta-t-il les aventures de « Le disciple de Loufock Holmes » des parodies humoristiques des aventures de Sherlock Holmes.

Quand je cherche à découvrir un auteur de littérature fasciculaire, je m’attache à déceler ses personnages récurrents.

Pour l’auteur, au moins deux enquêteurs répondent à cet adjectif : le détective John Law et l’inspecteur Girard (qui alterne avec le nom de Gérard, en fonction des récits, mais également au sein d’un même récit).

Difficile d’établir une liste exhaustive des enquêtes de cet inspecteur à moins de lire l’entièreté de la production de l’auteur, ce que je ne puis faire n’ayant pas encore pu mettre la main sur l’intégralité de celle-ci.

Aussi, débutais-je par un titre au hasard le mettant en scène.

Et ce titre est : « Le dossier X » un fascicule de 64 pages publié en 1939 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

LE DOSSIER X

L’inspecteur GIRARD est chargé de l’enquête sur le meurtre de l’avocat Alex Marcelin, assassiné dans son bureau d’une balle de revolver.

Loin des affaires aux multiples énigmes qui firent son succès, le policier doit se contenter d’un crime simple à résoudre : tout accuse le chauffeur d’un voisin. Des personnes ont vu l’homme aller chez la victime et en revenir ; l’arme, abandonnée sur place, est la sienne et, dans sa chambre, on a retrouvé sa livrée déchirée avec l’argent du défunt dans l’une des poches.

L’inspecteur GIRARD ne changera pas d’avis, malgré les dénégations du suspect.

À moins qu’un témoin d’un genre particulier ne vienne mettre son grain de sel dans l’histoire…

L’avocat Alex Marcellin a été assassiné chez lui d’une balle de revolver. Des voisins ont vu le chauffeur en livrée du voisin du dessous monter chez la victime, puis en redescendre. Sur les lieux du crime, des policiers ont découvert l’arme à feu que le suspect a reconnu lui appartenir. Enfin, dans sa chambre, on a retrouvé sa livrée déchirée et l’argent de la victime dans l’une des poches…

L’inspecteur Girard, chargé de l’enquête, se désespère de n’avoir plus qu’à faire avouer un suspect que tout accuse, lui qui a démêlé des affaires bien plus complexes.

Pourtant, malgré l’insistance du juge pressé de fermer ce dossier, l’inspecteur Girard est titillé par un doute, comme si toutes les preuves pointaient un peu trop facilement le suspect.

Aussi, quand un nouveau témoin va pointer son nez, malgré le genre particulier de celui-ci, l’inspecteur Girard va s’appuyer sur son flair…

Tout d’abord, il faut bien préciser que le lecteur se trouve devant un fascicule de 64 pages contenant un récit de 17 500 mots. Il faut bien réaliser cela pour comprendre que, bien que l’histoire semble vouloir conter un mystère, l’espace ne permettant pas à l’auteur de distiller du suspens et de fausses pistes à profusion, le lecteur devra se contenter d’une intrigue au final assez simple et, surtout, rapidement éventée du fait des indices que donne l’auteur lui-même en cours de narration.

Mais peu importe, cela ne nuit pas à la lecture puisqu’en se plongeant dans la lecture d’un fascicule, on se doute de ce que l’on va y trouver et, surtout, de ce que l’on ne peut y trouver.

La première chose que l’on remarque, dès le début de la lecture, c’est la volonté de l’auteur de laisser son personnage dans le flou (volonté mue probablement par un manque d’espace pour s’épancher sur son enquêteur). Ainsi, le lecteur ne saura rien de l’inspecteur Girard. Ni son prénom, ni son âge, ni sa description, sa vie familiale pas plus que son caractère ou encore sa méthode. On n’apprend uniquement qu’il est accoutumé des enquêtes difficiles qu’il résout toujours avec brio.

Rien d’étonnant dans cela, c’est un parti pris souvent usité dans la littérature fasciculaire.

Plus étonnant est le fait que l’inspecteur se nomme parfois Girard, parfois Gérard et cela semble se répéter de récit en récit. Manque de relecture ou bien petite taquinerie de la part de l’auteur que l’on sait très espiègle ?

Mis à part cela, le lecteur se retrouve en terrain connu puisque l’auteur offre à son public ce que celui-ci est venu chercher dans ce genre de littérature. Certes, André Charpentier se contente un peu du minimum syndical dans ce récit qui n’offre aucune originalité, aucune aspérité ni aucun plus, que ce soit au niveau de l’histoire, des personnages ou du style, mais l’ensemble est suffisamment maîtrisé, notamment au niveau de la plume, suffisamment fluide pour que la lecture de cette enquête soit agréable à défaut d’inoubliable ou de marquante.

Je suis d’ailleurs surpris d’avoir autant apprécié ce récit qui n’apporte pourtant aucune plus-value. Est-ce un fait isolé ou bien la volonté de l’auteur de rester dans un cadre sans en sortir (lui qui semble pourtant adepte des loufoqueries), je le saurais en lisant d’autres titres de lui.

On notera que même l’intrigue reprend des rebondissements ou des idées que l’on trouve régulièrement dans la littérature policière de l’époque.

Et pourtant, malgré le manque d’originalité (ou est-ce grâce à), l’auteur parvient à capter l’attention et à laisser une bonne impression.

Au final, du classique de A à Z, mais du classique qui fonctionne et qui peut même surprendre de la part d’un auteur non dénué d’humour.