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Après avoir découvert le personnage du Dr Twist, né de la plume de Paul Halter, à travers sa deuxième enquête, « La mort vous invite », j’étais curieux de le retrouver dans sa toute première enquête, « La quatrième porte » publiée dans la collection « Le Masque » en 1988.

Paul Halter, né en 1956, jusqu’à très récemment, je ne connaissais pas du tout. Je n’avais jamais entendu parler de lui et je me demande bien pourquoi.

Passionné par John Dickson Carr, il décide de passer à l’acte en 1986 avec un tout premier roman, « La Malédition de Barberousse ».

En 1988 son deuxième roman « La quatrième porte » est donc publié dans la collection « Le Masque » et remporte le prix du Festival de Cognac du Roman Policier.

On découvre (très tardivement et, finalement, assez peu) le personnage du Dr Twist qu’il réutilisera dans une vingtaine d’autres romans.

La quatrième porte :

Chaque village anglais – surtout s’il est paisible et retiré – possède, c’est bien connu, sa maison maudite, monstre hérissé de pignons et enveloppé de brume qui suscite mille calamités. Exactement comme la maison des Darnley. Bien sûr, les locataires la fuient, car, la nuit, le grenier résonne des bruits de pas de quelque fantôme ou fou furieux enfermé là-haut. Exactement comme chez les Darnley. Et tôt ou tard, l’inévitable se produit – accident opportun, suicide suspect ou même meurtre en chambre close. Voire, dans des cas exceptionnels, les trois à la fois. À l’évidence, la maison des Darnley est un cas très exceptionnel…

La maison des Darnley est hantée… du moins c’est ce que tout le monde pense depuis le suicide dans le grenier de Mrs Darnley. Suicide ? Étant donné la violence de la mort, la police aurait pu pencher vers un assassinat si ledit grenier n’avait été fermé de l’intérieur et s’il avait été matériellement impossible à qui que ce soit autre que la victime d’entrer et sortir de la pièce.

Toujours est-il que, depuis, des bruits de pas se font entendre dans le grenier et que certains voisins ont aperçu une lumière, parfois, sous les combles.

D’ailleurs, Mr Darnley, qui a loué les étages de sa maison, a bien du mal à conserver ses locataires qui, tous, fuient rapidement les lieux. Tous ? Non, car les Latimer, les nouveaux locataires, ne semblent pas dérangés par la réputation de la maison, bien au contraire…

Mais, bien rapidement, les morts mystérieuses et impossibles vont se succéder dans le petit village.

On a l’habitude de dire que, dans un premier film, un réalisateur inexpérimenté a tendance à vouloir y mettre trop de choses, a trop la volonté de démontrer des choses, son talent, ses envies, ses idées.

C’est probablement le cas avec les auteurs et leur premier roman ! Sauf, qu’ici, il s’agit du deuxième roman de Paul Halter.

Toujours est-il que l’impression persiste : une volonté indéniable et jusqu’auboutiste de marcher dans les pas de ses pairs (notamment John Dickson Carr). À tel point que l’on arrive à se demander si le résultat est la conséquence de ce désir de démontrer sa légitimité en la matière, ou bien s’il s’agit plutôt d’un exercice de style ou, encore, d’un simple jeu.

Peut-être un peu des trois.

Cette histoire, narrée à la première personne par l’un des voisins, le jeune James, si elle prend un peu de temps à se mettre en place, enchaîne non pas un meurtre en chambre close (spécialité de John Dickson Carr), ni deux, mais bien trois (du moins, le troisième est un meurtre en maison close) auquel ont peut ajouter, même, des meurtres mystérieux, des disparitions étranges…

Autant dire que cela fait beaucoup pour un seul roman, comme si l’auteur avait voulu y mettre toutes ses idées d’un coup plutôt que d’en conserver pour un prochain livre.

Mais l’auteur ne semble pas manquer d’imagination, comme le démontre l’ensemble de l’intrigue.

Cependant, à un moment donné, Paul Halter use d’une grosse ficelle du genre de celles que les scénaristes ou les écrivains usent quand ils tricotent un écheveau de faits impossible à détricoter. Ce genre d’artifice permettant de ne rien expliquer quitte à frustrer le lecteur.

Mais Paul Halter, malgré son manque d’expérience, la joue alors finement, en reprenant le fil de son intrigue à tel point que l’on se demande l’intérêt de cet artifice qui ne fait que ralentir l’intrigue sans rien apporter. C’est à ce moment-là que Paul Halter nous livre une série de révélations qui justifie pleinement cette ficelle (corde) tirée en cours de route.

Autant le dire, si la succession de rebondissements et de révélations se révèle, à terme, un peu excessive voire redondante, et que la volonté de l’auteur de faire plus, encore plus, devient par trop évidente et, du coup, légèrement nuisible à la lecture, il faut bien reconnaître, par contre, l’intelligence de l’auteur, la maîtrise du genre dans lequel il se glisse et l’appropriation de l’œuvre de John Dickson Carr, du moins celui du crime en chambre close à l’anglo-saxonne (même si Carr est américain).

Parfois, à trop vouloir en faire, à trop vouloir prouver, on lasse son lecteur, ici, Paul Halter parvient à tanguer sur le fil du rasoir sans jamais tomber, mais n’évite pas un sentiment final de démonstration qui gêne un peu.

On appréciera tout de même la façon dont l’auteur résout plus ou moins logiquement (plutôt plus, d’ailleurs), une succession de crimes impossibles.

Le style, quant à lui, s’identifie parfaitement à une littérature du siècle dernier et s’imprègne totalement de l’esprit de l’œuvre de Carr, d’Agatha Christie et consort à tel point que, si l’on ne précisait pas les dates d’éditions, on pourrait penser lire un auteur contemporain de ces grands noms.

À noter que le Dr Twiste apparaît très tardivement et, surtout, d’une manière concise et détournée.

Au final, bien qu’un peu trop démonstratif, que la volonté de placer la barre haut soit trop évidente, Paul Halter parvient à courir sur les sommets effilés du genre en tanguant parfois, mais sans jamais tomber. Incroyable pour un second roman.