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Je ne cesse de le dire, la littérature fasciculaire policière est à l’image des métiers qu’elle met en scène et le passionné, assoiffé de vérité, se retrouve souvent dans la peau des enquêtes qui la peuplent.

C’est une nouvelle fois le cas avec les enquêtes de l’inspecteur Girard, nées de la plume de l’auteur André Charpentier (1884-1966).

André Charpentier fut journaliste, rédacteur, entre autres, au journal Le Matin, mais il écrivit également des contes (pour le même journal), des nouvelles, des fascicules et romans s’inscrivant en grande majorité dans le genre policier.

Il fut publié dans la collection « Le Masque », mais également dans les collections policières des éditions Ferenczi.

C’est dans la production destinée à cet éditeur, l’un des principaux pourvoyeurs de son époque de fascicules policiers, que l’on découvre dès 1935, le personnage du brigadier Girard, qui deviendra, au fil de ses enquêtes, inspecteur.

Difficile de suivre la genèse du personnage puisque, dans les nombreux titres de l’auteur publiés chez Ferenczi, on retrouve parfois un inspecteur Girard, d’autres, un inspecteur Gérard et, parfois, les deux alternent au sein d’un même récit ne laissant aucun doute que, dans l’esprit de l’auteur, les deux ne forment qu’un seul et même personnage. Problème de relecture ? D’un correcteur pensant, devant un Girard qu’il a affaire à un Gérard ? Nul ne peut désormais le savoir.

Mais là n’est pas le seul souci. Déjà, il faut naviguer dans différentes collections Ferenczi pour suivre la carrière de ce Girard. « Crime et Police », « Police et Mystère », « Police », « Le Petit Roman Policier »…

Bien entendu, tous les titres de l’auteur dans ces différentes collections ne mettant pas en scène le Girard, il faut déjà tous les lire pour faire une liste exhaustive des enquêtes de l’inspecteur Girard.

Mais, comme cela ne suffit pas à bien compliquer les choses, on découvre le personnage dans d’autres collections, chez d’autres éditeurs, du moins, au moins une fois chez les éditions Jules Tallandier dans le titre du jour.

Ce titre semble dater de 1938. Pourtant, Girard est ici encore inspecteur alors que chez Ferenczi, il est déjà passé inspecteur depuis au moins deux ans. Va comprendre, Charles.

« Le billet de mille » est donc un fascicule de 64 pages paru dans la 6e série de la collection « Le Livre de Poche » des éditions Tallandier.

LE BILLET DE MILLE

Jacques Hervillard, agent de change, est retrouvé assassiné, au petit matin, vers le rond-point des Champs-Élysées, après avoir été agressé à la sortie d’un Cercle de jeux dans lequel il avait gagné une belle somme.

Aussi, quand un clochard est arrêté avec un billet de mille francs dans la poche et qu’il refuse d’avouer comment il est entré en sa possession, il ne fait de doute pour personne que le meurtrier a été mis sous les verrous…

Personne ? Le brigadier GIRARD chargé de l’affaire n’est pas tout à fait convaincu de la culpabilité du pauvre hère même s’il est indéniable que celui-ci a quelque chose à cacher.

Pourtant, chaque piste que le policier suit tombe immanquablement à l’eau.

Mais le brigadier GIRARD n’est pas du genre à baisser les bras trop vite et son instinct le pousse à poursuivre son enquête…

Jacques Hervillard sort, en pleine nuit, de son Cercle de jeux, en compagnie d’un ami globe-trotter qui s’apprête à prendre l’avion pour un périple devant le mener en Inde…

Mais, au petit matin, il est retrouvé assassiné, le crâne fracassé, par des gendarmes.

Alors qu’il avait gagné une grosse somme, ses poches et son portefeuille sont vides.

Aussi, quand un mendiant est retrouvé en possession d’un billet de mille francs, est-il aussitôt arrêté, d’autant qu’il dit qu’il ne sait pas comment le billet est arrivé dans ses poches.

L’inspecteur Girard mène l’enquête et, bien qu’il est persuadé que le clochard cache quelque chose, il décide de suivre les autres pistes qui se proposent à lui.

Mais, chacune d’entre elles finit par mener à une impasse.

Pourtant, l’inspecteur Girard ne lâche pas l’affaire…

Dans ce texte de 19 500 mots environ (soit 1000 à 1500 de plus que la plupart des enquêtes publiées par les éditions Ferenczi), l’auteur nous propose une enquête moins clinquante, en apparences que celles qu’il a coutume de mettre sur la route de son personnage.

Point de crime en chambre close, de meurtre impossible ou encore d’assassinat s’appuyant, dans sa réalisation ou sa résolution, sur une technologie nouvelle (pour l’époque).

Ici, un homme est assassiné en pleine nuit et en pleine rue pour lui dérober son argent.

Point barre.

Crime classique, donc, de rôdeur, semble-t-il, mais qui va cacher quelques histoires plus complexes.

Bien évidemment, le lecteur aura le droit à son lot de fausses pistes puisque plusieurs suspects se succéderont avant que Girard ne trouve le bon.

Pour autant, cette simplicité fait presque la force du récit puisque le lecteur ne peut alors être déçu pour la résolution de l’enquête, résolution qui, étant donné le format court du fascicule, ne peut être trop extravagante.

La collection d’origine, « Le Livre de Poche », n’étant pas une collection spécifiquement policière, l’auteur rajoute quelques touches susceptibles de plaire à un public plus féminin à base d’orpheline, de destin brisé, de déchéance, et de fin heureuse que l’on voit arriver un peu trop gros.

Mais qu’importe, je serais même tenté de dire, là aussi, que cela rajoute au charme de cette enquête et que, si le lecteur n’en a pas pour autant la larme à l’œil, le léger sentimentalisme latent fait son petit effet sur les midinettes et les hommes qui ne se refusent pas d’être sensibles.

Bien que la collection et l’éditeur soient différents, le héros est lui traité à la même enseigne, c’est-à-dire qu’une nouvelle fois l’auteur le laisse dans un flou total, n’offrant aux lecteurs aucune description tant physique que mentale de son personnage pas plus que de renseignements sur sa vie hors travail.

On est habitué à ce choix pour peu qu’on ait lu, comme moi, quelques enquêtes de l’inspecteur Girard.

Au final, avec une intrigue simple, mais correctement menée, André Charpentier nous offre une histoire plaisante à lire avec quelques petites touches émotionnelles en plus de celles policières.

P. S. : On notera que l’utilisation abusive du point virgule dans les textes n’est pas dû comme je me l’étais demandé, à l’éditeur (dans les textes publiés chez Ferenczi), mais bien à l’auteur, car, dans le texte d’origine publié chez Tallandier, le point virgule est encore présent à l’excès.