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Né en 1954, Hervé Huguen, après une carrière d’avocat à Nantes, en 2009, décide de se consacrer à l’écriture de romans policiers.

Il crée, pour l’occasion, le personnage du commissaire Nazer Baron, un policier amateur de blues, qui vivra sa première enquête littéraire avec le titre « Dernier concert à Vannes ».

Par la suite, le personnage reprendra du service au moins 20 fois (pour l’instant), d’abord pour le compte des éditions Alain Bargain, initiateur du polar terroir breton, puis, à travers les rééditions des premières enquêtes et éditions des suivantes, chez Palémon Éditions.

« Les messes noires de l’île Berder » est la seconde enquête du commissaire Nazer Baron et son équipe. 

Les messes noires de l’île Berder :

Retrouvée morte dans un cimetière, Mathilde Priec n’avait plus rien sur elle à part la marque du Diable… Mathilde Priec n’avait même pas eu le temps d’avoir peur, ou alors une fraction de seconde au moment de l’agression. Mathilde avait été droguée. Son meurtre était froid, calculé, méthodique, et sans mobile apparent tant la vie de la jeune femme était irréprochable. Un mois plus tard, l’enquête dirigée par le commissaire Baron s’était enlisée, faute de piste sérieuse. Il ne restait que ce corps nu retrouvé dans le cimetière de bateaux de l’île Berder, attaché à la coque d’un vieux navire à l’abandon, et cette signature marquée au fer : 666. Le nombre de la Bête ! C’était alors que des rumeurs avaient commencé à circuler, certains disaient que des messes noires s’étaient déroulées dans cette crique bien des années plus tôt, sur la plus religieuse de toutes les îles du Golfe du Morbihan. Et les disparitions allaient brusquement s’enchaîner avec une rapidité inattendue. C’est la vengeance du Diable que Baron devra affronter. Il lui faudra remonter très loin dans le passé et libérer des mémoires solidement verrouillées pour confondre l’assassin. Le Diable n’existe peut-être pas, il peut avoir visage humain. Et aussi de bonnes raisons de libérer sa colère… Plongez-vous sans plus attendre dans une enquête glaçante du commissaire Baron, à la recherche du Diable en personne.

Une femme est retrouvée morte, nue, sur une plage d’une petite île bretonne, accrochée à une épave de bateau, le chiffre 666 tatoué au fer rouge sur le ventre.

C’est le commissaire Nazer Baron qui est chargé de l’enquête.

Il ne tarde pas à relier ce meurtre avec le passé lointain de la victime, à l’époque où elle habitait l’île et où elle fréquentait un petit groupe d’amis qui vont rapidement devenir des suspects voire des victimes à leur tour…

On retrouve donc le commissaire Nazer Baron dans une seconde enquête.

Il s’adjoint à nouveau les services des lieutenants Carole Frémont et Gaël Kerzhéro.

Mais, cette fois-ci, il sera également suivi d’une jeune stagiaire, Manon Le Flem diplômée en criminologie et en psycho…

Hervé Huguen reprend les mêmes éléments que dans son précédent ouvrage.

Même style de narration alternée entre l’enquête principale et, cette fois-ci, les actions ou les pensées du tueur ou de la tueuse.

Comme pour « Dernier concert à Vannes », on sent la maîtrise de l’auteur pour le genre policier ainsi que celle de sa plume, une plume au service du récit et non l’inverse.

En effet, la grande qualité de l’épisode liminaire résidait dans le fait que rien ne dépassait dans son texte, que l’auteur n’avait jamais cherché à s’appuyer sur des excès (violence, barbarisme, sexe, humour, grossièretés, personnages caricaturaux ou excessifs…) pour s’assurer de l’attrait de son roman.

C’est une nouvelle fois le cas ici… ou presque.

Effectivement, si Hervé Huguen n’use pas plus des excès précités, préférant s’appuyer sur un récit cohérent et, somme toute, presque commun, il ne peut s’empêcher, pour une raison qui m’échappe, à user d’une redondance à la fois incompréhensible et agaçante, sur le personnage de Manon Le Flem.

Car, la femme est enrobée (grosse, en surpoids, obèse, en surcharge pondérale… choisissez le terme que vous préférez) et, ça, le lecteur ne peut l’ignorer tant Nazer Baron ne peut s’empêcher d’évoquer ce fait à chaque fois qu’il pense ou qu’il évoque la jeune femme.

Dans certains cas, une telle redondance peut servir un récit en appuyant, à un moment, sur un fait important.

Ainsi, dans le roman « Drôle d’assassin » de George Madal, on peut comprendre que l’auteur insiste lourdement sur l’impassibilité légendaire de son héros puisque ce fait est brutalement compensé par la perte de sang-froid du policier durant l’enquête.

De même, quand René Pujol, dans « Le détective bizarre » ne cesse de mettre en avant la couardise de son détective, c’est pour une raison bien précise que comprendra le lecteur à la fin.

Mais ici, pas de raison spécifique expliquant ce parti pris un peu lassant et gênant qui frôle (et je suis gentil) la grossophobie (du personnage central ? de l’auteur ?).

Et la jeune femme a du mal à avancer ; a le souffle court ; Baron n’aime pas la femme qu’elle est, cette masse… ; elle a un visage rond ;  visage poupin ; allure de gros bébé emmailloté ; elle ferme les yeux comme un gros chat assoupi ; elle n’est pas aussi handicapée par son physique que le laisse supposer sa silhouette ;  elle n’est pas aussi handicapée par son poids… ; l’épaisseur d’un pilier n’est pas suffisante pour la masquer…

Et j’en passe…

Alors, oui, toutes ces piques auraient pu avoir leur utilité si l’on apprenait, vers la fin, que Nazer Baron a un problème avec l’obésité, qu’il a été un ancien obèse, qu’il en a souffert, que c’est un traumatisme encore aujourd’hui et que la grosseur des autres le ramène à la sienne passée… mouais, mais, du moins, il y aurait une raison à cette insistance.

Alors, que là, non ! Aucune !

Bref.

Pour ce qui est du reste, même si l’intrigue n’est pas extraordinaire, elle tient plutôt la route et est suffisamment intéressante pour tenir le lecteur en haleine d’autant que l’auteur s’amuse à laisser planer les soupçons sur les uns et les autres avant de pointer le coupable du doigt.

Certes, la révélation n’est pas la plus surprenante de la littérature policière, mais ce n’est pas non plus ce que l’on attendait de ce roman.

Le style est toujours aussi agréable, la plume, toujours au service de l’histoire et l’auteur ne cherche jamais à faire de grandes démonstrations de ses capacités et de son talent.

Le récit, lui, est développé sans temps morts et la lecture, excepté pour ceux qui seraient agacés par la redondance soulignée, est tout aussi agréable que celle du premier épisode.

Au final, un bon roman policier qui se suit avec d’autant plus de plaisir que l’auteur ne cherche jamais à en mettre plein la vue au lecteur en usant des exagérations de ses confrères à succès.