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Que voilà une bien étrange lecture que celle de « La seconde gamine » de Christophe Géradon !

Bien étrange, car, si ce n’était le format (numérique ou livre de 157 pages), et la date à laquelle se situe l’action (1981), j’aurai eu l’impression (j’ai eu l’impression) de me retrouver devant un fascicule policier de 64 pages que l’on trouvait dans diverses collections policières des éditions Ferenczi et autres dans les années 1930-1940-1950.

D’ailleurs, le nombre de pages de la version papier pose question puisque le texte de la version numérique ne dépasse pas 17 000 mots, le contenu des fameux fascicules de 64 pages que j’évoquais.

Plus curieux encore, bien que l’histoire se déroule en 1981, le livre est publié l’année dernière.

Et, enfin, dernière curiosité, l’auteur est né en 1973, ce qui fait qu’il place son intrigue dans une époque où il était bien trop minot pour vraiment fréquenter les lieux qu’il décrit.

Bref.

« La seconde gamine » est une enquête du commissaire Albert Numa (référence au Numa d’une des premières séries policières fasciculaires ???) dont au moins trois autres suivront et elle est signée Christophe Géradon.

Christophe Géradon est un auteur belge travaillant dans une agence de publicité et écrivant principalement des écrits courts…

La seconde gamine :

Novembre 1981, le commissaire Albert Numa reçoit un étrange coup de fil ; c’est une voix de vieille femme, rauque et distante, qui annonce que « la première gamine est crevée… » ; non loin de là, dans un cinéma X de la place des Guillemins, le corps d’une jeune Liégeoise est découvert dans un box de peep-show.

Novembre 1981 : Un meurtre a eu lieu dans un cinéma porno de Liège, dans un box réservé à des relations tarifées entre les clients et de jeunes femmes. La victime : Fanny de son vrai nom Françoise Bourgade, la petite vingtaine…

Le commissaire Albert Numa rejoint sur place son jeune collègue Jean Tomazzoni, à peine plus âgé que la victime.

Mais le commissaire Numa sait à quoi s’attendre, car c’est lui qui a été prévenu le premier du meurtre, par téléphone, par la voix éraillée d’une femme le prévenant que « La première gamine est crevée… au cinéma « L’ABC »…

Christophe Géradon met en place rapidement son intrigue en débutant par la découverte de la scène de crime par la police puis en expliquant comment Numa a été prévenu.

Puis le récit suit l’enquête des deux policiers, Numa et Tomazzoni, en livrant, au passage, un peu des deux personnages. La maturité, le divorce et les problèmes de migraines de Numa ; la jeunesse, la timidité et le manque de confiance de Tomazzoni…

L’enquête est assez simple et se résout rapidement, format court oblige.

Je ne peux m’empêcher d’être dubitatif, après lecture, tout comme je l’ai été durant.

L’époque où s’inscrit le récit me laisse perplexe, mais le style de l’écriture également.

Sans être indigent, il est empreint de certains défauts, manque de fluidité, changement de temps de narration intempestifs… que l’on retrouve parfois dans les fascicules que j’évoquais.

Sachant que ces défauts étaient souvent dus, à l’époque, au fait que les écrits étaient rarement ou peu relus, du fait qu’il fallait écrire vite pour être vite publié et écrire beaucoup, mais également à un manque, parfois, d’expérience d’écriture, mais aussi d’ambition dans son écriture…

Est-ce le cas pour Christophe Géradon ? Ou bien est-ce un hommage volontaire aux fascicules d’antan ?

Le fait qu’il semble que les livres soit autoédités laisse plutôt présager de la première hypothèse.

Pourtant, malgré ces défauts, et si l’ensemble est jugé comme peut l’être un fascicule, c’est-à-dire en fonction des exigences moindres et d’un format concis plus contraignant, « La seconde gamine » est plutôt un récit agréable à lire même s’il n’est pas totalement convainquant.

Déjà, œuvrer dans un format qui n’a plus cours, de la part d’un auteur moderne, est une volonté qui est à saluer.

Car, si l’auteur a écrit, semble-t-il, beaucoup de nouvelles, la narration de ce récit est bien celui d’un roman, court, certes, mais roman quand même, ce en quoi il respecte l’esprit des fascicules évoqués qui, eux aussi, se voulaient être des romans concis.

Il est juste dommage que cet esprit ne semble pas être respecté dans la version papier qui lorgne, elle, plus vers le livre que le fascicule.

En même temps, vendre des fascicules papier, à notre époque, voilà qui ne doit pas être évident.

Ensuite, l’auteur tente d’insuffler une personnalité à ses enquêteurs, ce qui était rarement le cas dans des récits de taille équivalente.

Du fait, la part consacrée à évoquer les personnages est prise sur celle de l’intrigue qui, du coup, est vraiment simple et même prévisible pour peu que l’on s’attache à quelques détails.

Même, on a bien du mal à croire à la naïveté de certains personnages dont, notamment, à celle du père de la victime… mais également celle de Tomazzoni, le jeune collègue de Numa.

Cependant, l’auteur s’arrête un peu sur la relation filiale entre les deux policiers et également sur un problème de fortes migraines récurrents chez Numa.

Alors ? Que conclure de la lecture de ce premier épisode ?

Franchement, je suis dubitatif.

Ce n’est pas pour l’intrigue qu’il faut lire la série, le format ne permettant pas d’en proposer une digne de ce nom.

Par contre, les personnages sont plus fouillés et plus intéressants que la plupart de ceux de la littérature fasciculaire.

Mais, en contrepartie, je tique un peu sur la plume de l’auteur. Pas qu’elle soit totalement indigeste, non, mais quelques détails laissent à penser à un manque de relecture, pas seulement de l’auteur (l’auteur est trop impliqué dans son texte pour être le mieux placé pour identifier les problèmes), mais plutôt par des relecteurs ou des correcteurs…

Cependant, il faut louer le désir de Christophe Géradon de placer son histoire à une époque entre deux âges, celle du passé révolu et celle de la modernité absolue.

Est-ce là de la nostalgie ? je ne sais pas.

Toujours est-il que conter une histoire ancrée plusieurs décennies dans le passé est un risque de sombrer dans certains anachronismes qui est à saluer.

Au final, dans un esprit voulu ou non des fascicules d’antan, l’auteur nous propose des personnages intéressants naviguant au tout début des années 80 le tout dans un style qui semble manquer un petit peu de maîtrise. Je lirai un autre épisode pour me faire un avis plus précis.