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Je poursuis ma découverte (tardive) des auteurs de la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard, avec, aujourd’hui, « Pouce ! » de Jean Delion, paru en 1967.

Jean Delion, de son vrai nom Jean Laborde, est un journaliste romancier aussi connu sous le pseudonyme de Raf Vallet (et c’est avec cette information, que j’avais oubliée, que je me rends compte que j’avais déjà découvert la plume de l’auteur avec « Adieu Poulet » et « Darling Dollar »).

On ne sera pas étonné que « Pouce ! » comme beaucoup de romans de la « Série Noire » ait été adapté au cinéma (comme plusieurs autres romans de l’auteur), sous le titre « Le Pacha », en 1968, par Georges Lautner, avec Jean Gabin dans le rôle principal.

Pour information, l’adaptation ciné ne suit pas totalement le récit du livre, notamment dans les intentions du personnage principal…

Pouce ! :

Un jour qu’ils contemplaient la dépouille d’un truand qui, dans un joli coup de maladresse, s’était tué en nettoyant son pistolet, Michallon et Josse, deux jeunes flics à l’esprit éveillé, eurent une idée de génie. Cette idée les conduisit à des entreprises apparemment condamnables : organisation de hold-up bidons, prévarication, batailles rangées, séduction de truandesses mal repenties. Plus une demi-grosse de malfrats qui décédèrent de mort violente, si bien qu’on crut un moment que le Palais de Justice allait fermer pour cause de mévente.

Michallon et Joss sont chargés de l’enquête sur le décès d’Angelotti, un caïd du milieu, mort accidentellement en manipulant son arme.

Quel dommage ! se disent les deux policiers, un gars qu’ils n’ont jamais pu serré et dont la mort ne profitera à personne… Ah ! s’il avait été tué par un rival, au moins, cela aurait engagé une guerre entre gangs et débarrassé la société de tous ces truands intouchables…

Et l’idée, rapidement, germe dans l’esprit des deux flics, d’instiller lentement l’idée dans la tête de leurs collègues, de leurs supérieurs, des indics et des truands, qu’Angelotti a été abattu par Mondoloni, un autre caïd.

Dès lors, les morts violentes dans le milieu vont se succéder, mais pas assez rapidement aux goûts des deux policiers qui vont dès lors mettre en place un plan pour accélérer la purge…

Donc, Jean Delion, apprends-je après lecture, n’est autre que Jean Laborde, donc, Ralf Vallet.

Pas étonnant, dès lors, que la lecture de « Pouce ! » m’ait fait penser au roman « Adieu Poulet » de Ralph Valet.

Et, par rebond, je suis encore moins étonné, en apprenant que « Le Pacha » est une adaptation de « Pouce ! » que l’intrigue du film ait été modifiée par rapport au roman, notamment sur les intentions du personnage principal, tout comme celle de la version cinéma de « Adieu Poulet » le fut par rapport au roman éponyme.

Effectivement, dans le film « Adieu Poulet », Lino Ventura mettait en place un plan pour se venger, certes, mais pour faire également justice alors que dans le livre, le but du héros était de s’enrichir tout en se vengeant.

Ici, pareil, dans « Le Pacha », Jean Gabin (qui n’est plus du tout un jeune flic, par rapport au roman), organise ladite purge dans le milieu par esprit de vengeance après la mort d’un collègue et ami d’enfance là où les deux héros du roman le font pour nettoyer la société des nuisibles qu’ils ne parviennent pas à mettre derrière les barreaux.

Les adaptations, dans les deux cas, sont bien plus nobles dans l’esprit par rapport à des romans plus séditieux.

Passons.

Avec le recul (et même durant la lecture), impossible de ne pas faire le rapprochement entre le plan de Josse et Michallon et celui de Vergeat dans « Adieu Poulet ».

Effectivement, la mise en place progressive dudit plan, les motivations… le style, tout est dans le même esprit… même auteur oblige.

On suit donc l’histoire avec le même intérêt que pour celle de l’autre roman, puisque les deux cheminent parallèlement. Même début un peu lent qui, progressivement, au fil du placement des pièces, devient trépidant jusqu’à la scène finale.

Par contre, j’ai apprécié la finesse avec laquelle les deux policiers, l’air de rien, vont laisser penser à tout le monde que Angelotti a été tué par Mondoloni, l’art de faire naître, l’air de rien, l’idée désirée dans la tête des autres, en lâchant une petite réflexion, mine de rien, à la bonne personne, ou d’influencer les interlocuteurs en choisissant bien ses questions.

On ne reviendra pas sur la plume de l’auteur, je dois noter que, dans ce roman-ci, bien qu’antérieur de 7 ans à celui que je ne cesse de comparer, je ne retrouve pas certains tics d’écriture que j’avais pu remarquer. Étrange, généralement, à force d’écrire, on se purge de ces tics, là, il semble que ce soit l’inverse.

Roman très court, « Le Pouce ! » se lit agréablement, du fait de la plume de l’auteur et le l’esprit séditieux de l’intrigue.

Au final, un bon petit roman policier qui, sans révolutionner le genre, le respecte suffisamment pour séduire d’autant que l’auteur imprègne l’histoire de son esprit subversif.