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Jack Desly est un personnage de gentleman cambrioleur né de la plume d’Henry Musnik (1895-1957) un des principaux pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire entre 1930 et la fin des années 1950.

L’auteur, né au Chili, devenu journaliste et écrivain en France, a signé sous de nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Jean Daye, Alain Martial, Pierre Dennys, Gérard Dixe…) un nombre incroyable de récits fasciculaires, principalement policier, mais pas que, nombre que l’on peut tout de même minorer du fait qu’il réemployait certains de ses textes en changeant les noms des personnages, en les signant d’un autre pseudonyme pour les proposer à un autre éditeur.

Il travailla beaucoup pour les éditions Ferenczi et on le retrouve, vers la fin des années 1930, dans la collection policière de fascicules de 64 pages « Police et Mystère » sous le pseudonyme de Claude Ascain.

Pour les dizaines de titres qu’il propose à la collection, il développe deux personnages récurrents, inspirés de héros de la littérature populaire.

Dans un second temps, en 1939, c’est Fantômas qu’il parodie en créant Le Grand Maître, un génie du crime, chef d’une organisation criminelle internationale changeant régulièrement de visage et de personnalité, en lutte contre un agent du Deuxième Bureau, Daniel Marsant.

Mais avant, en 1937, c’est Arsène Lupin qui eut le droit à son « hommage » dans les traits de Jack Desly, un gentleman cambrioleur aidé de son fidèle serviteur Annamite, Nan-Dhuoc.

« Le fauteuil de tapisserie », paru en 1938, est la 22e aventure sur 25 de Jack Desly.

LE FAUTEUIL DE TAPISSERIE

Tandis que Jack DESLY flâne du côté de l’Hôtel des Ventes, il remarque une jeune femme éplorée en tenue de deuil suivant un commissaire-priseur traînant une charrette emplie de meubles fatigués. « Une saisie, songea-t-il. On va bazarder tout cela pour une bouchée de pain… Pauvre petite ! ».

Son instinct l’attira dans la salle de l’établissement où, constatant le peu d’engouement et de générosité des acheteurs, il propose une honnête somme pour un vieux fauteuil Voltaire à la garniture de tapisserie rapiécée.

À sa grande surprise, un homme à la mine patibulaire double son offre.

Amusé, Jack DESLY décide de faire monter les enchères… jusqu’à un prix incroyablement haut à partir duquel il baisse les bras, fier d’avoir aidé une gamine dans le besoin.

Mais, très vite, la curiosité l’emporte sur la satisfaction et Jack DESLY se demande quelle raison peut pousser un inconnu à mettre autant d’argent et de volonté pour posséder un siège sans aucune valeur… Et, si la curiosité est un vilain défaut, chez Jack DESLY, elle est surtout signe d’aventures, de dangers et… d’enrichissement personnel.

Alors qu’il flâne près de l’Hôtel des Ventes, Jack Desly remarque une triste scène, un commissaire-priseur arrivant avec une charrette pleine de meubles minables et suivie d’une jeune femme habillée en noir et pleurant toutes les larmes de son corps.

Imaginant à juste titre qu’il s’agit là d’une saisie et sentant que la pauvrette ne récupérera pas assez de la vente de ses meubles pour payer ses dettes, Jack Desly décide de faire une bonne action en proposant un bon prix pour un piètre fauteuil Voltaire. À sa grande surprise, quelqu’un enchérit sur lui et, à la gueule du type, Desly se doute que son adversaire n’est pas motivé par les mêmes sentiments que lui pour cet achat. Décidant de jouer le jeu, il fait monter les enchères jusqu’à un prix irraisonnable pour un tel fauteuil et s’apprête à partir, fier d’une bonne action qui, au final, ne lui aura rien coûté.

Mais titillé par son instinct, il décide de se renseigner sur l’acheteur et apprend que celui-ci avait déjà tenté d’acheter le même fauteuil à la grand-mère de la jeune femme.

Pourquoi mettre autant d’énergie, de volonté et d’argent pour acheter un si minable fauteuil ? Jack Desly est persuadé qu’il se cache derrière tout cela quelque chose de bien plus rémunérateur et décide dès lors de récupérer le fauteuil de tapisserie pour percer son secret…

On retrouve donc Jack Desly dans une nouvelle aventure d’un peu plus de 19 000 mots.

Cette 22e aventure ne dépaysera pas les habitués de la série puisqu’elle s’inscrit dans la lignée des précédentes et est construite sur un même canevas (canevas que reprendra l’auteur pour sa série suivante).

Un premier chapitre expose le mystère, que, par la suite, Jack Desly va tenter de percer.

Bientôt l’inspecteur Arthème Ladon, l’ennemi juré de Desly, entrera dans la danse, soit par hasard, soit en poursuivant Desly.

Jack Desly finira par se retrouver en mauvaise posture et en sera tiré par son fidèle Nan-Dhuoc.

Pendant ce temps, Arthème Ladon sera mené en bateau, mais finira par récolter les fruits du travail de Desly, du moins d’un point de vue judiciaire.

Et, dans un dernier chapitre, Desly expliquera les tenants et les aboutissants de l’affaire.

Rien de bien original, donc, mais on sait que les auteurs écrivant beaucoup de récits fasciculaires aiment s’appuyer sur des personnages et des schémas qu’ils maîtrisent bien.

C’est le cas d’Henry Musnik.

Mais on ne s’attend pas à de l’originalité en lisant ce genre de récit, juste à ce que l’auteur nous propose une agréable lecture et c’est toujours le cas avec les aventures de Jack Desly, surtout quand Nan-Dhuoc est bien présent, ce qui n’est pas toujours le cas.

Pour le reste, une intrigue qui ne vole pas haut, à peine crédible pour ce qui est du besoin que le méchant avait de récupérer un plan pour retrouver ce qu’il avait lui-même caché.

Au final, un épisode plaisant à lire à défaut d’être original.