Le-cantique-des-cantines

Claude Mesplède (1939-2018) est un journaliste que je connaissais de nom principalement pour son travail critique sur les romans policiers.

J’étais curieux, donc, de le découvrir en tant qu’auteur de roman policier puisqu’il en écrivit au moins un : « Le Cantique des Cantines », une aventure de Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe publiée en 1996.

Je pense inutile de vous présenter la série « Le Poulpe », un concept mis en place par Jean-Bernard Pouy en 1995 consistant à faire écrire par différents auteurs des aventures d’un même personnage, un anarchiste justicier surnommé Le Poulpe du fait de ses longs bras.

Les auteurs se sont succédés à la tache, auteurs confirmés ou non.

« Le Cantique des Cantines » est la 13e aventure du Poulpe.

Le Cantique des Cantines :

Une jeune femme est abattue pendant une représentation du Fidelio de Beethoven. Alors, Gabriel Lecouvreur, qui connaît la musique, reprend son sac, sa casquette et débarque à Toulouse. Et même si on y cultive encore la violette, la ville du bel canto et de l’aéronautique ne sent pas toujours la rose. Surtout quand le Poulpe trempe son pain dans la soupe de syndicalistes soi-disant autonomes.
LE POULPE est un personnage libre, curieux, contemporain, qui aura quarante ans en l’an 2000. C’est quelqu’un qui va fouiller, à son compte, dans les failles parents du quotidien.
Ce n’est ni un vengeur ni le représentant d’une loi ou d’une morale, c’est un enquêteur un peu plus libertaire que d’habitude, c’est surtout un témoin.

Dans ce très court roman de 27 500 mots, Claude Mesplède s’essaye à un genre qu’il a beaucoup étudié, chroniqué, décortiqué, critiqué : le roman policier.

On sent, à la lecture, que l’auteur cherche à respecter à la lettre la « Bible » écrite par Jean-Bernard Pouy.

Ainsi, le premier chapitre présente le fait divers qui va attirer l’attention du Poulpe. Le suivant se situe au Pied de Porc à la Saint-Scolasse, le troquet Q.G. du Poulpe, où, à travers un article de journal, celui-ci va découvrir ledit fait divers.

Durant le reste de l’aventure, Gabriel Lecouvreur va déguster des bières, se faire taper dessus, draguer et se faire draguer, penser à son Polikarpov (l’avion qu’il fait retaper petit à petit), et faire le justicier…

Claude Mesplède en profite également pour trimballer le lecteur à travers Toulouse et ses alentours, une ville et une région qu’il connaît bien (il y est mort).

Pour le reste, ce n’est pas au niveau de l’intrigue que le lecteur va y trouver son compte.

Effectivement, le récit tient sur une scène liminaire qui peine à être crédible et se poursuit sans jamais être prenant ou même intéressant.

Il reste alors à profiter d’un petit récit dans l’ambiance des « Poulpe », écrit par un spécialiste du genre policier qui démontre qu’il peut aussi passer de l’autre côté du miroir.

D’ailleurs, on ressent durant toute la lecture que l’auteur s’amuse et se prend au jeu de l’exercice de style auquel il est en train de se livrer.

Est-ce suffisant ? Probablement pas, mais c’est déjà mieux que rien, d’autant que le style est loin d’être indigent.

Au final, petit, tout petit roman de la série « Le Poulpe » écrit par un critique spécialiste du genre policier qui réussit plus un exercice de style qu’un roman du Poulpe.