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Quand j’ai découvert la plume d’Olivier Norek, à travers son tout premier roman, « Code 93 », l’auteur était à ce point méconnu et les critiques de blogueurs sur ses livres si rares, que Norek, à la fin de son second ouvrage, « Territoire » avait, dans ses remerciements, cité tous les blogues qui avaient parlé en bien de son premier livre, dont le mien.

Si je débute ma chronique par cette précision, c’est pour expliquer que j’apprécie les romans d’Olivier Norek depuis le début, sans avoir été influencé par l’avis dithyrambique des autres lecteurs et que, l’appréciant, je n’ai aucune envie de le descendre sans raison.

Pendant des années, les lecteurs assidus de l’auteur, dont je faisais partie, attendaient avec impatience le retour du personnage d’Olivier Coste, qui apparaissait dans les trois premiers romans de l’auteur que son éditeur, pour des raisons marketing, nomme désormais « La trilogie 93 ».

Mais Olivier Norek semblait désireux de se démarquer de son « héros » ainsi que de son département, en menant sa plume, d’abord, du côté dans la Jungle de Calais avec son poignant roman « Entre deux mondes », puis dans un village paumé de l’Aveyron avec « Surface ».

Je n’évoquerais pas « Impact », que je n’ai pas lu, le sujet me semblant plus propice à sombrer dans le militantisme écologique que dans le roman policier.

Pourtant, comment résister au retour de Victor Coste ? Impossible pour moi même si je pressentais la déception.

Le meilleur moyen d’infirmer ou confirmer cette impression étant de lire le dernier roman d’Olivier Norek, ce que je viens de faire.

Dans les brumes de Capelans :

Le grand retour du capitaine Coste, tant attendu par les lecteurs d’Olivier Norek.
Une île de l’Atlantique, battue par les vents, le brouillard et la neige…
Un flic qui a disparu depuis six ans et dont les nouvelles missions sont classées secret défense…
Sa résidence surveillée, forteresse imprenable protégée par des vitres pare-balles…
La jeune femme qu’il y garde enfermée…
Et le monstre qui les traque.
Dans les brumes de Capelans, la nouvelle aventure du capitaine Coste se fera à l’aveugle.

Tandis qu’en France Métropolitaine, des policiers cherchent, depuis 10 ans à identifier un tueur en série qui kidnappe des adolescentes et les fait disparaître, le capitaine Victor Coste, de son côté, tente de se reconstruire après le drame que l’on connaît, sur l’île isolée de Saint-Pierre-et-Miquelon. Officiellement, il y est responsable de la police aux Frontières. Officieusement, il y tient une « Safe House », un lieu où il reçoit des malfrats de tous bords qui, pour une raison ou une autre, ont accepté d’aider la justice et doivent une aide à la protection des témoins.

Quand, en Métropole, on retrouve, dix ans après, une ado que l’on pensait fugueuse, mais qui fut, en fait la première victime du tueur en série, il est décidé que celle-ci serait envoyée à Coste afin qu’il la protège et l’interroge afin d’obtenir les renseignements permettant d’arrêter son bourreau…

Le lecteur retrouve donc le capitaine Victor Coste, un Victor Coste au plus mal, un Victor Coste plus sauvage, un Victor Coste désabusé, mais, surtout, un Victor Coste sans son équipe du 93 (du moins, ce qu’il en reste).

Ma première question, en refermant ce livre, est de me demander si le héros du livre avait porté un autre nom (un nouveau personnage) cela aurait-il changé quelque chose à l’histoire et à la lecture ? Probablement non.

Certes, les habitudes ne sont jamais indéboulonnables, mais, dans mon esprit, Victor Coste, c’est le 93 et, surtout, un homme d’équipe, ce qu’il n’est pas ici.

Olivier Norek, pour l’occasion, propose aux lecteurs un lieu dépaysant, le changeant des cités du 93.

Il y parvient avec cette île dans la brume.

Il cherche également à offrir une histoire forte en émotions, en suspens et en rebondissements.

Et il y arrive.

Suis-je pour autant conquis ?

Difficile à dire.

Parce que j’ai aimé les premiers romans d’Olivier Norek, j’attends de lui plus que d’un autre.

Mais attendre de lui « plus » ne veut pas dire pour autant que j’attends plus de rebondissements, plus de suspens…

Olivier Norek, au début, c’était une ambiance qui plongeait le lecteur dans le « métier » de policier tant ont sentait dans chaque mot, dans chaque personnage, dans chaque situation, que l’auteur connaissait ce dont il parlait, qu’il en était imbibé jusqu’à la moelle.

C’est cette ambiance fait de crasse, de sueur, de désillusion, de détresse, de rage, de violences… qui faisait tout le sel des premiers ouvrages d’Olivier Norek.

Il semblait écrire avec le cœur tandis que maintenant, il écrit avec la tête.

Il semblait écrire sans trop réfléchir, alors que désormais, il réfléchit beaucoup avant d’écrire.

Comme beaucoup d’auteurs qui, d’un coup, connaissent le succès, Olivier Norek a changé.

J’ai ressenti cette mutation chez Franck Thilliez, chez Bernard Minier, et je l’avais déjà noté chez Olivier Norek.

Ce changement s’est opéré lentement dès « Surtensions » où l’auteur cherche à perfectionner son schéma narratif pour le rendre plus « auteur professionnel », ce qui a souvent pour conséquence de nuire à l’authenticité du récit et des propos.

Cette variation était peu visible, bien cachée par les personnages, des scènes de prison saisissantes…

Elle a pu échapper également dans « Entre deux mondes » tant les propos, le sujet, la détresse des personnages, le côté poignant de l’histoire, recouvrait tout le reste d’une chape de plomb.

Elle était parfaitement notable dans « Surface », un roman qui, justement, ne prenait pas aux tripes, la plume de l’auteur demeurant en surface des choses.

C’est une nouvelle fois le cas avec « Dans les brumes de Capelans ».

Oui, tout y est, sauf le côté authentique.

Cette « professionalisation » de l’auteur se ressent jusque dans ses remerciements qui s’attardent sur tous ceux qui l’ont aidé à écrire ce livre et, notamment, ceux qui lui ont permis de s’immerger dans l’ambiance des lieux.

Avant, on avait un auteur qui savait de quoi il parlait, qui n’avait pas besoin de s’immerger tant il était imbibé des décors, des personnages, des situations, tant les réactions des uns et des autres étaient forcément naturelles, car il les avait tant vécus dans une autre existence.

Désormais, Olivier Norek n’est plus un policier, plus même un écrivain ancien policier, il est devenu écrivain.

Est-ce un bien, est-ce un mal ?

Pour lui, probablement, c’est bénéfique. Il se détache de son ancien lui tout en séduisant encore plus de lecteurs et donc en gagnant plus d’argent.

Pour la plupart des lecteurs, ceux habitués aux « thrillers » sans âmes des vrais écrivains, ce doit également être le cas. Après tout, « Dans les brumes de Capelans » est un bon roman policier à suspens et cela doit leur suffire.

Pour les autres, ceux qui, comme moi, ont adoré les tout premiers romans de l’auteur, pour leur authenticité, beaucoup moins.

Au début, quand je me plongeais dans « Code 93 », « Territoires » voire « Surtensions », je dévorais un « Olivier Norek ».

Avec « Surface » et « Dans les brumes de Capelans », je lis juste un bon roman policier.

La différence peut sembler subtile, mais elle est pour moi essentielle, à ce point que j’aurai pris plus de plaisir à lire un roman moyen de « Olivier Norek » qu’un bon roman issu de la plume de l’auteur lambda qu’il est devenu.

C’est cette « professionalisation » des auteurs que me gêne et me chagrine et que je ressens chaque fois au bout de quelques livres quand un auteur commence à avoir du succès.

Thilliez, Minier, Norek sont juste quelques exemples.

Impossible de savoir si le résultat est dû à une pression de l’éditeur poussant son poulain à séduire plus les foules ou à la volonté de l’auteur d’avoir plus de lecteurs ou, tout simplement, d’espérer s’améliorer.

Toujours est-il que l’auteur vend alors son âme au diable du succès et perd son authenticité pour gagner des lecteurs.

Tant mieux pour lui.

Tant mieux pour son éditeur.

Tant mieux pour ses nouveaux lecteurs.

Tant pis pour les autres et pour moi.

Lire un roman d’Olivier Norek, aujourd’hui, me fait l’effet d’écouter le « Black Album » de Métallica il y a quelques décennies. C’était un bon album, mais on sentait que le groupe cherchait à prendre un virage pour toucher un public plus large qui a laissé sur le côté de la route celui qui l’avait porté à ses débuts.

Bref.

Les auteurs sont des artistes et comme tous les artistes cherchent à toucher un public plus large. Ce ne sont pas mes états d’âme qui y changeront quelque chose et je ne vais pas leur souhaiter de l’insuccès pour les forcer à conserver leurs substantifiques moelles.

Cependant, j’en viens à me dire que, parfois, l’insuccès a du bon, il te permet de continuer à être toi-même jusque dans ta plume.

Je terminerai par dire que « Dans les brumes de Capelans » est un bon roman policier, mais fonctionne sur une recette éprouvée dans laquelle on identifie tous les ingrédients. Les rebondissements, sont nombreux, mais jamais surprenants (du moins pas pour ceux qui ont l’habitude de lire des romans policiers ou à regarder des films policiers) et je dirais même presque attendus.

Mais je ne pourrais m’étaler plus sur le sujet sans risquer de dévoiler le roman et c’est bien dommage tant il y a à dire sur le sujet. Même dans ses détails, j’ai eu l’impression que l’auteur avait fait un patchwork de ce qu’il avait lu ou vu ailleurs. L’île perdue et hostile me rappelle vaguement celle de Bernard Minier dans « Une putain d’histoire », le personnage de Russo n’est pas non plus sans en évoquer d’autres, celui de Sorba également…

Au final, un bon roman policier, mais, de la part d’Olivier Norek, j’attends plus qu’un bon roman policier, j’espère un roman policier « vrai ». Dommage.