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« Les trois enlèvements » est l’antépénultième aventure de Jack Desly, un gentleman cambrioleur né de la plume de Claude Ascain.

Pour rappel, Claude Ascain est un des nombres pseudonymes de Hanry Musnik (1895-1957), un écrivain journaliste né au Chili et devenu, à partir du début des années 1930, l’un des principaux piliers de la littérature fasciculaire française.

Sa production fut immense et signée de divers pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasso, Alain Martial, Pierre Dennys, Jean Daye, Gérard Dixe…).

Pour les éditions Ferenczi, et sous le pseudonyme, donc, de Claude Ascain, il écrivit des récits pour alimenter, entre autres, la collection de fascicules de 64 pages « Police et Mystère ».

Pour l’occasion, il créa plusieurs personnages récurrents inspirés de héros de la littérature populaire.

Ainsi, dans cette collection, on retrouve Daniel Marsant et le Grand Maître, le premier agent du Deuxième Bureau et le second génie du crime changeant d’identités comme de noms. L’inspiration des aventures de Fantômas est flagrante.

Mais avant, il proposa aux lecteurs le personnage de Jack Desly, un gentleman cambrioleur probablement inspiré d’Arsène Lupin.

Celui-ci, sportif et mondain, se veut cambrioleur, mais est surtout justicier. Il est aidé dans sa tâche par son domestique fidèle, l’Annamite Nan-Dhuoc.

Comme Arsène Lupin, il est poursuivi par un flic tenace, ici, l’inspecteur Arthème Ladon.

« Les trois enlèvements » est paru en octobre 1938 sous la forme d’un fascicule de 64 pages.

LES TROIS ENLÈVEMENTS

Gérard Féricy est dans tous ses états.

M. Butteau, un ingénieur de sa connaissance, vient avouer qu’on a volé l’enveloppe qu’il lui avait confiée. Il dit s’être curieusement réveillé au pied d’un arbre au petit matin, sans aucun souvenir, et que le temps de rentrer chez lui, un individu s’était présenté à son domicile pour l’attendre et en avait profité pour emporter le document avant de s’enfuir.

En quittant Butteau, Féricy, l’esprit tout accaparé par les conséquences de cette disparition, traverse la rue sans regarder et se fait renverser par une voiture conduite par… Jack DESLY, un homme qu’il a déjà croisé dans une soirée organisée par son beau-frère Lavalette.

De son côté, Jack DESLY reconnaît également Féricy et propose de le raccompagner, voyant là un bon moyen de se rapprocher de Madame Lavalette dont il convoite certains biens.

Mais la détresse de Féricy le touche et, apprenant de sa bouche que la vie d’un enfant de dix ans est en jeu, Jack Desly va se lancer dans une nouvelle aventure pour l’aider…

Quand un homme se jette par mégarde sous ses roues, Jack Desly reconnaît dans sa victime, le dénommé Gérard Féricy, frère de Mme Lavalette, dont il convoite les biens. L’ayant déjà croisé dans les soirées des Lavalette, Desly décide de ramener Féricy chez lui, aussi bien par bonté de cœur que pour effectuer un rapprochement qui pourrait lui servir par la suite.

Mais il découvre que Féricy est en proie à des turpitudes et celui-ci finit par lui révéler que la vie d’un enfant de 10 ans est en danger.

Les prétextes qu’il sert à Desly pour expliquer son rapport à l’enfant sont suffisamment confus pour que Desly devine qu’ils sont mensongers, mais la sincérité de l’homme ne souffre pas de contestation et il décide de l’aider comme il peut avec les maigres informations que celui-ci veut bien lui donner.

On retrouve donc Jack Desly dans un rôle de Justicier au grand cœur qui va tout faire pour aider son prochain.

Rien de nouveau donc, d’autant que la construction de l’épisode est la même que pour les précédents voire même que pour l’autre série dont j’ai déjà parlé.

Effectivement, un premier chapitre met en scène un fait étrange, puis Jack intervient, résout tout et dans un ultime chapitre explique à un tiers comment il a tout deviné.

Ce qui est le plus intéressant, ici, est que Henry Musnik semble s’être inspiré d’un texte de Maxime Audouin pour écrire la scène liminaire, celle où un personnage se réveille dans la nature, au pied d’un arbre, sans savoir ce qui lui est arrivé et qui découvre, en rentrant chez lui, que quelqu’un a profité de son absence involontaire pour lui voler quelque chose.

On ne s’étonnera pas de cette inspiration tant l’auteur nous a habitué à recycler ses propres textes, n’hésitant pas, parfois, à les reprendre dans leur quasi-intégralité pour les resservir à un autre éditeur, ou bien à prendre des morceaux d’autres récits pour en composer un nouveau (comme les aventures de Mandragore, par exemple).

Certains pensent même que sa prolificité s’explique par des traductions pirates d’épisodes de séries anglophones comme « Sexton Blake ».

Mais j’avais rarement constaté un tel emprunt à un auteur français.

Pour le reste, on regrettera que le personnage de Nan-Dhuoc apparaisse une nouvelle fois si peu, lui qui est toujours source de sourires et d’actions.

Au final, un épisode tout aussi plaisant à lire que les précédents et qui ne varie ni dans le genre ni dans la forme de ses prédécesseurs.