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Les rares personnes qui lisent mes chroniques ne peuvent ignorer que j’adore la littérature populaire, que je n’apprécie guère que le genre policier et que j’aime tout particulièrement les personnages récurrents.

Si j’ajoute à tout cela que je suis un fan immodéré de l’humour, alors, il semblait évident que la série des enquêtes du commissaire Workan était faite pour moi.

Mais il faut toujours se méfier des évidences.

Le commissaire Workan est un flic toulousain muté à Rennes, né de la plume de l’auteur Hugo Buan.

Hugo Buan est un écrivain né en 1947 et qui vit en Bretagne.

Il a été dessinateur en Génie Civil et est un amateur d’arts…

Hortensias Blues, publié en 2008, est le premier roman de l’auteur et de la série du « commissaire Workan » qui doit compter désormais une douzaine de titres (ce qui laisse entendre que ces romans ont connu un certain succès).

Hortensias Blues:

Un cabinet médical du centre de Rennes est décimé par un tueur en série. Lucien Workan, un commissaire de police incontrôlable toujours à la limite de l’illégalité, petit-fils de résistant va mener l’enquête au cœur de la bourgeoisie rennaise. Assisté par Leila, une jeune femme flic d’origine berbère et flanqué de son adjoint Lerouyer, Workan va dénouer les fils enchevêtrés d’une série de crimes particulièrement odieux. Avec une force de caractère incroyable, une intuition digne des meilleurs limiers et le soutien de ses adjoints, va-t-il réussir là où son supérieur et la procureur de la République en charge du dossier ne l’attendaient plus ?

Dans un immeuble de Rennes abritant des professionnels de la santé si bien physique que mentale (psy, dentiste, kiné, généraliste…) un dentiste est retrouvé, au petit matin, dans son cabinet, le crâne défoncé par un de ses clubs de golf, déculotté et un hortensia bleu enfoncé dans le fondement.

Le commissaire Workan, petit-fils d’un célèbre résistant, va être chargé de l’affaire. Mais celle-ci va rapidement se compliquer quand un second médecin de l’immeuble est assassiné dans les mêmes circonstances et ce n’est que le début de la série.

Autant le dire tout de suite : j’adore l’humour dans le polar.

Voilà, c’est dit.

Le problème de l’humour, c’est que tout le monde ne partage pas le même (c’est aussi un avantage).

Mon problème avec l’humour, c’est quand l’œuvre ne choisit pas son bord.

Pour être plus clair, qu’un personnage ait un comportement décalé, improbable, cela ne me dérange pas dans un cadre déjanté, qui prend ses distances avec la réalité.

Mais dès que l’histoire, le fond, l’ambiance générale s’inscrit dans un cadre de réalisme, alors, pour moi, les personnages ne sont plus libres de leurs mouvements et doivent respecter certaines règles.

Et c’est le gros problème, pour moi, dans ce roman.

L’histoire se veut « crédible » en mettant en place une intrigue autour d’un tueur en série qui assassine violemment des médecins (même s’il leur plante un hortensia dans le fondement post mortem).

Le tout se déroule au sein d’une institution placée sous le signe du sérieux et de la contrainte (la Police Nationale) et donc, selon moi, certains comportements et certaines incompétences devraient empêcher certains personnages d’arriver aux plus hautes fonctions.

Et c’est exactement le cas du commissaire Workan qui, en plus d’être violent, insultant, antipathique, grossier, est, pire que tout, totalement incompétent dans son métier.

Car, l’enquêteur, à chaque meurtre, se contente de lancer des hypothèses dans le vent comme d’autres le feraient de glaviots, au risque qu’un vent contraire ne vous le ramène dans la tronche (je me mets un peu au niveau du roman).

Aucune crédibilité dans sa façon de mener son enquête ni de traiter les suspects et encore moins ses supérieurs.

Certes, l’auteur avance, pour expliquer qu’il ne soit pas mis à pied, que son grand-père a dû lui léguer des dossiers sur un peu tout le monde, mais quand même.

L’enquête est menée en dépit du bon sens et si le commissaire Workan est l’incompétence personnifiée, malheureusement, ses subalternes ne sont pas là pour l’aider.

D’ailleurs, on pourra aussi se poser des questions sur le comportement de ceux-ci, notamment de la beurette de service qui tombe amoureuse d’un mec aussi insupportable et qui n’a pas grand-chose pour lui.

Bref.

Dans un cadre sérieux, j’aime que les comportements soient crédibles et ce n’est pas du tout le cas ici.

Pas plus ceux des policiers que des suspects ou du ou des coupables.

Quant à l’humour proprement dit, s’il y a quelques dialogues qui sont plaisants, quelques traits assez drôles, malheureusement, la plupart du temps, il tombe à plat du fait qu’il ne cadre pas…

Et, ce qui est peut-être encore le plus énervant, c’est que, bien que l’auteur choisisse d’être volontairement décalé, il ne peut s’empêcher de plonger les deux pieds dans les poncifs.

Le commissaire, bien que d’un physique pas forcément agréable est, quand même, indubitablement attirant (ba ouais, tant qu’à faire) que les gonzesses sont obligatoirement attirées par lui, surtout la fliquette qui est courtisée par tous les mecs du service.

Et je vous passe sur le mobile des crimes ainsi que sur l’identité du ou des assassins (sinon je vous gâcherais votre éventuelle lecture) qui tiennent autant la route qu’un funambule bourré comme une cantine qui a sniffé de la coke, s’est injecté je ne sais trop quoi dans les veines et n’a pas dormi depuis trois jours…

En plus, c’est long… mon Dieu que c’est long.

On attend de ce genre d’ouvrages qu’il soit, si ce n’est passionnant, au moins rapide à lire, mais là, presque 80 000 mots… pfff, je ne sais pas pourquoi je suis allé au bout de ma lecture, bien que j’ai dû terminer par une lecture en diagonale pour en finir…

Au final, un roman trop long pour ce type d’ouvrage, dans lequel l’auteur a la plume entre le récit décalé et le thriller, sans jamais trouver la bonne mesure ni les bons ingrédients… pour moi, car d’autres lecteurs ont adoré…

P.S. Et on en parle des couvertures, quelles que soient les éditions, toutes plus moches les unes que les autres…