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« La voix d’outre-tombe » est le 8e titre de la collection de fascicules de 32 pages double-colonne « Collection Rouge » des éditions Janicot, publié en 1943.

Il est signé L. Van der Haeghe (le deuxième titre de l’auteur dans la collection).

Sur l’auteur, Lucien Van der Haeghe, donc, je n’ai pas beaucoup de billes. Probablement, du fait de ses collaborations avec Jean des Marchenelles, aurait-il vécu dans le Nord...

Toujours est-il que ce titre offre la particularité de mettre en scène deux personnages que l’auteur reprendra plusieurs fois pour sa collaboration dans la « Collection Rouge » : le commissaire Barma et le détective privé Paul Duval…

LA VOIX D’OUTRE-TOMBE

Carmencita, la jeune et adulée chanteuse d’Opéra, est assassinée chez elle d’un coup de poignard…

Son mari est affligé, il avait laissé son épouse en pleine répétition avant de partir à son bureau et, quelques minutes plus tard, elle est découverte gisant dans le sang par la concierge venue lui apporter une lettre…

Entre ces moments, seules deux personnes sont entrées dans l’immeuble, des locataires épris l’un et l’autre de la diva…

Pour le commissaire BARMA chargé de l’enquête, nul doute que le coupable est à chercher parmi les amoureux transis.

Mais pourtant, quelque chose le titille qu’il ne saurait saisir.

Aussi, pour en avoir le cœur net, il décide de faire appel aux lumières de son ami d’enfance, le célèbre détective Paul DUVAL…

Une jeune chanteuse d’opéra a été assassinée chez elle, après le départ de son mari, d’un coup de poignard dans le cœur.

Les concierges assurent l’avoir entendu chanter encore quelque temps, une fois seule, mais elle était morte quand la concierge lui a monté son courrier.

Les seules personnes a être entrées dans l’immeuble une fois le mari sorti sont deux locataires, tous deux amoureux de la belle jeune femme.

Le commissaire Barma est chargé de l’enquête et dirige très vite ses soupçons vers un des deux locataires, d’autant que l’arme du crime lui appartient et qu’une lettre anonyme que la défunte avait reçue dénonce des faits pouvant servir de mobile à celui-ci.

Pourtant, Barma n’est pas convaincu et il va faire appel à son ami d’enfance le détective Duval pour l’aider à y voir plus clair…

Dans ce récit de 11 500 mots, on se doute qu’il ne va pas y avoir beaucoup de suspens, la faute à un format trop court pour le permettre.

D’ailleurs, le lecteur aguerri (Les lecteurs l’étaient-ils autant à l’époque) aura très vite deviné le coupable (immédiatement, même) ainsi que le manière dont il s’y est pris pour se forger un alibi.

Pas très grave, encore une fois, on n’aborde pas ce genre de format dans l’espoir d’y trouver un thriller haletant.

La première chose qui surprend (et agréablement) à la lecture, c’est le parti pris de l’auteur de conjuguer sa narration au présent là où tous ses confrères ou presque lui préfèrent le passé simple.

Cela change et rend, à mon sens, le texte plus immersif.

À part ce choix, on sent que l’auteur ne cherche pas à innover, à révolutionner un genre, un format, mais plutôt à respecter l’un et l’autre d’une manière un petit peu scolaire, mais pas désagréable.

Certes, l’intrigue est cousue de fil blanc, et l’on peut railler le commissaire qui se laisse prendre par des preuves par trop évidentes.

Mais là encore, il faudrait savoir si le lecteur de l’époque, moins habitué à « bouffer » du polar à toutes les sauces (livres, séries Télé, films, jeux…)…

Pourtant, l’auteur s’amuse avec le genre policier en cherchant à mettre en place un crime parfait (c’est-à-dire un crime dont l’assassin ne peut pas être suspecté) et, surtout, il choisit de le résoudre à la façon d’une Agatha Christie par un final à la « Whodunit » ce sous-genre du récit policier dans lequel l’enquêteur regroupe sur la scène de crime les divers protagonistes de l’affaire pour expliquer comment il a identifié le coupable et, surtout, pour le dénoncer devant tous les autres.

Alors, oui, le procédé perd un peu de sa puissance quand le format empêche certaines circonvolutions littéraires, quelques développements de l’enquête… mais il a le mérite d’agir un peu comme une madeleine de Proust auprès des férus du polar.

Sur 11 500 mots, on se doute également que l’auteur ne va guère pouvoir développer ses personnages et même s’il leur confère quelques traits physiques et de caractères, notamment pour mieux différencier les deux principaux protagonistes, le lecteur n’aura pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent.

D’ailleurs, le personnage de Paul Duval est présenté comme déjà célèbre pour ses précédentes enquêtes, enquêtes qui ne doivent pas exister à moins que l’auteur n’ait déjà utilisé ces personnages dans des récits précédents dans une autre collection et/ou chez un autre éditeur.

Pour le savoir, il faudrait éplucher sa bibliographie qui doit être aussi difficile à trouver que les informations sur sa vie…

Au final, un premier épisode plutôt plaisant, prometteur quant à la volonté de l’auteur de jouer avec un genre et d’opposer deux amis enquêteurs que l’on retrouvera par la suite…