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Entre 1943 et 1944, les éditions Janicot proposèrent aux lecteurs la « Collection Rouge » regroupant un peu plus de 100 fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants entre 10 000 et 12 000 mots.

Rares sont les auteurs participant à cette collection à être des habitués de la littérature fasciculaire. On notera bien sûr, Jean des Marchenelles, Maurice Lambert, mais pour le reste, ce sont des écrivains que l’on retrouve rarement ailleurs.

Et ce fut souvent l’occasion, pour ces écrivains, de faire vivre des personnages récurrents.

C’est du moins le cas de Lucien Van der Haeghe, un auteur sur lequel je n’ai aucune donnée si ce n’est qu’il devait vivre sur Lille comme en témoigne ses nombreuses collaborations avec Jean des Marchenelles, un éditeur et auteur lillois.

Effectivement, pour la « Collection Rouge », l’auteur fit vivre deux personnages récurrents : le commissaire Barma et le détective Paul Duval, qui vécurent, ensemble ou séparément, au moins 7 aventures.

« La main de sang » est l’une d’entre elles, même si Barma n’est pas même mentionné.

LA MAIN DE SANG

Le célèbre détective Paul DUVAL est chargé par le jeune peintre Alfred Ridder d’enquêter sur le décès de son frère quelques mois auparavant.

Ce dernier a été terrassé par crise cardiaque consécutive à une terreur nocturne due par de terribles cauchemars après avoir prononcé, dans un ultime râle : « La main de sang »…

Mais, Alfred Ridder est à présent persuadé que la mort a été provoquée par il ne sait quel stratagème. La preuve, vers une heure du matin, il a entendu des bruits suspects dans sa chambre et aperçu des boules de toutes les couleurs, comme s’en était plaint son aîné les jours précédents le drame…

Un jeune peintre vivant chez son riche oncle vient voir le détective Paul Duval pour qu’il enquête sur la mort de son frère aîné, décédé il y a quelques mois d’une crise cardiaque après avoir passé plusieurs nuits, selon lui, à entendre des bruits et voir des boules de couleurs, la nuit, dans sa chambre.

Si la crise cardiaque ne fait aucun doute, les deux frères ont le cœur fragile, le jeune homme, depuis la nuit précédente, craint que le décès de son frangin ait été provoqué. Il en veut pour preuve d’avoir, aussi, vers 1 h du matin, entendu des bruits dans sa chambre et vu des boules de couleurs flotter…

Paul Duval accepte de l’aider et s’en vient, avec son jeune aide Stanislas, dans la demeure de son client et il ne va pas tarder à avoir de sérieux soupçons.

Bon, est-il encore besoin de préciser que ce court format ne permet pas d’installer de véritables intrigues dignes de ce nom ? Oui ? Alors, c’est dit !

En pas tout à fait 12 000 mots, l’auteur tente cependant de livrer une histoire susceptible de séduire les lecteurs… de son époque (car la révélation finale est bien moins séduisante aujourd’hui).

Les lecteurs assidus vont vite faire un rapprochement, en début de lecture, avec l’épisode précédent « La Maison Hantée ». L’auteur l’assume puisqu’il fait mention de ce titre dans son histoire.

Cependant, si certaines similitudes sont présentes, au départ, le reste de l’histoire se détache de la précédente.

L. Van der Haeghe poursuit sa narration au présent, un choix rarement fait par les écrivains de l’époque.

Sachant qu’il n’a pas beaucoup de place pour s’exprimer, il fait avancer tout le début de son histoire, notamment la présentation du meurtre précédent, par le truchement de dialogues dans lesquels son client lui raconte ce qu’il sait de la mort de son frère. Cela prend moins de place qu’un exposé par un narrateur omniscient.

Pour le reste, Paul Duval résout rapidement l’affaire grâce à son intuition et une erreur grossière d’un des protagonistes de l’histoire.

Pas de grandes réflexions, donc, ni d’investigations minutieuses, mais l’on s’en doutait à l’avance.

Le personnage de Stanislas, le bras droit de Duval, apporte un peu moins d’humour que dans le titre précédent. Dommage.

Cependant, l’ensemble se lit rapidement et agréablement, comme les autres épisodes de la série.

Au final, un épisode plaisant, dans la lignée des précédents, avec une intrigue qui peine à séduire de nos jours, sans être pour autant totalement rébarbatif.