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Je ne connais de Boris Vian que son double maléfique : Vernon Sullivan, le pseudonyme sous lequel il signa quelques romans noirs subversifs tels « J’irai cracher sur vos tombes » ou « Et on tuera tous les affreux »…

Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas du tout apprécié cette facette de l’auteur bien que je sois un inconditionnel des romans policiers sous toutes leurs formes, même sous celle du roman noir à l’américaine des années 40-50…

Aussi, il pourrait être étonnant que je me sois plongé dans la lecture de « On n’y échappe pas », un roman de Boris Vian dont l’écriture a débuté dans les années 1950 et s’est terminée il y a quelques années.

Quoi ? comment l’auteur a-t-il fait alors qu’il était mort depuis bien longtemps ?

Bon, une petite explication s’impose.

Au début des années 1950, Boris Vian à l’idée d’un roman dont il trouve l’intrigue géniale (mouais). Il couche le synopsis rapidement sur papier et entame l’écriture de 4 premiers chapitres.

Mais, comme l’auteur était un impatient et probablement un versatile, il abandonna son roman (génial) pour d’autres occupations.

Des années, des décennies plus tard, les ayant-droits de l’auteur, pour fêter son 100e anniversaire, ont confié les chapitres et le synopsis à l’OuLiPo (je vous laisse découvrir de quoi il s’agit en vous rendant sur votre moteur de recherche favoris) avec charge, aux participants, de terminer l’écriture de ce roman.

Cela donne « On n’y échappe pas » un roman de Boris Vian… ou presque.

On n’y échappe pas :

Décembre 1950. Frank Bolton, un jeune colonel de l’US Army, rentre de la guerre de Corée avec une main en moins. À peine sa famille et sa ville natale retrouvées, il s’aperçoit que, l’une après l’autre, toutes les filles qu’il a aimées tombent sous les coups d’un assassin. Avec Narcissus, son ami détective, il se lance sur sa piste dans une noirceur croissante.

Boris Vian imagina le déroulé de ce roman aux accents sullivanesques, en écrivit quatre chapitres et s’arrêta là. Pour les cent ans qu’il aurait eus, ses héritiers ont confié à l’OuLiPo la mission d’écrire la suite manquante. L’Ouvroir a répondu oui.
Un cadeau pareil, on n’y échappe pas.

J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (série noire). C’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif.
Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite.
Boris Vian.

Franck Bolton rentre chez lui, après avoir fait la guerre en Corée, ayant perdu ses illusions et, surtout, une main qui a été remplacée par une autre main faite de métal…

À peine arrivé dans sa ville, il apprend l’horrible meurtre de la fille avec qui, jadis, il perdit sa virginité.

Alors qu’il se renseigne auprès d’un ami détective afin d’élucider ce crime qui le touche, un autre meurtre est perpétré sur le même Modus Operandi et sur une autre femme avec qui il eut des relations.

Au troisième crime, force lui est de constater que quelqu’un élimine toutes les femmes avec qui il a couché…

Que dire de ce roman ?

Tout d’abord, que l’OuLiPo a fait du bon boulot et, qu’à la lecture, on sent à peine le changement d’auteur après le 4e chapitre.

Bien que prévenu de ce bouleversement, effectivement, il n’est pas aisé de différencier le style des premiers chapitres et celui des suivants.

Ensuite, on sent immédiatement la patte de l’auteur de Vernon Sullivan, tant dans le fond que dans la forme.

On se demandera ce que la main d’acier de Frank Bolton apporte à l’histoire (on ne se pose plus la question à la fin, cela ne sert à rien).

L’OuLiPo apporte tout un tas d’informations (trop, beaucoup trop) en cours de lecture à travers un nombre incalculable de Nota Bene ou notes de bas de page qui finissent par faire un peu sortir le lecteur de l’histoire.

Quant au « sujet tellement bon », il faut bien avouer que c’est la grande déception de ce roman.

Effectivement, si je l’ai bien plus apprécié que les deux romans cités que j’avais lus (ce qui n’était pas difficile non plus), je dois avouer que je m’attendais à une histoire bien plus intéressante et, surtout, plus originale.

Car, la révélation finale est loin d’être géniale et on ne sortira pas de cette lecture, enthousiasmé par l’histoire.

Reste tout de même un petit polar à la sauce Sullivan, en moins subversif, qui se lit sans déplaisir, notamment grâce à la curiosité sur le résultat du travail de l’OuLiPo.

Au final, un petit roman dans lequel l’exercice de style prend plus d’importance que l’intrigue, mais qui se lit agréablement.