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Marcel Fortesse, vous connaissez ?

Probablement non.

Et Jean-Pierre Ribat ?

Pas plus…

Voilà qui est à la fois réconfortant et décevant : constater que les bons auteurs ne sont pas forcément les plus connus…

Jean-Pierre Ribat, né en 1961 à Toulouse, est un médecin généraliste devenu médecin urgentiste à Mantes-la-Jolie…

Probablement après les horreurs vécues à Haïti où il s’est rendu après le tremblement de terre, J.-P. se lance dans l’écriture et en 2012 paraît son premier roman « Pas d’obstacle », mettant en scène son personnage récurrent Marcel Fortesse, un médecin généraliste et urgentiste à l’hôpital de Mantes-la-Jolie…

Effectivement, on se rend rapidement compte que l’auteur utilise sa plume comme un exutoire, mais aussi pour transmettre les histoires, les sentiments qu’il a vécus dans sa profession…

Ce qui séduit immédiatement chez lui, c’est une sorte d’humanisme (mais n’est-ce point ce qui pousse à devenir médecin, surtout urgentiste) et son usage de l’humour pour faire passer la pilule. Puisqu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, Jean-Pierre Ribat nous fait rire malgré la maladie, la mort.

Marcel Fortesse nous raconte alors sa vie qui mêlera son métier avec des intrigues plus ou moins policières.

Et c’est l’occasion pour l’auteur de transmettre, à travers une palette de personnages, ses réflexions sur le monde, sur sa profession, sur ses patients…

Si je n’aime pas forcément les médecins (entendez par là que je n’aime pas aller les voir… eux ne m’ont rien fait), je partage avec J.-P. Ribat le sens de l’humour et l’amour du rugby…

Il n’en fallait alors pas plus pour que j’apprécie ses romans… si, en fait, il fallait, en plus, du talent… mais comme l’auteur n’en manque pas…

Depuis, J.-P. Ribat a écrit 6 romans, tous mettant en scène Marcel Fortesse.

Et, d’opus en opus, on suit l’évolution de la vie de son personnage, la maladie dégénérative, puis la mort de sa mère, les problèmes de son fils…

Ayant déjà lu les deux premiers romans, « Pas d’obstacle » et « Poussière d’ange », les ayant appréciés, j’attendais que le hasard me replace sur la route de Jean-Pierre Ribat.

Ce fut le cas puisque « Flagrance Lila » me tendait les bras.

Oui, mais voilà, « Flagrance Lila » est le 4e opus et je n’avais pas lu le 3e.

Peu importe, je commandais « V.I.T.R.I.O.L. », ledit troisième, mais, ne pouvant résister à mon envie de retrouver Marcel Fortesse, je me plongeais dans la lecture de « Flagrance Lila »…

Flagrance Lila :

Les flics demandent à mon compatriote de traduire ce qu’ils vont me dire, afin d’être certains que j’aurai bien tout compris. Je devine que j’arbore depuis le matin une mine d’abruti qui doit les faire douter de mes capacités mentales.
Ils m’informent que Waldemar Veloso a été étranglé à son domicile hier soir vers 23 heures et qu’on a retrouvé un livre dans sa main. Mon livre.
Ils me le montrent dans une pochette plastique. Avec la dédicace : « Corne la page au fur et à mesure de ta lecture, que je sache à quel passage la mort t’aura surpris. »
Oui, mais non, c’est pas au marchand d’art que j’ai dédicacé ce livre ! C’est à Jadar, le célèbre peintre, que je réponds.

Le célèbre peintre Jadar se meurt d’un cancer du foie. Mais, avant de passer l’arme à gauche, il veut réparer sa plus grande erreur et demander pardon à la femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer et qui a été son élève : la belle Lila.

Problème, elle vit au Brésil. Aussi, il demande à son médecin, Marcel Fortesse, de l’accompagner au Brésil pour s’assurer de sa santé contre une belle rémunération.

Mais, plus que l’argent, Fortesse est curieux de découvrir Lila dont il a pu apprécier les traits sur les plus de 300 portraits que Jadar a faits d’elle…

Je retrouve donc Marcel Fortesse dans une nouvelle aventure qui, cette fois-ci, va se dérouler dans le monde entier (France – Brésil – Russie).

Ce que l’on remarque immédiatement, à la lecture de ce 4e opus, c’est que l’auteur maîtrise mieux sa plume que lors de son œuvre liminaire (ce qui est logique).

Si son premier roman était très drôle, très agréable à lire, il péchait un peu par une plume encore un peu hésitante, voire empruntée, en contradiction avec le ton libre et détaché du personnage…

Désormais, ce n’est plus le cas.

Malheureusement, souvent, en se « professionnalisant », les auteurs perdent la substance qui faisait leur charme et leur particularité.

Et c’est un peu la crainte que j’ai eue au début de ma lecture.

Effectivement, le charme a eu du mal à opérer durant les premières pages.

Il a fallu que Marcel Fortesse atterrisse dans une prison brésilienne pour que ce charme réapparaisse et ne fuie plus le roman jusqu’à la dernière page.

Les scènes de prison sont empreintes de cet humanisme, de cet humour dans la détresse, qui m’avait séduit dans le premier roman. On y retrouve toutes les qualités du personnage et de l’auteur.

À partir de là, peu importe ce qu’il arrive à Fortesse, on suit ses aventures avec un grand plaisir…

Et il en vivra, des aventures…

Seul point gênant, une petite référence au précédent ouvrage, « V.I.T.R.I.O.L. » que je n’ai pu saisir par manque de patience…

Mais qu’importe.

J’aime cet humour parfois noir qui permet de tenir dans certaines situations désespérées.

Puisqu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, il faut découvrir les aventures de Marcel Fortesse…

Des aventures tumultueuses, drôles, touchantes, émouvantes, dans lesquelles l’humour et l’amour ont toujours une place prépondérante.

Au final, après un début un peu mitigé, on retrouve tout ce qui fait le charme du personnage et de la plume de l’auteur. Vite, une prochaine aventure de Marcel Fortesse !

P.S. Je sais que peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, mais je ne peux m’empêcher de penser que les couvertures très laides proposées par les éditions Thot ne mettent pas du tout en valeur l’œuvre de Jean-Pierre Ribat.