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Il y a une passerelle évidente entre certains métiers et celui d’écrivain.

La plus usitée, du moins par le passé, est indéniablement celle « journaliste-romancier ».

Journaliste, écrivain, deux métiers de plumes.

De plus, les reporters d’hier étaient obligés de captiver les lecteurs et, du coup, maîtrisaient déjà la plupart des qualités nécessaires à un bon écrivain.

Plus récemment (quoiqu’elle existait déjà depuis des décennies) apparaît la passerelle « policier-romancier ». Olivier Norek en est l’un des plus représentatifs exemples de ces dernières années.

Mais il est une autre passerelle à laquelle on ne pense pas forcément, mais qui est pourtant indéniablement représentée dans le monde de la littérature : « médecin-écrivain ».

Je ne m’embêterai pas à vous faire une liste exhaustive de médecins devenus romanciers, mais, ne serait-ce que dans mes récentes lectures, je peux nommer Rémi Devallière, auteur de la série du « Commissaire Anconni » et… Jean-Pierre Ribat, auteur de la série « Marcel Fortesse ».

Jean-Pierre Ribat est né en 1961 à Toulouse. Il est médecin généraliste et urgentiste à Mantes-la-Jolie.

En 2010, il se lance dans l’écriture, probablement une catharsis pour supporter tout ce qu’il vécut en tant que secouriste en se rendant en Haïti après le tremblement de terre.

En 2012 paraît son premier roman « Pas d’obstacle ? », mettant en scène son double littéraire, le médecin généraliste et urgentiste de Mantes-la-Jolie, Marcel Fortesse.

Si son personnage se retrouve mêlé à des histoires policières, l’intrigue est aussi et surtout l’occasion pour l’auteur d’exprimer son ressenti sur la vie, la mort, la douleur, son métier, la société en général, le tout enveloppé dans un humour parfois noir, mais vital pour éviter de sombrer dans l’insoutenable.

Jean-Pierre Ribat en profite également pour livrer quelques réflexions que lui ont confiées ses patients…

« V.I.T.R.I.O.L. » est la 3e aventure de Marcel Fortesse.

V.I.T.R.I.O.L.:

Guidé par le testament d’un obscur moine alchimiste, le désormais célèbre, mais toujours aussi caustique docteur Marcel Fortesse se lance dans une chasse au trésor improbable. L’objet de toutes les convoitises ? Rien de moins que la fortune de l’armée huguenote qu’Henri IV se fit dérober lors de son séjour à Mantes-la-Jolie.

Marcel Fortesse est appelé en urgence dans les réserves non exposées du musée de la ville pour prendre en charge le chef du service « Patrimoine et Tourisme », qui vient de faire un infarctus.

Il rencontre, sur place, la jeune Arianne, une fille qu’il connut quelques années plus tôt et qui est en stage auprès de la victime.

Va s’en suivre une chasse au trésor dérobé par un moine nain à Henry IV pour éviter la guerre. Celle-ci mêlera policiers, gendarmes, un analphabète dessinant des sourires sur les pierres, un chien à trois pattes, un chat ouvreur de portes, un historien passionné, de dangereux truands et bien d’autres choses encore.

L’intrigue principale du roman tourne autour d’une chasse au trésor.

Le trésor en question serait celui dérobé à Henry IV par le moine nain Philopètres pour l’empêcher de poursuivre la guerre et le convaincre de se convertir au catholicisme, ce qu’il fit en 1593…

Jean-Pierre Ribat fait alors alterner son récit entre deux époques, 1593 et de nos jours, un procédé usuel, mais qui rarement me satisfait, vu que je n’apprécie que peu les narrations alternées, sauf quand elles ont un sens autre que celui de donner du rythme à un récit.

Heureusement, la part dévolue au temps jadis est faible, ce qui me permet de me trouver plus longtemps en présence de Marcel Fortesse qu’en celle de Philopètres.

Car le grand atout des romans de l’auteur réside dans son personnage principal, l’humour de celui-ci (et donc, celui de l’auteur), ses réflexions sur la vie, la société ou toute autre chose, plus que dans l’intrigue même si celle-ci n’est pas laissée de côté.

Si l’on pouvait reprocher un léger manque de maîtrise dans le premier roman de l’auteur, on sent, au fil des histoires, qu’il prend de l’assurance et donc que sa plume est plus affirmée.

L’auteur n’hésite pas, ici, à mêler l’Histoire à l’histoire, sans oublier d’ajouter une touche qui navigue entre surnaturel et mysticisme que l’on avait déjà découverts dans le précédent roman.

D’ailleurs, le personnage à l’origine de cette nuance est la même que dans l’histoire précédente puisqu’il s’agit de la jeune fille quasiment autiste que Marcel Fortesse avait rencontrée et confiée à une de ses patientes : Arianne.

On y trouve également des personnages décalés comme ce jeune analphabète qui fait sourire les pierres et qui empêche les gens d’écraser les escargots ou de faire mal à quelque animal que cela soit (d’ailleurs, ce jeune homme parle avec les animaux, ce qui rajoute au ton décalé du roman).

Mais l’auteur n’hésite pas également à mettre en scène des personnages bien ancrés dans la violente réalité avec des trafiquants d’armes et des tueurs prêts à tout pour de l’argent (et pour le trésor).

D’ailleurs, on peut être surpris de la violence et l’aspect sanglant de certaines scènes (on est tout de même loin de certains Thrillers en la matière) qui dénotent un peu avec les précédents romans de l’auteur.

On retrouve donc ici tout ce qui a fait le charme des deux premières aventures de Marcel Fortesse augmenté d’autres éléments…

Au final, malgré une narration alternée entre deux époques qui aurait pu refroidir mon ardeur, « V.I.T.R.I.O.L. » s’avère être un roman plein de bonnes choses, à la fois drôle, touchant, noir, exaltant qui dénote agréablement de tout ce que l’on peut lire dans le genre.