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De temps en temps, j’aime bien découvrir un ouvrage publié par T.D.O. Éditions, un petit éditeur d’à côté de chez moi (qui n’est plus si petit que cela) et que j’ai découvert quand il n’en était encore qu’à ses balbutiements…

J’apprécie l’évolution de la maison d’édition et, comme d’une production purement terroir, elle s’est, depuis, penchée un peu plus vers le monde du roman policier (terroir, tout de même), cela me permet, quelquefois, de lire un des livres qu’ils ont publiés.

Récemment, j’ai découvert, par leur biais, l’écrivain Alexandre Léoty, à travers son roman « Le diable des Pyrénées » qui mettait en scène, il me semble, pour la quatrième fois, le personnage du journaliste Gabriel Hadour.

Ayant apprécié de roman et le style de l’auteur malgré un certain classicisme, je reviens un peu en arrière en découvrant avec « Les ombres du midi », paru en 2019, la deuxième enquête du reporter.

Les ombres du midi :

Toulouse, de nos jours. Un vieillard est retrouvé assassiné dans son lit. Gazé au Zyklon B, l’arme des nazis. Son crâne a été rasé. Une croix gammée et un nombre étrange ont été gravés sur son torse. Au même moment, à Marseille, la sépulture d’un homme mort dix ans plus tôt est saccagée, victime d’une profanation manifestement antisémite. Mais dans les deux affaires, un élément trouble les enquêteurs : les deux victimes n’étaient pas juives. Des ruelles de la Ville rose aux artères brûlantes de la Cité phocéenne, en passant par les paysages déchirés de la campagne provençale, Anne Pinget, la vieille flic coriace, et Gabriel Hadour, le journaliste cynique, mènent une enquête tambour battant. Une impitoyable course contre la montre qui prend au fil des pages des allures de sinistre voyage dans le temps.

À Toulouse, un petit vieux est assassiné dans des conditions qui laissent à penser à un crime antisémite de la part de nazillons sanguinaires. Seul problème, la victime n’est pas juive.

La commissaire Pinget, chargée de l’affaire, malgré sa grande expérience, ne comprend rien à cette histoire.

Mais, quand une tombe est saccagée, à Marseille et que les circonstances évoquent indéniablement un acte antisémite alors que le défunt n’était pas juif, elle voit là une similitude bien trop grosse pour n’être qu’une coïncidence et elle décide d’enquêter dans la cité phocéenne. Là, elle retrouve le journaliste Gabriel Hadour avec qui elle a collaboré dans une précédente affaire et insiste pour l’intégrer à l’enquête…

Je retrouve donc Gabriel Hadour, même si ce n’est pas dans un ordre chronologique.

L’idée de départ du roman est intéressante, des crimes aux apparences antisémites perpétrés contre des personnes qui ne sont pas de confession juive.

Pourquoi ? D’autant que les victimes sont soit déjà morts depuis longtemps, soit en passe de l’être vu leur grand âge.

Chaque fois, le meurtrier laisse un morceau de papier sur place ou sur sa victime, un bout d’une lettre qui semble ancienne…

À travers ce puzzle c’est à un jeu de pistes que le tueur convie les enquêteurs…

En reculant dans l’histoire du reporter, je recule également dans celui de la plume de l’auteur.

Souvent, la plume varie, mûrit, avec les années.

Bon, là, il ne doit y avoir que deux ans entre les deux romans et la différence de style n’est pas significative même si j’ai été un peu déçu de ne pas retrouver le gimmick qui m’avait tant amusé dans « Le diable des Pyrénées », le fait que tous les personnages ne cessaient de « hocher la tête ».

Bon, là, il n’y a pas le petit jeu du décompte du hochage de tête.

Mais est-ce la raison pour laquelle j’ai moins apprécié ce roman que le suivant du suivant ?

Non, en fait, le principal bémol que j’adresserai à l’auteur quant à ce roman pose sur l’intrigue et les réactions des différents personnages.

Si l’intrigue part d’une bonne idée, malheureusement, celle-ci s’étiole au fil des pages.

À trop vouloir suivre les recettes du « Thriller à succès », l’auteur se perd dans une histoire qui peine à convaincre.

D’abord, à cause d’une narration alternée qui n’a d’autre intérêt que de proposer une narration alternée, car cela fait bien de proposer une narration alternée.

Aussi, a-t-on le droit à de courts chapitres consacrés à un « journal intime » écrit par une jeune femme dans les années 1940, puis à d’autres donnant le point de vue du tueur, mais à la troisième personne à coup de « il » en italique.

D’ailleurs, le roman débute par un tel chapitre.

Ces alternances censées rythmer le récit n’ont ici aucun intérêt si ce n’est celui de faire comme les auteurs à succès.

Alors, si je ne me trompe pas, même si l’auteur a écrit plusieurs livres auparavant, celui-ci est seulement son deuxième roman policier.

On peut alors comprendre que l’auteur soit maladroit et qu’il cherche à se rassurer en faisant comme les autres.

Mais il aurait mérité que son éditeur ou ses relecteurs lui disent qu’il se trompait en la matière.

Ensuite, un bon Thriller se devant de posséder des nombreux rebondissements et scènes d’action, l’auteur fait en sorte de proposer aux lecteurs ce qu’il est en droit d’attendre.

Seulement, les uns comme les autres semblent un peu forcés comme un triangle de bois que l’on cherche à faire rentrer dans un trou rond.

Ils tombent souvent comme un cheveu sur la soupe.

La scène finale est à ce titre édifiante tant l’ultime rebondissement débarque de nulle part, brusquement, brutalement, sans explication ni avant et encore, surtout moins, après.

Enfin, les réactions des protagonistes principaux.

On a du mal à croire que des enquêteurs chevronnés (surtout la commissaire) puissent imaginer des hypothèses qui non seulement ne tiennent pas la route, mais, ensuite, entrent en contradiction avec les indices recueillis. On peut aussi s’interroger quand ils plongent dans la gueule du loup aussi bêtement qu’ils le font.

Et que dire de la révélation finale et, surtout, du dernier rebond de l’histoire qui intervient de manière brutale, et tellement à point nommé qu’il en deviendrait inconcevable s’il ne l’aurait pas été même dans un timing moins serré.

Au final, à trop vouloir faire comme les « grands auteurs », Alexandre Léoty s’est perdu dans une intrigue qui peine à convaincre, si ce n’est tout du long, du moins à l’aulne des révélations finales.