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J.-A. Flanigham est un auteur énigmatique de la littérature populaire fasciculaire qui œuvra entre 1945 et 1959.

Dans ce laps de temps, ce pseudonyme (on ignore quel auteur se cachait derrière) signa plus d’une centaine de titres (130 en comptant les quelques rééditions) que l’on pourrait diviser en 4 catégories.

La première, la plus conséquente, est consacrée aux aventures du reporter Bill Disley.

Effectivement, le personnage eut le droit à trois séries distinctes, d’abord sous la forme de fascicules de 16 ou 32 pages, puis des épisodes plus imposants pour ses nouvelles aventures.

La deuxième est destinée aux aventures de Dick et Betty Reutel, un couple d’aventuriers détectives. Elle compte 7 ou 8 titres d’environ 10 000 mots.

La troisième comprend les aventures de l’Agence Garnier. Six épisodes d’environ 20 000 mots.

Puis vient celle regroupant les récits noirs de l’auteur, des fascicules de 32, 64, 96 pages destinées à des collections policières telles « Police et Mystère - 2e série » de Ferenczi.

C’est à cette dernière catégorie qu’appartient « Mort deux fois », un fascicule de 64 pages paru en 1958 dans la collection « Police et Mystère - 2e série » des éditions Ferenczi.

MORT DEUX FOIS

Le Destin est souvent un meilleur scénariste qu’un auteur de « polars » !

C’est ce que pourrait penser Fabienne Pressy, écrivain à succès, en se retrouvant plongée dans une sombre affaire mêlant son amant, son mari, sa secrétaire, un gangster venu d’Amérique, un « consortium du crime », des policiers, des journalistes…

Mais le Destin, contrairement aux romanciers, s’avère généralement moins charitable avec les principaux protagonistes de l’histoire qu’il orchestre…

Maria est la secrétaire de l’écrivain à succès Fabienne Plessy. Quittée par l’homme qu’elle aime, elle s’en épanche envers sa patronne et se rend alors compte que celle-ci était la maîtresse de son amoureux.

Quand les deux jeunes femmes apprennent la mort de ce dernier, elles ne se doutent encore par que ce crime n’est que la pierre d’achoppement d’une sanglante affaire…

Dans ce court roman de 20 000 mots, J.-A. Flanigham met en place une intrigue à la fois simple et complexe avec de multiples personnages, tant du côté des suspects que de celui des enquêteurs puisqu’en plus des deux policiers, l’affaire avancera grâce au travail d’un journaliste, d’indics et autres…

Comme dans tout récit noir de J.-A. Flanigham, celui-ci étant inspiré par les romans noirs à l’américaine, la femme est au centre de tout. Femme vénale, femme fatale, femme vénéneuse, les femmes sont, pour la plupart, jeunes, belles, et sources des pires travers de la société.

« Mort deux fois » n’échappe pas à la règle d’autant que ce n’est pas une, ni deux, mais trois femmes qui sont au cœur de ce drame.

L’auteur relie le crime français à celui d’outre-Atlantique à travers une double passerelle, celle mise en place par le personnage de Frédo, un gangster américain venu en France et celle d’un consortium du crime américain ayant lancé des tueurs dans l’hexagone.

Si l’on retrouve également l’art des incises de l’auteur, on peut cependant reprocher qu’il n’est pas ici porté si ce n’est à son paroxysme, du moins au niveau habituel.

L’auteur abuse effectivement de certaines incises, soit par manque de temps, soit par manque de relecture à moins que ce ne soit pour signifier des tics des personnages, mais j’en doute (ou alors, ce n’est pas assez explicite).

On peut également regretter qu’il n’y ait, dans cette histoire, aucun personnage attachant, les deux devant jouer ce rôle (l’inspecteur et la secrétaire de la romancière) n’étant pas assez fort ou assez développés pour attirer l’empathie du lecteur.

Heureusement, même quand J.-A. Flanigham n’est pas au meilleur de sa forme, cela ne l’empêche pas de livrer un texte appréciable et de proposer une lecture agréable à défaut de très agréable.

N’oublions pas que le format fasciculaire 64 pages est un format dans lequel il est difficile de s’épanouir. On en attend logiquement bien plus qu’un fascicule de 32 pages à qui on pardonnera un scénario basique ou certaines facilités, en oubliant qu’il ne permet pas de livrer autant que dans un roman de taille classique.

Au final, un récit noir à l’intrigue un peu complexe qui pâtit d’un trop grand nombre de personnages (même si certains n’apparaissent qu’en filigrane) et, surtout, de personnages principaux auxquels on a un peu de mal à s’attacher.