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C’est toujours exaltant de découvrir une œuvre ou l’auteur d’une œuvre que personne ou presque ne connaît.

Mais, en parallèle, c’est très frustrant de ne pouvoir parler de cette œuvre ou de cet auteur, faute de trouver des personnes connaissant l’une ou l’autre.

C’est ce que je ressens souvent, lors de mes découvertes, qu’elles soient littéraires ou cinématographiques, du fait que mon intérêt se porte presque toujours vers des œuvres oubliées ou méconnues dans notre Pays.

C’est gênant quand il s’agit de films étrangers (de Hong Kong, de Corée du Sud, du Japon ou plus récemment d’Inde), ça l’est encore plus quand ladite œuvre provient de notre si beau patrimoine.

En clair, j’aime la littérature populaire fasciculaire du siècle dernier, une immense part de notre patrimoine boudé, oublié ou méconnu des lecteurs d’aujourd’hui.

Dans cette immensité (et encore, je ne m’intéresse qu’au genre policier), le nombre d’auteurs sur lesquels j’aimerai échanger est grand.

Et, parmi ce grand nombre, je suis las de ne point trouver d’autres lecteurs des textes d’Albert Boissière, de Maurice Lambert ou, plus sûrement, de J.-A. Flanigham.

C’est de ce dernier dont il est question aujourd’hui puisque « Jeux dangereux », un fascicule de 64 pages publié en 1958 dans la collection « Police et Mystère - 2e série » des éditions Ferenczi, est signé J.-A. Flanigham.

De l’auteur, je ne peux rien vous dire, car on ignore qui se cachait derrière ce pseudonyme.

Certains avancent l’hypothèse qu’il s’agisse d’un pseudonyme commun à plusieurs auteurs. Mais, après lecture de plusieurs dizaines de titres signés J.-A. Flanigham, j’ai bien du mal à croire à cette thèse tant le style est homogène et excellent d’un texte à l’autre.

Tout ce que je puis vous apprendre c’est que le pseudonyme apparaît en 1945 et signe des textes pour les Éditions du Moulin Vert, puis pour les éditions Lutèce et, enfin, pour les éditions Ferenczi, jusqu’en 1959.

Que le même auteur utilisait probablement un autre pseudonyme, Raymond Gauthier.

Qu’il écrivit plusieurs dizaines de récits autour du personnage Bill Disley, un reporter anglais, puis de Dick et Betty Reutel, des aventuriers (anglais eux aussi) ainsi que 6 aventures des membres de l’Agence Garnier sans compter un bon nom de récits noirs.

Enfin, que l’auteur était passé maître dans l’art de l’utilisation des incises, ces indications scéniques souvent insérées dans les dialogues et qui permettent d’appréhender mieux l’état d’esprit des personnages.

JEUX DANGEREUX

Peter, diplomate anglais en poste à Paris, retrouve, dans la capitale, son ami Ronald, un agent secret américain chargé de récupérer, en collaboration avec la D.S.T., des documents auprès d’un traître à l’organisation de Défense des Intérêts Orientaux.

Quand Ronald décède dans un accident de voiture à la suite d’un sabotage du véhicule, Peter est contacté par un membre du contre-espionnage français pour poursuivre la tâche du défunt.

Par désir de vengeance, Peter accepte de courtiser Maryse Dahl, une chanteuse de cabaret très proche d’un dangereux et énigmatique italien que Ronald avait repéré la veille de sa mort…

Peter est un diplomate anglais en poste à Paris. Ronald, qu’il a bien connu durant la guerre et avec lequel il est demeuré ami, est un agent des services secrets américains chargé de négocier des documents avec un traître d’une organisation de Défense des Intérêts Orientaux. Raoul, un agent de la D.S.T., pilote l’affaire.

Aussi, quand Ronald trouve la mort suite à un sabotage de son véhicule, Raoul propose à Peter de prendre du service et de découvrir qui a assassiné son ami et pourquoi.

Pour ce faire, il devra se rapprocher d’une chanteuse de cabaret, Maryse Dahl, qui est très proche d’un espion italien au rôle énigmatique…

C’est donc à un récit d’espionnage que nous convie cette fois J.-A. Flanigham.

Si l’intrigue se déroule à Paris, elle met en scène protagonistes de différents pays : Égypte, pays de l’Orient, anciens nazis, Américains, Français…

Comme souvent chez Flanigham et dans ce format médiant (fascicule de 64 pages ; récit d’environ 20 000 mots ; moitié d’un petit roman) son intrigue est à la fois simple et complexe.

Ici, une affaire d’espionnage assez simple : des traîtres dans une organisation cherchent à vendre des informations ; et une double affaire de vengeance impliquant des civils.

Et comme toujours, il y a au moins une femme au centre de l’intrigue (ici, une seule, la chanteuse de cabaret).

Généralement, la femme n’a que deux rôles chez Flanigham : l’oie blanche ou la femme vénéneuse et/ou vénale.

Ici, la même femme joue les deux rôles…

Il faut bien avouer que l’intrigue, format oblige, n’est pas haletante.

Et c’est là que l’on constate que le talent de Flanigham, notamment son art des incises, fait toute la différence.

Car, grâce à ces indications scéniques nombreuses, l’auteur parvient à la fois à densifier son récit et ses personnages. Par ces incises, il donne corps aux personnages, dépeint leurs sentiments en quelques mots, en un geste décrit, ce qui rend l’ensemble à la fois plus consistant et surtout plus intéressant à lire.

On pourrait presque se dire que peu importe l’histoire, ces incises rendent forcément le texte plaisant et c’est un talent rare que celui-ci et difficile à acquérir.

C’est pour cette raison que je ne crois pas à la thèse du pseudonyme commun. J’ai bien du mal à imaginer plusieurs auteurs maîtrisant aussi bien ce talent rare.

Bref.

Malgré cette intrigue qui n’est pas la plus intéressante au monde, J.-A. Flanigham parvient, parfois, à toucher le lecteur, ainsi que certains personnages qui, pourtant, se vantent de n’être point sentimentaux.

Pour le reste, une histoire d’espionnage, de meurtres, de mystification, de vengeance qui se révèle agréable à suivre même pour ceux qui, comme moi, ne sont pas fans de récits d’espionnage.

Au final, le talent de J.-A. Flanigham parvient à rehausser l’intérêt d’une histoire qui, écrite par un autre auteur, aurait pu me lasser. Ce n’est pas cette fois-ci que je serai déçu par la plume de J.-A. Flanigham