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Maurice Lambert, de son vrai nom Géo Duvic (1900-1968) est un parolier et auteur de littérature populaire fasciculaire.

Depuis que je l’ai découvert, je ne cesse de découvrir avec plaisir le moindre de ses textes tant je suis toujours conquis par son sens de la maîtrise du genre policier et du format fasciculaire.

Effectivement, le format fasciculaire, surtout celui de 32 pages, est un format très contraignant où il est extrêmement difficile de performer.

La plupart des auteurs qui s’y sont frottés se sont contentés, au mieux, de livrer des textes plaisants à lire, au pire, des purges et, la plupart du temps, de proposer le minimum syndical, c’est-à-dire un texte bouchant sans déplaisir un petit moment de lecture…

Rares sont ceux qui sont parvenus à offrir aux lecteurs de véritables romans policiers condensés, en maîtrisant à la fois son intrigue, ses personnages, le genre policier le tout mené d’une belle plume.

En la matière, le premier qui me conquit fut Charles Richebourg avec ses enquêtes du commissaire Odilon Quentin.

J.-A. Flanigham, que ce soit avec ses personnages récurrents ou ses courts romans noirs, est également parvenu à cet exploit (ajoutant à cela une excellente plume).

René Byzance, par moment, s’est hissé à hauteur de ces deux écrivains.

Mais, comment ne pas citer Maurice Lambert qui, à travers ses enquêtes du commissaire Mazère, celles d’A.B.C. Mine ou encore celles de l’inspecteur Machard, a toujours ou presque flirté avec l’excellence ?

Aussi, c’est toujours pour moi un plaisir de découvrir un nouveau texte de l’auteur.

Le récit du jour : « La croisière du Noordland » est un récit d’aventures plus que policier, publié sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne, dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot en 1943.

Il fait partie des enquêtes de l’inspecteur Machard.

LA CROISIÈRE DU « NOORDLAND »

M. Zogrophos, dirigeant les productions cinématographiques « Francex » en est persuadé, le tournage de « Tragédie au large » doit se faire en conditions réelles, sur un véritable bateau, car les scènes en intérieur et dans un décor manquent cruellement d’authenticité.

Il loue le cargo « Noordland » pour y embarquer avec son équipe durant la traversée jusqu’en Hollande.

Dans le même temps, le professeur Merlier, en graissant la patte du capitaine du navire, parvient à monter à bord avec des caisses contenant du matériel médical…

Alors que le « Noordland » s’éloigne des côtes, l’atmosphère s’alourdit, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du caboteur…

Une tension évidente se crée entre Merlier et Zogrophos.

Le scientifique est étrangement sur ses gardes quant à son chargement.

Et puis le soutier embauché juste avant le départ se montre trop curieux pour être honnête…

M. Zogrophos, producteur de la boîte de production cinématographique Francex, est consterné par les séquences tournées pour le film « Tragédie au large »…

Selon lui, on ne croit pas du tout à la scène de tempête sur un bateau tourné en intérieur. Le décor n’est pas réaliste, les acteurs ne sont pas empreints de leurs personnages.

Aussi décide-t-il d’embarquer toute son équipe sur un vrai navire et les filmer au sein d’une véritable tempête.

Il loue, à cet effet, le cargo « Noordland » sur lequel tout le monde embarque pour une « croisière ».

Mais, outre un étrange professeur qui a payé le capitaine du bateau pour embarquer avec de mystérieuses caisses contenant des ustensiles médicaux, les gens de cinéma vont également faire la connaissance d’un mystérieux soutier un brin trop curieux pour être honnête…

Bien évidemment, avec ce résumé et sachant qu’il s’agit au final d’une enquête de l’inspecteur Machard, on se doute bien qui est le soutier…

Il faut dire aussi qu’à l’origine, le texte fut publié (comme les autres de l’auteur) au sein de collection généraliste de genre policier, mélangé avec d’autres titres écrits par d’autres auteurs et que rien ne signalait aux lecteurs s’il s’agissait d’une aventure mettant en scène un personnage qu’il avait déjà rencontré dans la collection.

D’ailleurs, je dois bien avouer que ce n’est que vers la fin de la lecture du fascicule original que je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une enquête de l’inspecteur Machard.

Car, jusqu’à cette révélation, le récit se dirigeait plutôt vers un récit d’aventures et rien ou presque ne laissait présager de la présence du récurrent de l’auteur.

D’ailleurs, cela se ressent à la lecture du texte qui pâtit du genre hybride abordé.

Effectivement, dans ses récits purement policiers, Maurice Lambert s’appuie, en les respectant, sur les codes du genre : un meurtre, des suspects, des fausses pistes, des rebondissements, une enquête, des indices, résolution, fin.

Ici, forcément, la plupart des éléments sont manquants et seul le personnage de Machard rattache réellement l’ensemble au genre policier.

Du coup, le texte manque cruellement de tout ce qui fait l’atout d’un récit policier de Maurice Lambert sans pour autant se révéler désagréable à lire.

Évidemment, l’auteur n’a pas perdu tout son talent dans l’affaire et il parvient à délivrer un récit plaisant à lire, mais celui-ci peine à arriver à la cheville des autres enquêtes du personnage.

Il faut bien avouer que, s’il est très ardu d’exceller dans un tel format à se confrontant à un genre extrêmement codifié, cela l’est encore plus quand on aborde un genre hybride et que l’on manque d’espace pour contourner celui-ci ou pour exploiter ses forces qui nécessitent une certaine latitude.

Au final, en s’éloignant un peu du genre policier tout en y gardant un pied, l’auteur perd les contraintes inhérentes au genre, mais qui sont également des ornières guidant sa plume vers un point final. Pas mauvais, mais loin de se hisser au niveau des autres textes policiers de l’auteur.