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Depuis quelque temps, je me penche sur la plume d’Alexandre Léoty, un jeune auteur de romans policiers de la région Toulousaine.

Je l’ai découvert à travers sa série des enquêtes du journaliste Gabriel Hadour (3 romans lus sur les 4), mais j’étais curieux de savoir ce que l’auteur pouvait proposer avec d’autres personnages, aussi me suis-je plongé dans son dernier roman, « Les murmures de l’Apocalypse ».

Je dois avouer que si je me suis intéressé à cet auteur, c’est parce qu’il était publié chez TDO Éditions, un petit éditeur (qui grandit) de ma région et que j’étais curieux de lire ce qu’il publiait dans mon genre de prédilection : le roman policier.

Si j’ai continué ma découverte de l’auteur, c’est forcément parce que j’ai apprécié ses romans, et ce malgré des défauts, mais aussi grâce à un défaut.

Oui, les défauts d’Alexandre Léoty sont ceux usuels des auteurs qui suivent la méthode du « Le Polar pour les Nuls », c’est-à-dire qui font comme les écrivains à succès du genre en proposant aux lecteurs ce qu’ils attendent en lisant un Thriller…

Généralement, je n’insiste pas trop avec ce genre d’auteurs et même quand j’ai apprécié les premiers romans (Bernard Minier, Franck Thilliez, J.C. Grangé…)

Mais un défaut dans la plume d’Alexandre Léoty a fait que la lecture de ses romans est devenue, pour moi, ludique : l’utilisation excessive du « hochement de tête ».

Je m’explique.

Je loue souvent (toujours) la plume de J.A. Flanigham, notamment pour son excellente maîtrise des incises. Souvent intégrées dans les dialogues (mais pas que) ces indications scéniques, bien utilisées, permettent d’étoffer des personnages, de dépeindre des ambiances, et ce en quelques mots qui sont souvent plus éloquents que de grandes phrases.

La plupart des auteurs se contentent, dans les dialogues, de « dit-il », « répondit-elle », « affirma-t-il », « s’exclama-t-elle »…

Certains rajoutent des indications supplémentaires sur l’état d’esprit du personnage : « soupira-t-il en baissant les bras », « cria-t-il en tapant du poing sur la table »...

Bon, J.A. Flanigham fait beaucoup mieux que tout cela, mais je vous laisse le découvrir en lisant ses textes.

Chez Alexandre Léoty, les personnages, tous autant qu’ils sont, surtout les enquêteurs, ont la fâcheuse tendance à « hocher de la tête ». Pour un oui, pour un non, quand ils sont d’accord, ou, au contraire, sont en désaccord, quand ils sont heureux ou mécontents, ils hochent la tête.

Cette particularité m’a tellement frappée à ma première lecture d’un roman de l’auteur, « Le Diable des Pyrénées » que c’est rapidement devenu un jeu de compter les hochements de tête.

Et c’est ce détail, entre autres, qui m’a incité à poursuivre mes lectures, ce défaut ajoutant un petit plus à des romans qui s’inscrivaient un peu trop dans ce que « le Polar pour les Nuls » conseillerait aux auteurs s’il existait.

D’ailleurs, ce défaut et donc le jeu que j’ai instauré du « comptage des hochements de tête » fonctionne dans tous les romans d’Alexandre Léoty (du moins ceux que j’ai lus), la preuve avec le décompte suivant du nombre de « hochement de tête » par roman :

Les ombres du Midi : 25

Le tueur du canal : 41

L’or caché de Toulouse : 45.

Le diable des Pyrénées : 56

Les murmures de l’Apocalypse : 48

On voit que le nombre a tendance à augmenter avec le temps (je les ai classés par ordre de publication, si je ne me trompe) et ce quelque soit l’éditeur puisque « L’or caché de Toulouse » n’est pas publié chez T.D.O. Éditions, mais Les Éditions du 38.

Bref, voici donc mon ressenti sur « Les murmures de l’Apocalypse », un roman publié chez T.D.O. Éditions en début d’année 2022.

Les murmures de l’Apocalypse :

Le corps d’un homme sans nom est retrouvé dans une tombe fraîchement creusée, dans les ténèbres du cimetière de Terre-Cabade, à Toulouse. Une sépulture qui ne lui était pourtant pas destinée… Ce sinistre messager d’outre-tombe n’est que la première victime d’une série de meurtres atroces commis par celui que la presse surnomme vite « Le tueur aux quatre éléments ».
Pour traquer ce maniaque qui ensanglante la région, Tessa Marie-Luce, commandant au SRPJ de Toulouse, ne pourra compter que sur son courage. Et le soutien d’un étrange jeune homme, reclus depuis des années dans la solitude de ses secrets. Ensemble, ils n’auront que quatre jours et quatre nuits pour découvrir l’identité de l’assassin. Avant que l’Apocalypse ne s’abatte sur la Ville rose.

Tessa Marie-Luce aurait espéré une meilleure première journée en prenant son poste de commandant au SRPJ de Toulouse, en provenance de Martinique pour fuir, avec sa jeune fille, un mari et père et refaire sa vie. Effectivement, débuter par une affaire de Zombi dès son premier jour, voilà qui n’est pas banal. Heureusement, le « Zombi », retrouvé enterré dans une tombe qui n’est pas la sienne, la main sortant de terre, comme dans un film de George Romero, n’est qu’un cadavre banal, dont la mort a été mise en scène par un assassin qui, lui, n’est pas banal.

Problème, la police tarde à découvrir l’identité de la victime. Heureusement, Tessa recevra un SMS d’un inconnu lui donnant le nom du défunt. La signature du SMS rappelle quelque chose à son collègue, celle d’un hacker qui donne parfois un coup de main à un de ses amis…

Que dire de ce roman d’Alexandre Léoty ?

Déjà, que l’auteur continue de suivre les mêmes recettes que dans ses précédents et donc celle du « Le polar pour les Nuls ».

D’abord, proposer des meurtres bien bizarres, un tueur énigmatique, des messages laissés à la police, le tout ayant, si possible, un rapport avec le mysticisme, la religion ou quelque chose du genre.

L’Apocalypse ! C’est bien, l’Apocalypse. Un bon thème.

Ensuite, un bon roman policier se doit d’être mené par un duo d’enquêteur hétérogène.

D’ailleurs, généralement, les auteurs utilisent les codes du « buddy movie » ce genre de films ou deux personnages totalement opposés se voient contraints de faire équipe et vont finir par s’apprécier. On pense à « L’arme fatale », « 48 heures », « La chèvre », « Les compères », « Rush Hour » et je ne vous ferai pas une liste exhaustive, ce serait trop long.

Ici, vous prenez une jeune femme venue de Martinique avec sa petite fille. Mère célibataire (ou divorcée) qui doit jongler avec son travail, des lieux et des collègues qu’elle ne connaît pas, une fillette à faire garder…

Vous lui adjoignez un hacker agoraphobe, mysophobe, qui vit reclus depuis trois ans dans un château d’eau rénové et adapté à ses phobies sans jamais sortir de chez lui ni voir personne…

Et hop, le tour est joué, du moins si l’on n’est pas trop exigeant sur la crédibilité et sur les facilités avec lesquelles, d’une part, la police joue avec les règles et, d’autre part, le hacker, Jacob, parvient à surmonter ses phobies.

Vous ajoutez un peu de drame dans la vie des deux personnages pour les rapprocher (la mort dramatique de sa femme et son enfant pour Jacob, un mariage qui a dégénéré pour Tessa) et vous avez tous les éléments d’un bon duo d’enquêteurs.

Forcément, ils vont commencer par se détester et finir par s’apprécier, comme toujours.

Quant au tueur, un assassin mystérieux, énigmatique, mystique…

Vous ajoutez des chapitres courts alternant sur les futures victimes et sur l’enquête, d’autres sur le passé d’un ou des deux enquêteurs, le tout rythmant les chapitres dédiés à l’enquête.

Vous saupoudrez le tout avec des rebondissements, un peu d’action, de fausses pistes, des révélations et une fin cataclysmique et hop, vous avez un bon roman policier, du moins un roman policier respectant parfaitement les codes du « Polar pour les Nuls » que je vais finir par écrire si ça continue.

Vous comprendre qu’ici rien de nouveau, l’auteur reprend les mêmes schémas, les mêmes codes et propose un roman dans la lignée de ses précédents bien qu’il ait changé de personnages.

Ni mauvais ni bon, un roman policier qui fait le job à partir du moment où on n’est pas trop exigeant du côté de la crédibilité, tant du côté de la police que du hacker ou du tueur.

Il faut avaler les justifications et les motivations de l’assassin (très tirées pas les cheveux), supporter ces chapitres (heureusement courts) sur les différentes victimes ; croire en la capacité d’un être tel Jacob à sortir malgré tout de chez lui et se confronter aux autres (l’auteur ne doit pas connaître de personnes souffrantes de telles phobies pour croire à son histoire) et croire encore plus au fait que la police ferait appel à un tel personnage et, surtout, le traînerait sans que cela soit nécessaire, sur les scènes de crime.

Si vous acceptez tout cela, alors, vous passerez un bon moment lors de la lecture de ce roman.

Pour ma part, généralement, je fuis un peu les auteurs se référant au « Le polar pour les Nuls ». Oui, mais voilà, Alexandre Léoty a deux avantages, celui d’être publié chez TDO Éditions et, surtout, le côté ludique de la lecture de ses romans du fait du « comptage des hochements de tête ».

Au final, un roman policier qui s’inscrit dans la lignée des précédents de l’auteur et de ceux proposés par tous les auteurs de Thriller qui cherchent à avoir du succès en singeant les romans qui se vendent bien. De quoi hocher la tête dubitativement.