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Yves Dermèze, de son vrai nom Paul Bérato (1915-1989) est un des auteurs les plus prolifiques de la littérature fasciculaire policière, aventures et S.F. (mais pas que) sous différents pseudonymes (Paul Mystère, Paul Béra, et bien d’autres).

Malgré tout, je redécouvre tardivement sa plume (j’ai déjà lu ce titre il y a 6 ans) en décidant de découvrir les titres de l’une des nombreuses collections fasciculaires policières éphémères, « Les Trois As » des éditions toulousaines Chantal, publiée à partir de 1941.

« L’homme sans pied gauche » est donc le premier titre de la collection ou du moins serait, étant donné que c’est un peu complexe d’établir une liste définitive à cause du fait que la collection a débuté avant-guerre, s’est poursuivie après guerre et que l’on découvre diverses rééditions.

L’HOMME SANS PIED GAUCHE

Lucien Cassagne est un irrépressible bavard qui ne laisse aucun répit aux voyageurs présents dans le même wagon du Toulouse-Marseille. Six personnes forcées de subir la logorrhée verbale du sieur Cassagne qui leur conte ses mésaventures en Inde durant lesquelles il s’est fait arracher le pied gauche par un tigre.

Mais Lucien Cassagne aime aussi les conversations autour de la mort, il n’est pas un fan de romans policiers pour rien.

D’ailleurs, il clame à qui veut l’entendre que ce compartiment où il se trouve constituerait une idéale scène de crime, d’autant que, dans quelques minutes, le train va passer sous un tunnel. Et Lucien Cassagne est un bon visionnaire, car, à la sortie du boyau, un cadavre gît dans son sang, un poignard planté dans le cœur… Lucien Cassagne lui-même.

Le commissaire Maughlin est chargé de l’enquête et auditionne chacun des suspects. Parmi eux, Claude Postel, un étudiant en médecine, décide de mener sa propre investigation pour découvrir le meurtrier de L’Homme sans pied gauche…

Dans un compartiment de train, 6 personnes sont présentes. L’une d’elles, Lucien Cassagne, évoque son goût pour les romans policiers, son long séjour en Inde, la chasse au tigre et la bête lui arrachant son pied gauche… Il ne cesse de parler de mort, assure que l’homme n’est rien, qu’il peut succomber à tous moments et que, même dans ce compartiment, un meurtre peut se produire. Un tunnel, le noir complet, et quand la lumière revient, Lucien Cassagne est mort, un couteau dans le cœur.

Le commissaire Maughlin est chargé de l’enquête dans laquelle le coupable se trouve forcément parmi les 5 personnes restantes. Chacune assure ne connaître aucune des autres, mais, bien vite, le policier va se rendre compte de l’inverse…

Pour ouvrir cette collection « Les Trois As » pour les éditions Chantal, Yves Dermèze décide de proposer aux lecteurs un court récit (pas tout à fait 8900 mots) débutant un peu comme un film d’horreur où, autour d’un feu, chacun raconte une histoire terrible avant que la main de la mort ne s’abatte sur l’un des protagonistes.

Ici, point de feu, mais un compartiment de train et un seul conteur : la victime.

Puis le récit tourne au policier avec l’enquête menée par le commissaire Maughlin, mais également par l’un des témoins et suspects potentiel, le jeune étudiant Claude Portel.

L’intrigue propose de multiples rebondissements, de fausses pistes, de suspects (4, puisque Portel, de par son activité durant l’enquête semble innocent), faisant alterner les soupçons sur chacun puisque tous mentent à un moment où à un autre…

Bien évidemment, la solution semble, du point de vue des yeux d’un lecteur d’aujourd’hui, un peu tirée par les cheveux, mais, pour l’époque ?... Et puis, en moins de 9 000 mots, il ne faut pas être trop exigeant à ce niveau-là.

Bien évidemment, les personnages sont à peine esquissés (on ne sait rien sur le policier, par exemple) et le style est sans fioriture.

Pourtant, pour un texte si court, l’auteur parvient à proposer un récit pas inintéressant et, surtout, plutôt agréable à lire, ce qui n’est pas si facile que l’on pourrait le croire.

Au finale, Yves Dermèze ouvre la collection avec un titre plutôt agréable à lire, et ce malgré sa concision et une intrigue manquant un peu de crédibilité (du moins 80 ans après son écriture).