Le paradoxe du scorpion
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J'ai découvert des auteurs. Des auteurs d'hier, des auteurs d'avant-hier, des auteurs d'aujourd'hui, les futurs auteurs de demain.
Bref, j'aime découvrir des auteurs.
Pour ceux d'hier et d'avant-hier (entendez années 1950-1980 puis 1900-1950), vous vous doutez bien que leur carrière n'évoluera plus.
Pour les autres, les parcours peuvent être bien différents.
Ainsi, j'ai découvert Olivier Norek et Bernard Minier (pour prendre deux exemples) avant qu'ils soient réellement connus.
Depuis, ils écrivent des Best-sellers, mais m'ont perdu en tant que lecteur pour s'être conformés aux exigences du grand public (du moins à celles de leurs éditeurs).
Pour fédérer, éviter d'être singulier serait un adage qui pourrait être employé dans ce cas.
D'autres sont des auteurs méconnus qui mériteraient d'avoir plus de succès (au risque de les voir changer de style et de me perdre également comme lecteur).
Parmi ces derniers, je citerai également deux exemples.
Le premier, Jean-Baptiste Ferrero et, notamment, son personnage de Thomas Fiera.
Il est évident que l'auteur se projette dans son héros, mais que son héros est assez éloigné de l'auteur.
C'est drôle, c'est bien écrit, je ne m'ennuie jamais en compagnie de Thomas Fiera.
Le second auteur est Jean-Pierre Ribat (oui, ils ont tous les deux un prénom composé... coïncidence).
Lui n'écrit, semble-t-il, que des romans mettant en scène un personnage dans lequel il se projette également : Marcel Fortesse.
En effet, l'auteur et son personnage sont des médecins généralistes et urgentistes à Mantes-la-Jolie.
Là aussi, je suis sa carrière (et celle de son personnage) depuis le début.
Il est évident que l'auteur se sert de son expérience de médecin pour faire avancer son personnage et que des anecdotes livrées dans ses romans sont bien souvent de véritables anecdotes un peu modifiées.
Là encore, c'est drôle, c'est bien écrit et le personnage de Marcel Fortesse est à la fois drôle, touchant, émouvant, et son humour face à la mort et à la maladie fait du bien à lire.
Quand, comme moi, on lit tous les romans de l'auteur dans l'ordre, on se rend compte de l'évolution de son style, et aussi de sa volonté de " professionnaliser " sa plume et sa narration (un défaut, selon moi, car à trop vouloir fédérer, les auteurs finissent par me perdre.)
Bref, jusqu'à présent, même si certains romans me plaisent plus que d'autres (ce sont principalement les premiers), j'ai toujours plaisir à retrouver Marcel Fortesse et toute sa clique.
Je dis toute sa clique parce que, jusqu'à présent, dans chaque roman, Marcel Fortesse rencontre des personnages hauts en couleur que l'on retrouve parfois dans les romans suivants.
Du policier (que l'on ne croise plus), à Djibril (un autre policier, hacker, venant des cités) en passant par la jeune fille un peu sorcière et ce jeune homme qui parle aux objets et aux animaux...
Mais il a également rencontré sa femme, Lila, dans le roman " Fragrance Lila " qui, depuis, est devenue Lila Riroy-Fortesse et psychothérapeute.
« Le paradoxe du scorpion » est le 7e roman écrit par Jean-Baptiste Ribat, mais le premier qu'il co-écrit avec son épouse, Alexandra Ribat, psychothérapeute (oui, encore une projection de l'auteur).
« Le paradoxe du scorpion », publié en 2023, est donc un roman écrit à 4 mains.
Le paradoxe du scorpion :
Marcel Fortesse, médecin, son épouse Lila, psychothérapeute, et leurs deux chats, Maurice et Médoc, sont confrontés à certaines perturbations engendrées par l’épidémie du coronavirus... Est-ce qu’une personne, disons malintentionnée, n’en profiterait pas pour maquiller ses crimes en infections fatales ? Une réanimatrice au comportement excentrique attire les soupçons à mesure que les décès de ses proches s’accumulent.
Alors que les hôpitaux sont débordés par les patients atteints de coronavirus (2020), Marcel Fortesse doit faire face aux conséquences physiques de la maladie pendant que son épouse, Lila, doit, elle, traiter les conséquences mentales de la pandémie et, surtout, des divers confinements.
Mais, bientôt, une mort suspecte puis une autre semblent indiquer que quelqu'un profite de la pandémie pour éliminer des personnes...
Bon ! Que dire... ?
La première chose qui est immédiatement évidente et que ce roman est un roman polyphonique, un roman à 3 voix.
D'une part, celle de Marcel Fortesse qui nous conte son expérience.
De l'autre, celle de son épouse Lila qui, elle aussi, nous livre son expérience.
Et puis celle de Maurice et Médoc, les deux chats du couple, qui nous livrent, eux aussi, leurs réflexions.
La seconde chose qui devient évidente au fur et à mesure de la lecture, c'est que l'aspect policier (les crimes) n'est qu'un prétexte pour parler des conséquences de la pandémie dans les milieux hospitaliers et chez le public.
En effet, l'aspect criminel n'interviendra que très tard et sera résolu très rapidement (bâcle pourrait-on dire).
Il semble évident que ce parti pris favorise l'intervention de l'épouse de l'auteur.
En se contentant d'évoquer la pandémie et ses conséquences, Alexandra Ribat est très sûrement mise en confiance pour un premier projet d'écriture.
De ce côté, elle ne s'en sort pas mal et les chapitres nés de sa plume sont plutôt bien écrits même s'ils manquent un peu de la douce folie de celle de son mari.
Cependant, les chapitres écrits par Jean-Pierre Ribat manquent eux aussi de cette habituelle douce folie (probablement la gravité et la réalité du sujet principal y sont pour beaucoup).
Le problème, selon moi, réside dans les chapitres consacrés aux deux chats.
L'anthropomorphisme est trop présent et, pour des passages dédiés à des chats qui parlent et pensent et ont des réflexions sur les humains, ceux-ci manquent également d'excentricité.
Le second problème est la quasi-absence d'intrigue policière (en tous cas une présence trop tardive et trop légère).
Certes, qui a déjà lu un roman de l'auteur sait que l'intrigue policière est chaque fois un prétexte pour l'auteur de nous livrer son regard sur la vie, la mort, le milieu hospitalier, pour nous proposer des personnages décalés.
Mais là, l'artifice est bien trop visible.
Du coup, le plus intéressant devient la vision de Marcel Fortesse sur la pandémie, accessoirement celle de Lila sur les conséquences mentales de cette pandémie...
Mais il manque quelque chose.
On a le sentiment que Jean-Pierre Ribat, ce qui est compréhensible, a fait passer d'abord son plaisir de co-écrire avec son épouse, avant le plaisir du lecteur.
Très bien pour lui.
Très bien pour son épouse.
Dommage pour le lecteur.
Quand on sait que, depuis, un autre roman (là aussi écrit à 4 mains) est sorti (« Santiago ») et qu'il est introduit par la dernière phrase de " Le paradoxe du scorpion ", on se doute que l'auteur ne reviendra pas en arrière et continuera sa collaboration avec son épouse.
Espérons alors qu'Alexandra Ribat saura sortir des ornières de la psychothérapeute pour entrer pleinement dans celles de l'écrivain et que l'intrigue promettant un aspect policier et un aspect aventures soit réellement présente.
Un autre problème réside dans la couverture du roman.
Si les éditions ThoT ne proposent jamais de belles couvertures pour les romans qu'elles publient, elles excellent dans la médiocrité pour celles des romans de Jean-Pierre Ribat.
En effet, toutes les couvertures de la série sont moches et semblent faites par un amateur à coup de collages. Dommage.
Au final, un roman décevant, moins prenant et plaisant que les précédents de la série, du fait d'une quasi-absence d'intrigue policière et probablement d'une volonté de mettre le co-auteur (Alexandra Ribat) dans les meilleures conditions.
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