L'Œil de l'Idole
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Vous connaissez (ou plus sûrement pas) ma passion pour la littérature populaire policière et plus encore pour les personnages récurrents qui la peuplent.
Ce goût (cette addiction) m'a été transmis par mes premières lectures de jeunesse qui se concentraient principalement sur le Canon Holmésien.
De Sherlock Holmes, je fus addict et c'est toujours un peu le cas, mais ma passion immodérée s'est depuis déplacée sur d'autres héros de la littérature populaire policière... de la même époque ou un brin plus récents...
Si cette attirance s'est, depuis, longtemps concentrée sur des personnages nés de la plume d'auteurs francophones, en réalisant, par exemple, l'importance qu'un Nick Carter (le détective américain) eut pour la littérature populaire de notre pays (il a inspiré l'une des toutes premières séries fasciculaires policières, a incité les éditions Ferenczi à se concentrer sur le fascicule policier... entre autres), je me suis laisser aller à découvrir d'autres détectives et policiers anglais ou américains comme La Machine à Penser de Jacques Futrelle, Dorcas Dene, de George R. Sims, Lady Molly de Emmuscza Orsky...
Mais il est un personnage que je n'avais encore jamais croisé, car ses aventures n'avaient pas encore été traduites en français : Sexton Blake...
Sexton Blake est à la fois l'inspirant et l'inspiré...
Inspiré par Sherlock Holmes (il vit au 221 B Baker Street) et inspirant probablement Harry Dickson...
Mais, surtout, Sexton Blake est un personnage qui a existé littérairement parlant pendant plus de 80 ans (de 1893 à 1978) et a vécu plus de 4000 histoires, en faisant un personnage plus prolifique que n'importe quel autre...
Et pourtant, plus de 130 ans après sa création, le public francophone n'avait toujours pas accès à la moindre de ses aventures.
Ce n'est plus le cas désormais avec la sortie de « L'Œil de l'Idole », une aventure de Sexton Blake initialement parue en 1921...
Première d'une longue série de traduction ? L'avenir nous le dira. Mais espérons-le.
L'Œil de l'Idole :
Le magnifique rubis connu sous le nom de « L'Œil de l'Idole » a été dérobé il y a des décennies d'un temple sacré en Inde, et il est porteur d'une terrible malédiction.
Aujourd'hui, alors qu'une luxueuse fête de fiançailles se déroule dans la haute société du Surrey, l'ombre d'un secret oriental menace le bonheur de la charmante Lillah Hartley. Un homme mystérieux, au passé lié aux jungles lointaines, est retrouvé assassiné, et toutes les preuves semblent accabler Lady Hartley, la mère de la fiancée, dont le silence est inexplicable.
Pour démasquer le véritable coupable dans cette affaire de chantage, de trahison et de préjugés, et pour empêcher qu'une femme innocente ne paie le prix d'un crime atroce, il faudra l'intervention du détective privé le plus célèbre de Londres.
Sexton BLAKE et son jeune assistant Tinker sont lancés dans une course contre la montre. De Baker Street aux temples reculés de Bombay, ils doivent déchiffrer la vérité pour vaincre la vengeance de l’Orient et sauver un cœur brisé.
Sexton Blake, le célèbre détective londonien, est invité aux fiançailles de Lillah Hartley avec Jim Currier, un ami qu'il a déjà aidé précédemment.
Lors de la soirée, Lillah reçoit de sa mère un magnifique rubis et, le lendemain matin, Lady Hartley est retrouvée évanouie dans la bibliothèque à côté d'un homme mort, un coutelas dans la gorge (coutelas appartenant à la dame).
Alors que tout le monde la pense innocente, celle-ci demeure dans un mutisme étrange, semblant cacher des informations.
Jim Currier demande alors à Sexton Blake de mener son enquête pour innocenter Lady Hartley et sauver son mariage.
Sexton Blake, accompagné de son fidèle assistant Tinker, va alors se lancer dans une aventure qui va le mener jusqu'en Inde et dans laquelle les deux hommes vont risquer leurs vies.
Alors, que penser de cette aventure de Sexton Blake ?
Ce roman (car il s'agit d'un roman de 60 000 mots, ce qui n'est pas rien pour de la littérature populaire) débute par un prologue qui nous plonge 20 ans en arrière pour nous expliquer qui est Lady Hartley et la rencontre avec celui qui sera son futur mari.
Puis nous revenons dans le présent (de l'époque) et l'on découvre alors Sexton Blake avant qu'il ne reçoive l'invitation à la fameuse soirée de fiançailles...
La première chose qui marque, à la découverte de Sexton Blake, c'est le parallèle qui est fait avec Sherlock Holmes.
Sexton Blake habite au 221B Baker Street, en compagnie de son assistant Tinker. Sa logeuse, madame Bardell, est également la gouvernante (comme madame Hudson pour Sherlock Holmes).
Sexton Blake est un célèbre détective... comme...
Et là s'arrêtent à peu près les similitudes.
Car là où Sherlock Holmes est cérébral, Sexton Blake est plus dans l'action.
Quand Sherlock Holmes est agaçant, irritant, désagréable, Sexton Blake est plutôt souriant, avenant, sympathique.
Mais cessons là les comparaisons.
Après un prologue nous plongeant en Indes, on se retrouve donc en Angleterre.
Sexton Blake doit enquêter sur un meurtre dont la principale suspecte est à ses yeux innocente, mais qui cache des informations, tant sur l'identité de la victime que sur la raison de la présence de celle-ci chez elle.
Sexton Blake va devoir répondre alors à plusieurs questions. Pourquoi Lady Hartley demeure muette ? Qui est la victime ? Que faisait-il chez Lady Hartley ? Qui l'a tué ? Pourquoi ?
Et pour répondre à ces questions, Sexton Blake et Tinker vont devoir se replonger dans le passé de Lady Hartley...
L'avantage d'un texte de 60 000 mots, c'est que l'auteur (quel qu'il soit, car si l'on sait que plus de 200 auteurs ont participé à l'écriture des plus de 4 000 titres de la série, les textes ne sont pas signés) a le temps de poser les cadres, les personnages.
Ainsi, ce prologue prend son temps pour nous raconter la genèse du personnage de Lady Hartley.
Puis par la suite, le récit prend le temps de poser les différents jalons d'une grande aventure.
Enquête en Angleterre avec ses indices, ses poursuites, ses combats...
Puis voyage en Indes, avec ses indices, ses poursuites, ses combats...
Puis la résolution, puis le rebondissement, puis la fin...
Bref, il s'agit-là d'un véritable roman d'aventures policières, d'un roman d'une taille conséquente pour le genre (en comparaison, certains romans mettant en scène les enquêtes du commissaire Maigret font à peine plus de la moitié de ce roman-ci).
Un roman populaire qui ne travaille pas dans la concision et qui prend le temps de poser les bases, les lieux (avec de nombreuses descriptions), les personnages, sans oublier les passages obligés des romans d'aventures de l'époque avec de l'action, des poursuites, des déguisements, des combats, des éléments exotiques...
Un roman surprenant, donc, surtout que je m'attendais plus à de la littérature proche de celle fasciculaire à laquelle je suis habitué.
Un roman plaisant à lire, dépaysant, mettant en scène des personnages sympathiques.
Car si le héros est indéniablement Sexton Blake, son jeune assistant Tinker n'est pas un faire-valoir, mais un partenaire à part entière.
Non seulement il participe grandement à l'action (et il en paie les pots cassés), mais il est aussi à l'origine des touches d'humour grâce à sa gouaille et, surtout, sa relation avec madame Bardell, une relation qui est à la fois très affective, mais également tendue...
Et puis il y a Pedro, le Saint-Hubert, le limier, le chien au flair infaillible.
Certes, dans cette histoire-ci il est peu présent, mais on sent toute l'importance que ce personnage peut avoir dans la série.
Bonne surprise, donc, qui rend d'autant plus inexplicable le fait qu'il ait fallu attendre plus de 130 ans pour que les lecteurs francophones puissent enfin découvrir le personnage de Sexton Blake.
Au final, un bon roman d'aventures policières, d'autant meilleur qu'on ne s'attend par forcément à un texte de cette densité.
P.S. On sait que certains auteurs de la littérature populaire francophone ont pioché dans les aventures de Sexton Blake (plagiat, réécriture, emprunt ???) pour proposer des textes aux éditeurs et « L'Œil de l'Idole » confirme cette information, car je suis certain d'avoir déjà lu cette histoire (probablement dans un texte condensé) quelque part dans mes nombreuses lectures, mais je ne suis pas parvenu à me souvenir du titre en question.
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