La mort fait le trottoir
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Quand, comme moi, on aime la littérature populaire policière française de la première moitié du siècle dernier, on ne peut regretter qu'une chose, la quasi-absence de plume féminine qui la compose.
En effet, si la littérature anglophone de l'époque ne manque pas de femmes de lettres ayant œuvré dans le genre, chez nous, la gent féminine semble s'être tenue à l'écart de cette paralittérature.
On notera bien Renée Dunan, qui s'est essayée plusieurs fois au genre policier, mais à part elle, les exemples ne sont pas légion.
Miriam Dou-Desportes (traductrice de certains romans d'Agatha Christie), par exemple, n'a tenté sa " chance " qu'une seule fois, semblerait-il, avec " La chance de l'inspecteur Masson " et un manque évident de qualité de plume.
Bref.
Aussi, quand je découvre une femme de l'époque ayant trempé sa plume dans le polar et de façon qualitative, j'hésite rarement à me plonger dans un de ses récits.
C'est le cas de Michèle Nicolaï, de son vrai nom Sabine Bluette Brazier (1905-1950). Elle avait pour pseudonymes Nicole Moran ou Jean-Marie Laroche...
Ayant déjà lu 4 fascicules policiers de l'auteur et ceux-ci s'étant avérés plus que corrects, quand je suis tombé sur le roman du jour, il était évident que je me devais de le lire... ce que je fis.
« La mort fait le trottoir » fut publié en 1948.
La mort fait le trottoir :
La Mort fait le trottoir : Montmartre, ses lumières, ses bars et ses spectacles. Rudy et Liliane, les May Sisters, ont monté un numéro qui marche très fort. Mais voici que tout se complique. La brouille s’installe entre les deux femmes et Rudy quitte son soupirant. Elle rencontre un homme charmant au regard doux… mais la série continue. La mort, sadique, frappe une première fois et cela ne s’arrête pas là ! Tout Montmartre se met à craindre cette Mort qui fait le trottoir. L’inspecteur Neyrac, de la P.J., patauge et voit ses suspects innocentés les uns après les autres. Marion Hérelle, son amie journaliste vient à la rescousse. Ensemble, arriveront-ils à démarquer le coupable ? Une intrigue palpitante à lire sans s’arrêter et un excellent roman policier.
Rudy a quitté le domicile familial pour tenter sa chance en tant que danseuse à Montmartre. Elle rencontre alors Liliane qui cherche une partenaire pour un numéro de danse sensuel dans lequel elles interpréteraient des sœurs. Mais quand le mari de Liliane, vexé que Rudy ait refusé ses avances accuse cette dernière de l'avoir éhontément dragué, Liliane, furieuse, est à deux doigts d'écharper Rudy.
Triste et ayant besoin de réconfort, en rentrant à son hôtel, Rudy rencontre un jeune homme qui la raccompagne et qu'elle accepte de recevoir dans sa chambre.
Le lendemain matin, Rudy est retrouvée éventrée dans son lit.
L'inspecteur Neyrac va être chargé de l'affaire, une affaire qui va très vite se compliquer.
Après avoir découvert la plume de Michèle Nicolaï à travers plusieurs de ses pseudonymes, mais toujours dans des récits courts, voici que je peux enfin voir le potentiel de l'auteur sur un récit plus long (un petit roman).
Intéressant donc, sachant que je trouvais que Michèle Nicolaï semblait un peu trop bridée par la concision inhérente au format fasciculaire, celle-ci ayant un peu de mal à gérer à la fois le format et le genre.
Ici, plus de problèmes de concision et cela permet à Michèle Nicolaï de prendre son temps dans une première partie qui présente des jeunes femmes (Rudy et Liliane) qui s'apprécient avant de se détester à cause de la fourberie d'un homme.
C'est même une galerie de femmes que nous propose l'auteur, car, en plus du duo, on croisera plusieurs autres personnages féminins.
Les hommes sont également présents, mais n'ont jamais le grand rôle, bien au contraire.
Si Neyrac a un rôle positif, ce ne sera pas vraiment le héros de l'histoire.
Quant aux autres mâles de l'histoire, soit ils sont mesquins, soit ils sont quelque peu affligeants, soit ils obtiennent le rôle du suspect.
Mais Michèle Nicolaï ne fait pas dans le manichéen malgré tout et les femmes ne sont pas en reste en matière de travers.
Si la plume demeure classique et ne cherche jamais à s'élever, le récit, lui, est de fait, mieux maîtrisé (l'auteur a, semble-t-il, besoin d'espace pour s'épanouir).
En se concentrant avec affection sur une certaine basse population, notamment celle féminine, Michèle Nicolaï nous livre à la fois une comédie de mœurs, un récit sentimentalo dramatique et un récit policier, le tout se déroulant sur un court laps de temps et sur une unité de lieu très restreinte.
Au final, si Michèle Nicolaï livrait des récits fasciculaires de bonne facture, elle semblait encore plus à l'aise dans le roman, comme le démontre le titre du jour.
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