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19 avril 2026

Bulldog Carney

Dans ma quête perpétuelle de nouveaux personnages récurrents de la littérature populaire policière, je me suis plongé, depuis quelque temps, dans la littérature anglophone. Un retour aux sources puisque c'est à travers les aventures de Sherlock Holmes que j'ai pris goût à la lecture et, surtout, au genre policier.

Bref, j'ai, depuis, découvert des dizaines de héros et héroïnes dont quelques-uns viennent d'Angleterre ou d'Amérique.

Lady Molly, le professeur Augustus SFX van Dusen, Max Carrados, Dora Bell, Dorcas Dene, Hagar Stanley, Philo Gubb, Thorpe Hazell, Sexton Blake, que des personnages dont les aventures, jusqu'à récemment, étaient inaccessibles aux lecteurs ne parlant pas anglais puisque celles-ci n'avaient pas été traduites en Français.

Heureusement, récemment, cette lacune a été compensée et, depuis, je découvre, lentement mais sûrement, ces personnages pour beaucoup oubliés.

Celui du jour se nomme Bulldog Carney, un nom bien particulier pour un personnage bien particulier.

Bulldog Carney fait son apparition en 1919 dans un recueil publié par " Street & Smith " de 6 nouvelles allant d'environ 10 000 à 15 000 mots..

Existe-t-il une édition préalable, dans un magazine ou un journal ?

Oui, effectivement. Le personnage apparaît dans le " Canadian Magazine " en 1898 à travers une nouvelle titrée " Bulldog Carney - A story of Western Canada " dans une version plus jeune, moins fouillée que celle du recueil. Cependant, l'auteur a déjà posé les bases du personnage qu'il deviendra 20 ans plus tard.

Le personnage est né de la plume de l'auteur William Alexander Fraser (1859-1933), un écrivain canadien né de parents écossais.

Bulldog Carney Bulldog Carney est un personnage à la croisée des genres, des époques et des sentiments.

Très ancré dans l'héritage du Western (le personnage se déplace à cheval, utilise un lasso, traverse les grandes étendues désertiques), mais dans le décor du grand Ouest canadien, il permet déjà d'esquisser les premiers contours du " Hard Boiled ", proche du roman noir, dont le genre prendra son envol au début des années 1920.

Clairement bandit recherché par la Police Montée, Bulldog Carney n'en est pas pour autant dénué de morale et d'honneur.

Il incarne ce genre de héros dur à cuire, mais pas prêt à tout, capable d'user de violence comme de magnanimité voire de générosité.

Mais surtout, Bulldog Carney est un sacré farceur.

Il est prêt à tout, ou presque, pour la galéjade et le démontre dès le tout premier épisode alors même qu'il ne semble pas être le héros de l'histoire.

En effet, dans un premier temps, si Bulldog Carney est évoqué et apparaît subrepticement, il disparaît tout aussi vite pour laisser la place à une drôle d'engeance : Jack le Loup.

Nous avons là affaire à une sacrée canaille, capable des plus vils coups.

Mais bientôt Bulldog Carney refera son retour sur scène, un retour marqué de violence et d'ironie.

Car, comme il le dit lui-même, Bulldog préférera mener sa farce jusqu'au bout - quitte à en pâtir - plutôt que de se rendre à son propre mariage.

Dans l'épisode liminaire, sobrement intitulé " Bulldog Carney ", un personnage secondaire se détache, le cheval Cayuse bai de notre héros. En effet, si ce dernier n'a pas de nom (plus tard on apprendra qu'il s'appelle Pat) sa présence est très marquée, très forte.

Et ce premier épisode, après s'être un peu intéressé à celui qui deviendra le dindon de la farce (Jack le Loup) va se concentrer sur la blague que Bulldog Carney veut mettre en place.

Entendons-nous bien, si le personnage est farceur, le récit est sérieux (il serait même difficile de faire plus sérieux) ce qui rajoute un contraste à ceux nombreux entourant Bulldog Carney. Contraste de genre, de style, d'ambiance, de personnages...

Et ce sont ces contrastes (et non contradictions) qui font tout le sel du personnage et, probablement, de la série.

En effet, le lecteur ne sait jamais vraiment où il se situe (dans un Western ? Un récit d'aventures ? Un récit policier ? Une comédie ?) et n'est pas aidé, en cela, par la plume de l'auteur qui elle non plus n'est pas conventionnelle.

Œuvrant dans un format court (10 à 15 000 mots), Fraser ne se perd pas en circonvolutions littéraires... et pourtant, il n'hésite jamais à proposer des envolées poétiques pour décrire les personnages et surtout les décors... il n'hésite pas non plus à se concentrer sur un personnage qui n'est, au final, qu'un personnage secondaire... il n'hésite pas non plus à se servir du genre, des genres, pour raconter une bonne blague... sérieusement, de surcroît.

Quant au personnage, là aussi, difficile de le cerner. On sait qu'il est recherché par la Police Montée, qu'il est capable de violence, qu'il est craint, tant par la Police que par les brigands et, pourtant, l'homme est capable de tout pour une bonne blague, possède un sens moral assuré ainsi qu'un sens de la Justice qui lui est propre, certes, mais au final, très moral également.

Bref, Bulldog Carney, dès sa première aventure, s'avère être un personnage particulier, complexe, original, fort et, probablement, attachant (pour le savoir, il faudra lire les autres épisodes de la série).

Au final, encore une belle découverte (mais en ai-je déjà fait de mauvaises), encore un genre abordé dans le genre, un personnage original (mon Dieu que cela manque dans la littérature moderne), des aventures passionnantes, bref, un héros récurrent à découvrir... même s'il nous attend depuis plus d'un siècle.

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