Cent mille francs ont disparu
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Je suis un passionné de littérature populaire fasciculaire policière, ces petits livrets principalement de 16,32 ou 64 pages que les gens emportaient dans leurs poches pour les lire à tous moments.
Cette paralittérature, souvent raillée ou méprisée par des élites, fut foisonnante et permit à de très nombreux auteurs de passionner les lecteurs.
Certes, les conditions d'écriture et de publication (écrire beaucoup, vite, pour que les textes soient vite publiés, sur du papier bas de gamme) n'étaient pas forcément propices à la qualité littéraire et, pourtant, certains auteurs sont parvenus à exceller malgré ou grâce à ces contraintes de temps, mais aussi d'espace (textes relativement courts) quand d'autres ont au moins brillé par l'étendue de leur production.
C'est dans cette seconde catégorie qu'il faut placer l'auteur du jour, Paul Darcy, alias Paul Dargens (dont j'ai déjà beaucoup parlé), alias Paul Salmon (1884-1965), un écrivain très prolifique s'étant principalement exercé dans le genre policier, aventures et jeunesse.
Il développa plusieurs personnages récurrents, dont Luc Hardy et Jacques de Villefort (dont j'ai également beaucoup parlé).
Le titre du jour, « Cent mille francs ont disparu » est à l'origine un fascicule de 32 pages paru dans la collection « Aventures Policières » des éditions Rouff en 1937 (n° 14 de la collection).
C'est un récit d'un petit peu plus de 12 000 mots.
Cent mille francs ont disparu :
Paris, rue du Sentier.
Un samedi après-midi, un versement imprévu de cent dix mille francs vient bouleverser la routine de la Maison Perrier et Andrieux, grossistes en tissus.
Trop tard pour déposer les billets à la banque : le caissier, bien malgré lui, dépose les liasses dans le coffre-fort pour le week-end.
Mais le lundi matin, c'est la stupeur : l'argent a disparu.
Fait troublant, le coffre ne présente aucune trace d'effraction.
Dans cette atmosphère de suspicion où chacun s'observe, l'inspecteur Sabrier et le chef Nibert de la Police Judiciaire partent sur des pistes différentes dans l'espoir de démêler le vrai du faux.
Quand un client débarque au dernier moment pour s'acquitter d'un fort dû à un grossiste en tissus, le caissier, n'ayant plus le temps de se rendre à la banque, se voit contraint de conserver l'argent dans le coffre-fort de l'entreprise jusqu'au lundi matin. Mais le lundi, l'argent a disparu et la police est mandée. Sur place, elle constate que si une porte de service a été fracturée, le coffre, lui, semble n'avoir subi aucune trace d'effraction...
Je pourrai dire de Paul Salmon ce que je dis habituellement d'Henry Musnik, un autre auteur très prolifique : ses récits, s'ils ne brillent jamais par leurs intrigues, leurs personnages ou leurs styles, se lisent la plupart du temps sans déplaisir, pour peu que l'on ne soit pas allergique à la littérature fasciculaire de l'époque.
En effet, il ne faut pas s'attendre à des envolées lyriques, un suspens impitoyable, des personnages originaux... que sais-je encore. Cependant, on ne peut espérer cela que de la part d'une poignée d'écrivains parmi lesquels je cite toujours l'énigmatique J.-A. Flanigham, René Byzance ou encore Géo Duvic.
Pour les autres, il faut savoir se contenter d'un récit qui remplit son office : remplir une heure (ou deux, selon la taille du fascicule) de lecture sans s'ennuyer.
C'est ce que fait généralement Paul Salmon.
Cependant, une caractéristique le démarque de ses confrères, sa propension, quel que soit le pseudonyme utilisé, à toujours vouloir donner un âge assez précis à ses personnages et proposer une description succincte de chacun d'eux.
Mis à part cela, on suit une enquête classique menée par des enquêteurs classiques et narrée d'une façon classique par une plume classique.
Dis ainsi, cela peut sembler insipide, mais cela ne l'est pas, car réussir ce pari est déjà une gageur tant les contraintes du format fasciculaire ne sont pas simples à respecter.
Nous avons donc ici une enquête classique... qui se lit agréablement, comme la plupart des récits de l'auteur et qui n'est jamais indigeste ni indigente, ce qui est déjà beaucoup.
Si on ajoute à cela l'effet Madeleine de Proust (même si je n'ai jamais connu cette époque, loin de là) et le plaisir de retrouver des textes bien écrits dans une belle langue de l'époque, alors, on se retrouve face à un mini roman plaisant à lire...
Au final, un récit dans la veine de ceux que l'auteur a écrit par dizaines (centaines ?) qui se lit facilement et agréablement et il est inutile d'en demander plus à un fascicule à moins d'être exigeant ou bien d'être confronté à un des rares auteurs excellant dans ce domaine.
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